L’Égypte craint un afflux massif de réfugiés palestiniens

Pas question pour Le Caire d’accepter une migration massive de Gazaouis vers la péninsule hautement sensible du Sinaï.
(Crédits : © Gehad-Hamdy/Dpa Via-Reuters : Khaled-Desouki/Afp)

La foule est dense au pied de la tombe du Soldat inconnu, dans la banlieue du Caire. Les drapeaux palestiniens se mêlent aux portraits du maréchal président Sissi et aux pancartes où est imprimé le logo de son parti, le Futur de la nation. Vendredi, plusieurs milliers de manifestants soutenant le régime militaire ont répondu à l'appel du pouvoir à se rassembler dans ce lieu symbolique en forme de pyramide. Ce mémorial rend hommage aux soldats morts pour l'Égypte durant la guerre surprise du Kippour de 1973 contre Israël. « Nous ne sommes pas ici uniquement car nous soutenons le président mais pour exprimer notre solidarité avec nos frères de Gaza et défendre la cause palestinienne, affirme Raghda Gazzar, 25 ans. L'Égypte ne veut pas ouvrir ses frontières aux Palestiniens. Pas parce qu'on ne veut pas les accueillir, mais parce qu'on ne veut pas qu'on leur prenne leurs terres. »

Cette position, également exprimée par le pouvoir égyptien, fait l'unanimité dans l'opinion publique, y compris dans les cercles les plus critiques du pouvoir autoritaire du régime militaire. Les bombardements israéliens sur la bande de Gaza en représailles à l'attaque du Hamas du 7 octobre ne visent pas seulement à lutter contre cette organisation « mais à obliger les Palestiniens à immigrer vers l'Égypte et cela est inacceptable », a affirmé le président Abdel Fattah Al-Sissi mercredi.

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Le Caire redoute que les réfugiés ne soient plus autorisés à retourner vers Gaza, signant « la liquidation de la cause palestinienne »

Mais la poursuite des frappes israéliennes à Gaza et la menace d'une opération terrestre par Tsahal renforcent l'éventualité d'un exode. « Je suis contre l'idée d'une fuite des Gazaouis, bien sûr, mais si la situation s'aggrave, ne faudrait-il pas leur laisser le choix ? » s'interroge Mostafa, au milieu des manifestants. Avant de déménager au Caire il y a six mois, ce Palestino-Égyptien vivait dans la ville de Rafah, à la frontière entre l'Égypte et Gaza.

Pour éviter un tel scénario, Le Caire pousse donc à l'acheminement d'aide humanitaire sur place. Des vivres, du fuel et du matériel médical envoyés par des organisations égyptiennes et la communauté internationale sont centralisés depuis plusieurs jours à El-Arish. Située à 50 kilomètres du poste-frontière de Rafah, cette ville côtière dispose d'un aéroport.

Les autorités israéliennes multiplient quant à elles les déclarations contradictoires à propos d'un éventuel déplacement de population. « À tous ceux qui le peuvent, je leur conseillerais de sortir [par le point de passage de Rafah] », avait affirmé Richard Hecht, un porte-parole de Tsahal, avant d'être démenti. Et vendredi 13 octobre, les autorités israéliennes larguaient des milliers de tracts sur la ville de Gaza, sommant les Gazaouis d'évacuer le nord de la bande de Gaza vers le sud. Direction la frontière avec l'Égypte.

« Les Égyptiens voient cet appel comme une étape avant une possible expulsion vers le Sinaï », observe Nael Shama, chercheur indépendant en relations internationales. D'ailleurs, quelques jours plus tard, l'ancien vice-ministre israélien des Affaires étrangères Daniel Ayalon enfonçait le clou sur la chaîne qatarienne Al Jazeera : les Israéliens et la communauté internationale « prépareront les infrastructures - des camps avec des tentes, de la nourriture, de l'eau, comme pour les réfugiés de Syrie », affirmait-il.

De quoi mettre en fureur les autorités égyptiennes, opposées par principe à l'installation sur leur territoire de camps de réfugiés. « En Syrie, en Jordanie et au Liban, les camps de réfugiés palestiniens se sont le plus souvent pérennisés », explique le chercheur Nael Shama. Le Caire redoute que les Palestiniens ne soient plus autorisés à retourner vers Gaza, à l'image des précédentes migrations, signant « la liquidation de la cause palestinienne » et le renoncement à tout espoir de création d'un État palestinien indépendant.

Surtout, le pouvoir égyptien craint que l'accueil des réfugiés dans le nord de la péninsule désertique du Sinaï entraîne un risque sécuritaire. Cette région ultra-militarisée, en proie pendant dix ans à une insurrection djihadiste armée, héberge des infrastructures de transport d'hydrocarbures. « Transférer les citoyens palestiniens de la bande de Gaza vers le Sinaï signifierait également le transfert de l'idéologie de résistance et de lutte, a déclaré le président Sissi. Cela ferait du Sinaï une base pour le lancement d'opérations contre Israël, qui aurait par la suite le droit de se défendre. »

Les militaires égyptiens, qui ont déposé le président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, entretiennent des relations tendues avec le Hamas. Créé en 1987, il est en effet l'émanation de l'organisation des Frères musulmans, bête noire du régime du maréchal Sissi. D'ailleurs, au début des années 2010, l'armée égyptienne avait participé à la destruction de tunnels de contrebande creusés sous la frontière entre l'Égypte et la bande de Gaza, et par où passaient les armes à destination du Hamas.

Le pouvoir égyptien se sent ainsi mis sous pression par son allié israélien, avec lequel il a signé la paix en 1978. « Les autorités au Caire sont très frustrées et trouvent que Tel-Aviv ne prend par la question de la sûreté nationale égyptienne en considération, affirme Nael Shama. Les relations entre les deux pays sont au plus bas. » Israël n'a d'ailleurs pas été convié à participer hier au sommet international organisé au Caire sur le conflit et l'avenir de la question palestinienne.

5,8 Millions de Palestiniens sont réfugiés à travers le monde, selon l'UNRWA. 2,2 millions ont obtenu une autre nationalité mais revendiquent toujours leur droit au retour.

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Commentaires 3
à écrit le 23/10/2023 à 2:36
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La solidarite chez les arabes. Tout un poeme. A propos que disent les textes de leur prophete a ce sujet ? Religion de tolerance et d'amour vache.

à écrit le 22/10/2023 à 10:20
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Ben ils peuvent demander l aide de leurs riches frères d’ Arabie saoudite ou du Qatar ou dès Eua qui peuvent les accueillir .. les terres de Gaza ? Un miracle/ mensonges/ Une blague la moitié du territoire est un désert .. ils se sont mis aussi da...

à écrit le 22/10/2023 à 10:17
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Ben ils peuvent demander l aide del Arabie saoudite ou du Qatar qui l’œuvrent les accueillir .. les têtes de Gaza ? Une blague la ce moitié du territoire est lud désert .. ils se sont mis aussi dans l’impasse eux mêle : un si petit territoires ayant ...

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