Le président turc Erdogan accueillait mardi Charles Michel, président du Conseil de l'Union européenne, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission. Un sommet qui a permis aux deux parties de faire valoir leurs intérêts stratégiques, économiques et de sécurité mais laisse de côté la poussée autoritaire que subit le peuple turc.Renouer le dialogue, tel était le but du sommet entre la Turquie et l'Union européenne (UE) mardi 6 avril, alors que les relations sont au plus bas après plusieurs années de durcissement de la politique intérieure turque menée par le président Recep Tayyip Erdogan. Un sommet voulu notamment par le président turc qui a envoyé ces derniers mois plusieurs signes à Bruxelles pour relancer les négociations sur deux points en particulier.
Crise migratoire
Le premier, important également aux yeux de l'Union, touche au très sensible Plan d'Action UE-Turquie et à la « Facilité de l'UE pour les réfugiés de Turquie » établie en 2016 à la suite de la crise migratoire. Ce plan prévoyait 6 milliards d'euros sur 10 ans d'investissements européens en échange du maintien ou du renvoi en Turquie des réfugiés, majoritairement syriens, désirant rejoindre le continent. Les quelque 4 millions de réfugiés syriens présents sur le sol turc depuis le début de la crise migratoire sont en effet régulièrement utilisés comme moyen de pression sur les pays occidentaux pour les dissuader d'appliquer des sanctions à la Turquie, ce qui a fonctionné jusqu'à aujourd'hui. Ankara souhaite donc renouveler cet accord dont la seconde phase vient seulement d'être entamée.
Modernisation de l'union douanière
Le second sujet sur la table des négociations concerne une modernisation de l'union douanière qui unit les deux marchés depuis 1995. C'est un enjeu vital pour la Turquie. L'UE est son premier partenaire commercial, absorbant plus de 41 % de ses exportations en 2020, selon l'agence officielle des statistiques turques. L'économie du pays est fragilisée par un taux d'inflation élevé, une croissance ralentie, et une trop forte dépendance aux investissements étrangers, une situation aggravée par l'impact de la pandémie actuelle. Que plus est, la croissance, avertit le Fond monétaire international (FMI), est majoritairement soutenue par des crédits internationaux, entraînant une dollarisation croissante de l'économie. Cette fragilité économique se conjugue à l'isolement géopolitique du pays dans la région entraîné par ses actions menées en Méditerranée orientale, ses divergences avec la Russie sur la Syrie et la Libye et l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. Cela explique pourquoi Ankara est si désireuse de renouer des liens avec ses anciens partenaires privilégiés que sont les Européens.