"L’urgence climatique va demander une réponse forte des politiques économiques" (Laurence Boone)

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Laurence Boone milite pour davantage de transparence en matière commerciale et se prononce en faveur d’ un nouveau système de taxation internationale
Laurence Boone milite pour davantage de transparence en matière commerciale et se prononce en faveur d’ un nouveau système de taxation internationale (Crédits : Hervé Cortinat / OECD)
ENTRETIEN. L’économiste en chef de l’Organisation de coopération et de développement économiques plaide pour la création de fonds d’investissement publics pour assurer les transitions écologiques et énergétiques.

LA TRIBUNE - Quels sont les facteurs qui devraient le plus contribuer au ralentissement de l'économie mondiale en 2020 ?

LAURENCE BOONE - Les incertitudes créées par les tensions commerciales depuis deux ans sont le principal facteur à l'origine du ralentissement abrupt de la croissance. Elles vont continuer de peser, car elles reposent sur des évolutions nouvelles de l'économie : la numérisation des business models, la cybersécurité, la question des subventions peu transparentes ou encore celle de la défense de la propriété intellectuelle dans certaines régions. Bien entendu, ces tensions ne sont pas le seul facteur. Le ralentissement de la croissance chinoise, qui est structurel, est aussi important. Le pays n'atteindra plus des taux proches de 10 %, mais va progressivement ralentir vers 6 % puis 5 %, ce qui est normal.

De plus, alors que la Chine importait beaucoup de biens d'équipement des pays occidentaux, elle tente maintenant de privilégier, bien qu'avec difficulté, la consommation des ménages plutôt que l'investissement. Ainsi, la taille de ses importations diminue, ce qui peut avoir de profonds effets sur certains pays, notamment européens, dont la croissance dépend des exportations. En outre, les tensions géopolitiques montent et les incertitudes sur la politique économique dans nombre de pays restent très élevées. Le Brexit est un parfait exemple, car il reste à définir les futures relations commerciales entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Or on sait que de telles négociations prennent du temps.

Existe-t-il un risque de récession ?

Nous projetons une stagnation de la croissance en 2020 et 2021, puisque celle-ci serait de 2,9 % l'an prochain comme cette année et 3 % l'année suivante. Ce sont les taux les plus faibles depuis la crise financière, et les risques sont nombreux. Par exemple, il y a un large volume de dettes d'entreprises sur les marchés qui pourraient souffrir de ce ralentissement prolongé de la croissance, et dont un défaut pourrait entraîner des ventes massives. Il y a également une résurgence de produits structurés, dont le montage rappelle ceux de l'avant-crise, aux États-Unis notamment. Un ralentissement accru ou plus brutal de la Chine pèserait sur la croissance mondiale. Des tensions géopolitiques pourraient s'aggraver. Enfin, même en année électorale américaine, on ne peut exclure une résurgence des tensions commerciales.

Comment les prévisions macroéconomiques de l'OCDE ont-elles évolué pour les années 2020 et 2021 ?

Nous pensons maintenant que le ralentissement est aussi bien structurel - avec des facteurs touchant aux fondamentaux économiques de long terme - que cyclique. Au-delà du ralentissement et du rééquilibrage de la croissance en Chine, qui sont là pour longtemps, il y a les défis posés par la transformation numérique, l'urgence accrue du changement climatique et l'anxiété suscitée par les mutations du marché du travail, qui est parfois à l'origine de ce repli sur l'économie domestique. Ces facteurs sont structurels et ne peuvent être résolus avec des taux d'intérêt plus bas ou un stimulus budgétaire (du moins, pas seulement). Ils affectent les conditions de développement des entreprises, la nature et le nombre des emplois. Ils vont demander une réponse forte et active des politiques économiques. C'est ainsi que, pour la première fois dans nos prévisions, nous avons mis l'accent sur le changement climatique et les réponses à y apporter.

Quels seront les grands défis pour l'économie internationale en 2020 ?

Il s'agit, d'une part, de recréer de la confiance, un environnement plus prévisible pour les entreprises, et, d'autre part, de lancer et de bâtir les conditions d'un rebond de l'investissement, public comme privé. Pour retrouver la confiance, l'OCDE agit sur deux fronts : elle accroît la transparence en matière commerciale et elle œuvre à un nouveau système de taxation internationale, pour que chaque entreprise paie sa part juste d'impôts sur le territoire où elle réalise des profits.

Pour l'investissement, nous recommandons de créer des fonds d'investissement publics destinés aux transitions numérique et énergétique. Ces fonds doivent servir notamment à financer les infrastructures comme les autoroutes de l'information, les réseaux de distribution d'électricité indispensables au déploiement du renouvelable, et à soutenir des projets innovants dans ces deux secteurs. La gouvernance doit être rigoureuse, car il s'agit d'argent public. Il faut que cela soit contrôlé par le parlement lors du processus budgétaire tout en préservant des conditions de concurrence saine entre les entreprises, car c'est de là que vient l'innovation. On peut s'inspirer de l'agence Darpa du département de la Défense aux États-Unis, ou des PIA (programmes d'investissement d'avenir) à la française.

Quels seraient les principaux leviers à activer pour répondre à l'urgence climatique ?

Il y a plusieurs types d'instruments, dont on doit prendre en compte l'impact redistributif, c'est-à-dire notamment les effets sur les emplois, et le coût pour les ménages et les PME les plus exposées. Prenons le prix du carbone : des régions comme la Colombie-Britannique (Canada) ont réussi à l'augmenter progressivement, mais en redistribuant les recettes aux personnes et aux entreprises les plus affectées. Ainsi, on modifie leur comportement, sans les pénaliser financièrement ou dans leur quotidien. On peut également inciter les investisseurs à diriger leurs fonds vers des financements verts avec la régulation ou des tests qui mettent en évidence à quel point leurs revenus seraient menacés par des chutes de prix d'actifs, comme les actions dans des entreprises d'énergie fossile. Enfin, des investissements publics demeurent nécessaires, comme vient de le souligner la Commission européenne avec la publication de son « Green Deal ».

Les banques centrales (FED, BCE) ontelles encore des marges de manœuvre pour répondre au ralentissement ? Les taux bas représentent-ils une menace ou une opportunité ?

Les banques centrales ont toujours des marges de manœuvre, la question à se poser est de savoir si les défis que l'on vient d'évoquer relèvent bien du domaine des banques centrales. La réponse est : « Pas vraiment. » En revanche, elles ont lancé le signal qu'elles maintiendraient des taux bas longtemps, ce qui permet d'avoir de la visibilité pour financer les investissements et effectuer des réformes qui, parfois, peuvent avoir un effet transitoire négatif. Profitons-en. Quant à la question d'une « menace », laissez-moi soulever deux points. D'une part, les politiques macroprudentielles et la supervision doivent contrôler et corriger les risques financiers plus que la politique monétaire. D'autre part, la majorité des récessions ont été déclenchées par des hausses de taux. Mais l'économie mondiale n'est pas suffisamment solide pour que les taux remontent tant que la politique budgétaire ne reprendra pas le relais de façon structurée et significative.

Les États disposent-ils encore de marges de manœuvre budgétaires ?

Les positions varient d'un pays à l'autre. Il y a des moyens d'agir pour ceux qui ont une dette élevée : s'attaquer à la composition des dépenses et vérifier que l'argent est utilisé au mieux pour la croissance et le bien être. Trop souvent, les dépenses ont été empilées sans véritable évaluation au cours du temps et ne touchent plus ni les populations qui en ont le plus besoin, ni les investissements qui sont les plus nécessaires

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Commentaires
a écrit le 31/12/2019 à 10:47 :
"Manipuler" le climat de manière économique ne rapporte que de la monnaie!
a écrit le 31/12/2019 à 8:10 :
Énorme... aucun commentaire favorable à cet article ! Tout à fait représentatif de la défiance grandissante envers le journalisme, ses accointances avec les pouvoirs politiques et économiques. A quand une remise à plat du système ?
a écrit le 30/12/2019 à 10:44 :
Encore du "pognon de dingue" qui va partir dans un puits sans fond !
a écrit le 30/12/2019 à 0:54 :
Beau florilège sur ce forum : l'OCDE est tantôt keynésienne tantôt libérale, une politique malthusienne est la priorité pour limiter le nombre d'êtres humains (on a vu les effets de cette théorie entre les deux guerres mondiales), tout est de la faute des ultras riches et une bonne guerre remettrait tout à plat !
Pas de doute. On est pas sauvés !
La vérité, c'est que l'urgence climatique impose de repenser nos mode de vie, notre fiscalité, les échanges mondialisés de marchandises... Etc.
Pour cela il faut une remise en question des citoyens mais aussi des états qui doivent s'entendre pour faire converger leurs politiques vers cet objectif.
Mais en sommes nous capables ?
a écrit le 29/12/2019 à 14:02 :
Le climat , quel beau sujet pour les crétins . Les termites étaient 4 milliards en 1945 , sont 7,5 milliards un demi siècle après et cela continue ... Chaque individu est une ampoule de 75 watts , normal que sous la cloche atmosphérique la température s'accroisse . Comment la nature reprendra la main ? Lorsque l' eau manquera la terre assoiffée ne produira plus et la famine sera le nouveau planing familial . En attendant je rote , je pète , roule diesel , prend l'avion et vous souhaite une bonne année 2020 .
a écrit le 29/12/2019 à 11:52 :
Vous avez déjà entendu nos confédérations syndicales organiser de puissantes manifestations contre le changement climatique qui affecte en priorité les plus précaires ?
a écrit le 29/12/2019 à 8:37 :
Vu que ce sont les économistes qui tiennent le haut du pavé dans la définition des politiques publiques, il n'y a aucun espoir.

Ces gens n'ont aucune compréhension des phénomènes physiques qui régissent notre monde, ils débitent donc des aneries dangereuses à longueur d'année.

Le monde renouvelable a existé, c'était avant les fossiles : bois, vent, eau, soleil (séchoir à luzerne, ...), ... le niveau de vie n'était pas aussi formidable en Europe.

Le green deal va être un giganteste gaspillage : il n'y a pas de croissance sans augmentation de l'impact sur l'environnement.

Augmentation de la consommation de cuivre pour relier les nouvelles infrastructures, pollution massive dans les pays en voie de développement pour produire les matériaux, ...

Mais c'est ainsi ... peut-être que lorsque un pays riche connaitra un situation sans retour (Australie ?), ces gens essaieront de comprendre la différence entre le pétrole et le solaire (par exemple) et redécouvritont les travaux de Gaël Giraud sur le lien entre croissance économique et impacts sur l'environnement.
a écrit le 29/12/2019 à 0:56 :
L'urgence climatique n'est rien à côté de l'urgence démographique en 50 ans la population du gobe a triplé (de 2,5 milliards à 7,5) et ce constat n'est pas le résultat hasardeux d'un modèle du GIEC très contestable. Il s'agit d'une réalité mesurée, à ce rythme dans 50 ans il y aura plus de 20 milliards d'êtres humains sur notre planète. Comment prévoit-on de les nourrir et de les loger ? Personne ne s'en occupe tout le monde est aveuglé par le climat qui n'est pas et de loin le plus important.
Réponse de le 30/12/2019 à 10:18 :
Correct, en plus le climat est un argument sans fond pour justifier un tas de financement alors que la pollution par les plastocs c'est du réel, du concret et pas très porteur de demander aux sociétés de changer leurs pratiques. Pour mémoire la production de GES par la France est inférieure à 1% et pardon pour le non politiquement correct mais la notion de de l'environnement est une préoccupation des pays riches.. Supprimons le plastoc, limitons les naissances, organisons la mondialisation et cessons ces guerres - Chef, Chef ce n'est pas possible..
a écrit le 28/12/2019 à 21:44 :
Toute discussion sur l'urgence climatique n'est que blabla dans un monde ultra capitaliste . ..
a écrit le 28/12/2019 à 14:47 :
si l'argent public etait depense au mieux, ca serait un scoop
la dette de la france, c'est l'achat a credit de la paix sociale, c'est bien gere, surtout pour ceux qui ont beneficie du systeme et ne vont rien payer, effectivement
a écrit le 28/12/2019 à 11:43 :
Quand on parle de "gros sous" c'est que rien ne sera résolu mais que sa gestion ramènera des intérêts "sonnantes et trébuchantes"! Rien de plus!
a écrit le 28/12/2019 à 9:49 :
cette personne n’a encore que le mot « croissance » à la bouche; cela en dit long ...
a écrit le 27/12/2019 à 20:22 :
Elle dépasse les bornes de la niaiserie la ravie, encore une qui nous coûte pour des prunes tout comme le Delevoye, il est s' est caché ou celui-là ?
a écrit le 27/12/2019 à 20:05 :
Vos économistes sont vraiment hallucinants !
Est ce qu’ils vivent dans notre «  espace temps »?
Ou bien sont ils connectés aux trous noirs du Cosmos ?
a écrit le 27/12/2019 à 16:48 :
pas un sou de la part des états, du bien commun.
Laissons le marché et les entreprises ainsi que les banques et les financiers s'occuper de leurs problèmes, l'état n'a aucune raison de payer pour le bien privé. Que la pollution sous toutes ses formes reste propriété des entreprises et des milliardaires, vous aviez adoré faire du fric avec la sacro sainte production/consommation aujourd'hui faites vous plaisir avec ses conséquences....
nous en crèveront tous .....
a écrit le 27/12/2019 à 16:33 :
Encore une keynésienne qui se prend les pieds dans le tapis des subventions, pour faire survivre les vaches à lait du système.
a écrit le 27/12/2019 à 14:50 :
L'OCDE, cette officine néolibérale lorgne les beaux budgets d'argent public qui seront ainsi transférés à des entreprises privées, vertueuses au niveau financier seulement...
Réponse de le 27/12/2019 à 15:51 :
Correct, personnellement je regarde du coté de la Lybie qui s'embrase avec la Turquie à souffler sur les braises sur fond d'Islamismes (au pluriel) et de pétrole/gaz, pour l'ensemble de la ceinture qui va de l'Iran au Mali et ca craint. Il est urgent d'investir dans la paix en cette période sacrée..
a écrit le 27/12/2019 à 12:02 :
CONTRE toute création de fonds d'investissements tant que nous n'avons pas un retour sur les investissements précédemment engagés (en terme financier et emploi). Les grands emprunts et emplois d'avenir etc... vont tourner au scandale d'état quand on fera l'analyse. Et il suffit de voir ce que donne l'affaire Nethys, et sa filiale d'éolien Elicio, en Belgique pour constater qu'un tel scandale n'a rien à envier à des scandales chez les privés (mais au moins on ne parle pas d'argent public).
Réponse de le 28/12/2019 à 11:41 :
Ce n'est en fait pas très compliqué. Vous regardez les prélèvements effectués sur les contribuables pour la transition énergétique,puis vous regardez les résultats en terme de lutte contre le réchauffement. J'espère que vous êtiez assis sinon vous êtes tombés par terre.
Y-a-t-il eu des scandales? Aucun. Concluez...
a écrit le 27/12/2019 à 11:47 :
Le système est tellement "vérolé, l'argent tellement mal réparti que je me demande si un effondrement généralisé pour une remise à plat totale ne serait pas souhaitable.
La guerre reste une option pour régler le problème. Avec des gens comme Trump... Poutine...Xi jin Ping...Erdogan et quelques autres "jobastres" disséminés sur tous les continents, tout est possible.
Réponse de le 27/12/2019 à 21:45 :
"Avec des gens comme Trump... Poutine...Xi jin Ping"
Mon nom est Q2 et je trouve extraordinairement marrant ce que vous dites, ce sont les trois là qui sont en réalité en train de sauver le monde flingué par les néoconservateurs. Sont-ce plutôt ceux là vos copains ?
Réponse de le 28/12/2019 à 10:31 :
Je crains, hélas, que les deux sales gosses qui ont joué avec les allumettes au Moyen Orient et en Lybie ne soient au moins en partie à l'origine du brasier - Pourquoi ?
a écrit le 27/12/2019 à 8:59 :
Mouais, investir alors que nous avons des hémorragies d'argent public du fait de l'évasion fiscale massive des mégas riches, du fait que nous subventionnons déjà les multinationales, du fait de la dette que l'on paye à ces mêmes mégas riches...

Si on ne demande pas à ceux qui ont tout le pognon d'investir on arrivera à rien, les états désastreusement faibles car soumis à la finance vont continuer de s'étioler et c'est l'argent privé de la pollution qui remportera la partie encore une fois.

L'argent public c'est nous et on est déjà à sec sous la pression fiscal des propriétaires de capitaux et d'outils de production du fait du dumping fiscal, social et environnementale engendrée par leur cupidité maladive.

Demain "L'Idiocratie", regardez on en est déjà pas loin et par définition ça ne cherche pas à sauver le monde.

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