La Banque du Japon n'exclut pas de prochaines hausses de taux
latribune.fr
Les taux de la Banque du Japon se situent actuellement à 0,5 %, soit encore très loin de ceux européens (entre 2,75 % et 3,15 %) ou américains (entre 4,25 % et 4,5 %).
Kim Kyung-Hoon
Un responsable de la banque centrale nippone a indiqué ce mercredi qu’elle continuera à relever ses taux directeurs si l'inflation sous-jacente accélère encore.
Alors que les banques centrales des grandes puissances mondiales optent pour une stratégie de baisse - ou de maintien - de leurs taux directeurs, c'est l'inverse pour celle du Japon. La BoJ les a de nouveau augmentés fin janvier en raison d'une hausse générale des prix persistante. Un responsable a prévenu ce mercredi 5 février que l'institution monétaire réitérera son action si l'inflation sous-jacente augmente encore.
« Nous continuerons à relever les taux directeurs et à ajuster le degré de soutien monétaire si l'inflation sous-jacente s'accélère pour atteindre 2 %, comme nous le prévoyons », a déclaré au Parlement Kazuhiro Masaki, directeur général du département des affaires monétaires de la BoJ.
Ces propos suggèrent que la banque centrale nippone va maintenir son objectif d'augmenter régulièrement les coûts d'emprunt. Elle a opté pour cette stratégie à trois reprises depuis mars 2024. Elle avait alors entamé un resserrement de la politique monétaire inédit, après dix ans de quasi-stabilité. Ses taux se situent ainsi actuellement à 0,5 %, soit encore très loin de ceux européens (entre 2,75 % et 3,15 %) ou américains (entre 4,25 % et 4,5 %).
Si la BoJ s'est décidée à agir sur ses taux, c'est parce que le pays n'arrive pas à calmer l'inflation qui a fait son retour en avril 2022. Depuis, elle a toujours été supérieure ou égale à 2 %, soit l'objectif fixé par la banque centrale nippone. Elle a ainsi atteint +3 % en décembre, après +2,7 % le mois précédent, soit le rythme le plus rapide en glissement annuel en 16 mois.
Pour autant, l'institution monétaire a dit préférer se concentrer sur l'inflation sous-jacente pour juger si l'évolution des prix atteindra durablement cet objectif. « L'inflation sous-jacente se dirige vers les 2 %, mais reste encore en dessous de ce niveau. C'est la raison pour laquelle nous devons soutenir l'activité économique par une politique monétaire accommodante », a précisé Kazuhiro Masaki ce mercredi.
« Nous nous attendons à ce que l'inflation sous-jacente se rapproche progressivement de notre objectif de 2 % », a-t-il indiqué. Une prévision qui ne fait pas l'unanimité auprès des analystes. « La récente remontée de l'inflation sous-jacente s'explique en grande partie par une flambée sans précédent des prix du riz (...) qui devrait commencer à retomber sous peu », estime Toh Au Yu, du cabinet Capital Economics. « Et dans l'ensemble, le ralentissement des prix à la production des produits manufacturés laisse présager un essoufflement de l'inflation des biens "de base" à environ 2 % d'ici mi-2025" », a-t-il ajouté.
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Reste que, de l'avis général, la normalisation de la politique monétaire au Japon se poursuivra en dépit d'une conjoncture toujours précaire. La croissance de la quatrième économie mondiale est tombée à 0,2% au troisième trimestre 2024. Et la consommation des ménages japonais a reculé en novembre pour le quatrième mois consécutif, la forte hausse des salaires ne suffisant pas à rattraper l'inflation.
Différents responsables s'exprimeront dans les prochains jours et semaines, avant la prochaine réunion de la BoJ prévue les 18 et 19 mars. De quoi donner des pistes sur les intentions de l'institution monétaire. Ainsi, Naoki Tamura, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale, prononcera un discours et tiendra une conférence de presse jeudi. Un autre membre du conseil des gouverneurs, Hajime Takata, s'exprimera le 19 février. Enfin, le sous-gouverneur de la BoJ, Shinichi Uchida, qui a l'habitude de donner des signaux concrets sur les perspectives de la politique monétaire, prononcera également un discours et tiendra une conférence de presse le 5 mars.
Pour inverser la tendance, le gouvernement japonais est aussi passé à l'action. Le Premier ministre Shigeru Ishiba a fait adopter en décembre un plan de relance colossal équivalant à 136 milliards d'euros. Objectif : doper le pouvoir d'achat de la population. Parmi les mesures annoncées : des enveloppes aux ménages à faibles revenus, des subventions pour le carburant, une baisse des revenus imposables... Il est toutefois encore trop tôt pour en apprécier l'éventuel impact.