La ligne rouge pour Téhéran : « Jamais la Chine n’autorisera la fermeture d’Ormuz »

Le président chinois, Xi Jinping, scrute avec attention l’évolution de la situation en Iran.
FLORENCE LO

Le président chinois, Xi Jinping, scrute avec attention l’évolution de la situation en Iran.
FLORENCE LO
La parole est d'argent, le silence est d'or... noir, quand il s'agit des relations sino-iraniennes. Mais ce silence en dit long : il trahit le malaise de Pékin face à l'escalade du conflit entre Israël et l'Iran. Le 13 juin 2025, Israël a mené une frappe militaire contre des sites stratégiques en Iran, en réponse aux avancées présumées de Téhéran vers l'arme atomique.
Il aura fallu attendre quatre jours, mardi 17 juin, pour que Xi Jinping rompe prudemment le silence, déclarant que l'escalade militaire en cours entre Israël et l'Iran « inquiète profondément la Chine ». Une prise de parole policée, sans que Pékin ne se prononce sur le fond du conflit, malgré l'étroitesse des liens économiques entre les deux pays, cimentés par le pétrole.
Pékin maintient une relation économique étroite avec Téhéran, centrée sur le pétrole. Aujourd'hui, près des trois quarts du pétrole brut exporté par l'Iran prennent la route de la Chine, soit entre 1,5 et 1,7 million de barils par jour, sur une production iranienne quotidienne d'environ 3,5 millions de barils.
Le pétrole iranien est chargé sur l'île de Kharg, dans le golfe Persique, puis acheminé - souvent par des opérations de transbordement entre pétroliers au large de la Malaisie - vers des acteurs secondaires du secteur pétrolier chinois, surnommés « raffineries théières », en raison de leur petite taille.
Selon Philippe Chalmin, professeur à Dauphine et auteur du dernier rapport CyclOpe, ce sont précisément ces « tea pot refineries » qui permettent à la Chine de contourner les sanctions américaines, en évitant d'impliquer directement les géants publics chinois comme PetroChina ou Sinopec. Il ajoute que « la Malaisie est souvent désignée comme un important exportateur de pétrole vers la Chine mais, en réalité, elle ne fait que servir d'intermédiaire : il s'agit en fait du pétrole brut iranien ». Selon Philippe Chalmin, aucun pétrolier n'a transité par l'île de Kharg depuis deux à trois jours, plaçant l'Iran dans une situation économique délicate.
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La Chine ne dépend pas de l'Iran, mais l'inverse est une réalité : près de la moitié du budget iranien repose sur les exportations de pétrole vers Pékin. Pour Philippe Chalmin, cela veut dire que « la Chine contrôle l'essentiel des ressources financières de l'Iran et exerce par conséquent une influence considérable sur le pays ».
Pour le moment, le conflit entre Israël et l'Iran a un impact limité sur la Chine. Mais si, par exemple, le détroit d'Ormuz - situé entre le golfe d'Oman et le golfe Persique, et par lequel transitent la majorité du pétrole et des porte-conteneurs à destination de l'Asie - venait à être fermé, Pékin pourrait sortir du bois.
Philippe Chalmin analyse : « Jamais la Chine n'autorisera la fermeture du détroit d'Ormuz. Un blocage total ferait de la Chine la première victime du conflit, non seulement à cause du pétrole, mais aussi du gaz naturel liquéfié et des porte-conteneurs chinois qui transitent chaque jour en nombre par le détroit d'Ormuz. » Selon lui, ce qui pourrait survenir, ce sont « des actions plus discrètes, comme le brouillage des GPS des navires - vraisemblablement à l'origine de la collision entre deux pétroliers hier près du détroit -, qui suscitent par ailleurs une inquiétude croissante pour la sécurité des navires, provoquant une hausse de 60 % des primes d'assurance maritimes. »
Selon Philippe Chalmin, la chute éventuelle du pouvoir iranien « remettrait en cause un équilibre régional que la Chine a contribué à bâtir ». Signe du désir croissant de la Chine de s'afficher sur le devant de la scène diplomatique, c'est à Pékin qu'avait eu lieu, en mars 2023, l'annonce du rétablissement des relations diplomatiques entre l'Iran et l'Arabie saoudite. Xi Jinping avait tendu la main à Mohammed Ben Salmane, prince héritier d'Arabie saoudite, ainsi qu'au président iranien de l'époque, Ebrahim Raïssi, alors que les États-Unis voyaient leur influence en Iran s'éroder sous l'administration Biden.
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Mais la donne a quelque peu changé sous la deuxième présidence Trump. Malgré ses intérêts économiques liés à l'Iran, la Chine reste silencieuse sur le conflit, laissant aux États-Unis un rôle central que Pékin conteste pourtant. À propos du silence de Pékin sur le conflit, Philippe Chalmin répond sans détour : « Les Chinois restent attentistes et ne sont pas mécontents qu'Israël fasse le sale boulot, comme tout le monde. »
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