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ÉconomieInternational

La réforme fiscale de Trump a eu peu d'effet sur l'investissement

Guillaume du Payrat

Publié le 29 janvier 2019 à 17:29 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:01

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Un an après la réforme fiscale de l'administration Trump en faveur des entreprises, les effets des baisses d'impôts massives tardent à apparaître.

La réforme fiscale majeure de Donald Trump tarde à porter ses fruits. Un an après les quelque 1.500 milliards de dollars (1.314 milliards d'euros) de réductions d'impôts sur dix ans accordés aux entreprises américaines, seules 16% d'entre elles déclaraient que ces allègements les avaient poussées à revoir leurs décisions d'investissement et de recrutement, selon l'enquête trimestrielle réalisée par l'Association nationale des économistes d'entreprises (Nabe). En octobre 2018, elles n'étaient déjà que 19% à relever un impact des mesures fiscales sur leurs décisions.

Ces chiffres se révèlent cependant plus positifs pour le secteur de la production de biens, où 50% des entreprises disent avoir pris en compte les allègements d'impôts dans leurs décisions, et 20% déclarent même avoir relocalisé des décisions d'investissement et de recrutement à la suite de ces mesures. Mais les résultats relevés jusqu'ici paraissent bel et bien en demi-teinte face aux promesses du président américain et son administration dans cette réforme. Interviewé par CNBC en janvier 2018, Steve Mnuchin, le secrétaire au Trésor, n'hésitait pas à décrire la réforme comme "un changement de paradigme économique" et prédisait un "retour massif des investissements aux Etats-Unis".

Plus de 1.100 milliards de rachats d'actions en 2018

Ces nouveaux résultats ne manqueront pas de venir nourrir le débat sur les effets économiques de la réforme de 2018, qui oppose économistes et hommes politiques américains depuis l'été dernier. L'allègement considérable de l'imposition des entreprises, principalement constitué de la forte réduction du taux de l'impôt sur les sociétés (de 35% à 21%), avait été présenté par l'administration de Donald Trump comme un moyen offert aux entreprises américaines d'amplifier leurs investissements, d'embaucher ou de rapatrier leurs activités. Or, plusieurs indicateurs révélaient dès l'été 2018 que l'argent récupéré par les entreprises avait plutôt servi à renflouer leur trésorerie, en permettant par exemple aux entreprises cotées de financer des rachats d'actions (buybacks). Tandis que la croissance des investissements et des salaires américains en 2018 n'a pas semblé dévier de sa tendance pré-réforme, les rachats de titres ont connu une véritable explosion, dépassant la barre de 1.100 milliards de dollars pour l'année entière.

Si plusieurs économistes proches de la Maison Blanche reconnaissent désormais le lien entre réforme fiscale et amplification des rachats d'actions, les effets économiques de celles-ci restent l'objet d'un vif débat outre-Atlantique. D'un côté, les sources gouvernementales s'attachent à défendre les retombées économiques de ces opérations financières, soulignant leur tendance à faire circuler plus de liquidités dans l'économie et à rétribuer le capital des épargnants (dont les fonds de pension, auxquels souscrivent de nombreux Américains). De l'autre, les démocrates et de nombreux économistes critiquent l'orientation vers le court terme de ces décisions se faisant au détriment d'investissements ou d'une redistribution aux salariés, et leurs effets foncièrement inégalitaires, comme l'indique une étude du Roosevelt Institute.

La montée des incertitudes pèse sur les investissements

Au-delà de l'objectif de soutenir le cours de Bourse, c'est également à l'accumulation des incertitudes politiques et macroéconomiques que serait dû l'attentisme des entreprises américaines. Aux premiers rangs de ces incertitudes, figurent à l'évidence la crainte d'un ralentissement de l'économie mondiale en 2019, la perspective d'une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, dont les premiers effets ont déjà commencé à se faire sentir, ainsi que la remontée prévue des taux directeurs de la Fed.

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Dans ce contexte, c'est l'opportunité de la réforme fiscale de l'administration Trump qui se trouve mise en question : celle-ci a conduit à un influx budgétaire massif dans l'économie américaine, qui a creusé fortement le déficit et la dette de l'Etat fédéral (respectivement établis à 3,9% et 106% du PIB en 2018), alors que l'économie américaine ne montrait aucun signe de faiblesse. En revanche, ces marges de manoeuvre budgétaires perdues pourraient bien faire défaut à l'administration Trump, comme le souligne l'OFCE, en cas de ralentissement marqué de la croissance en 2019 et 2020, voire de crise.

À lire également

  • Face à Trump, le patron de la Fed réaffirme son indépendance avec force
  • La dette américaine est-elle devenue plus risquée ?

Lire aussi : Le déficit budgétaire américain au plus haut depuis 2012, à 3,9% du PIB

(avec Reuters)

Guillaume du Payrat

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