La réforme fiscale de Trump a eu peu d'effet sur l'investissement

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Un an après avoir accordé des réductions massives d'impôts aux entreprises, les effets économiques de la politique fiscale de Trump restent incertains.
Un an après avoir accordé des réductions massives d'impôts aux entreprises, les effets économiques de la politique fiscale de Trump restent incertains. (Crédits : Yuri Gripas)
Un an après la réforme fiscale de l'administration Trump en faveur des entreprises, les effets des baisses d'impôts massives tardent à apparaître.

La réforme fiscale majeure de Donald Trump tarde à porter ses fruits. Un an après les quelque 1.500 milliards de dollars (1.314 milliards d'euros) de réductions d'impôts sur dix ans accordés aux entreprises américaines, seules 16% d'entre elles déclaraient que ces allègements les avaient poussées à revoir leurs décisions d'investissement et de recrutement, selon l'enquête trimestrielle réalisée par l'Association nationale des économistes d'entreprises (Nabe). En octobre 2018, elles n'étaient déjà que 19% à relever un impact des mesures fiscales sur leurs décisions.

Ces chiffres se révèlent cependant plus positifs pour le secteur de la production de biens, où 50% des entreprises disent avoir pris en compte les allègements d'impôts dans leurs décisions, et 20% déclarent même avoir relocalisé des décisions d'investissement et de recrutement à la suite de ces mesures. Mais les résultats relevés jusqu'ici paraissent bel et bien en demi-teinte face aux promesses du président américain et son administration dans cette réforme. Interviewé par CNBC en janvier 2018, Steve Mnuchin, le secrétaire au Trésor, n'hésitait pas à décrire la réforme comme "un changement de paradigme économique" et prédisait un "retour massif des investissements aux Etats-Unis".

Plus de 1.100 milliards de rachats d'actions en 2018

Ces nouveaux résultats ne manqueront pas de venir nourrir le débat sur les effets économiques de la réforme de 2018, qui oppose économistes et hommes politiques américains depuis l'été dernier. L'allègement considérable de l'imposition des entreprises, principalement constitué de la forte réduction du taux de l'impôt sur les sociétés (de 35% à 21%), avait été présenté par l'administration de Donald Trump comme un moyen offert aux entreprises américaines d'amplifier leurs investissements, d'embaucher ou de rapatrier leurs activités. Or, plusieurs indicateurs révélaient dès l'été 2018 que l'argent récupéré par les entreprises avait plutôt servi à renflouer leur trésorerie, en permettant par exemple aux entreprises cotées de financer des rachats d'actions (buybacks). Tandis que la croissance des investissements et des salaires américains en 2018 n'a pas semblé dévier de sa tendance pré-réforme, les rachats de titres ont connu une véritable explosion, dépassant la barre de 1.100 milliards de dollars pour l'année entière.

Si plusieurs économistes proches de la Maison Blanche reconnaissent désormais le lien entre réforme fiscale et amplification des rachats d'actions, les effets économiques de celles-ci restent l'objet d'un vif débat outre-Atlantique. D'un côté, les sources gouvernementales s'attachent à défendre les retombées économiques de ces opérations financières, soulignant leur tendance à faire circuler plus de liquidités dans l'économie et à rétribuer le capital des épargnants (dont les fonds de pension, auxquels souscrivent de nombreux Américains). De l'autre, les démocrates et de nombreux économistes critiquent l'orientation vers le court terme de ces décisions se faisant au détriment d'investissements ou d'une redistribution aux salariés, et leurs effets foncièrement inégalitaires, comme l'indique une étude du Roosevelt Institute.

La montée des incertitudes pèse sur les investissements

Au-delà de l'objectif de soutenir le cours de Bourse, c'est également à l'accumulation des incertitudes politiques et macroéconomiques que serait dû l'attentisme des entreprises américaines. Aux premiers rangs de ces incertitudes, figurent à l'évidence la crainte d'un ralentissement de l'économie mondiale en 2019, la perspective d'une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, dont les premiers effets ont déjà commencé à se faire sentir, ainsi que la remontée prévue des taux directeurs de la Fed.

Dans ce contexte, c'est l'opportunité de la réforme fiscale de l'administration Trump qui se trouve mise en question : celle-ci a conduit à un influx budgétaire massif dans l'économie américaine, qui a creusé fortement le déficit et la dette de l'Etat fédéral (respectivement établis à 3,9% et 106% du PIB en 2018), alors que l'économie américaine ne montrait aucun signe de faiblesse. En revanche, ces marges de manoeuvre budgétaires perdues pourraient bien faire défaut à l'administration Trump, comme le souligne l'OFCE, en cas de ralentissement marqué de la croissance en 2019 et 2020, voire de crise.

Lire aussi : Le déficit budgétaire américain au plus haut depuis 2012, à 3,9% du PIB

(avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 30/01/2019 à 14:34 :
"amplifier leurs investissements, d'embaucher" et s'ils n'ont pas de besoin ? Avec le plein emploi, y a pénurie de bras, il faudrait faire venir des mexicains, mais c'est pas à l'ordre du jour. :-) Parait qu'il manque des conducteurs de camions, ce qui leur procure des salaires élevés, par manque de candidats.
Si Trump disait que les véhicules électriques étaient l'avenir, l'investissement prendrait l'ascenseur (comme disent les Suisses, nous, on dit "exploserait").
a écrit le 30/01/2019 à 8:10 :
Une réalité le grand écart entre le politique et la gestion des entreprises plus particulièrement celles qui sont en bourse avec un autre acteur moins visible mais omniprésent dans les pays anglo-saxons les fonds de pensions qui ont besoin d’une forte rentabilité des entreprises, avec un œil sur le cours de l’action ce qui amplifie le rachat d’actions. Notre pays est dans la même configuration la partie « liquidité » supprimée de l’ISF ne semble pas actuellement avoir porté les espoirs d’investissements de l’exécutif, avant elle n‘a pas été plus bénéfique pour les citoyens ou les comptes publics en dehors de la pub politique. Les différents allégements fiscaux des entreprises jamais évalués malgré les chiffres sur l’emploi ou l’investissement que font circuler différents acteurs sont prouvés d’ailleurs ont entend plus souvent emplois sauvés que crées là aussi difficile de prouver car un emploi sauvé n’est pas du qu’à un allégement, pour ce qui de l‘investissement les difficultés d‘évaluations du marché des PME et ETI sont aussi une conséquence d‘un outil industriel souvent vieillissant . M. Macron n’échappe pas à la règle du grand écart entre le politique et l’entreprise. La crise actuelle des GJ n’est que l’aboutissement de cet écart qui ne date pas d’hier mais qui c’est accentuée par les petites phrases du Président qui a voulu jouer le DRH mais qui n’en a ni les compétences ni les moyens économiques et encore moins le pouvoir malgré l‘autocratie française. Le Président a du aller MENDIER une aide des entreprises pour gérer une partie des réclamations des GJ. L’empilement des allégements fiscaux pour les entreprises mais aussi pour une partie de la population sous différentes formes ne résoudra pas le problème de la crise actuelle au contraire elle ne peut que l’aggraver. Il faut se mettre autour d’une table et remettre à plat la fiscalité française pour info le « petit livre » de notre fiscalité 1500 pages. Sans être pessimiste mais seulement réaliste une France en crise depuis 40 ans le sera encore pendant de nombreux quinquennats à moins de ne plus faire de politique bulletin de l’urne au détriment de l’économie mais de faire la pose inévitable pour la refonte de notre fiscalité, entrepreneuriale et citoyenne, ce qui n’est pas dans le logiciel de l’exécutif actuel bien au contraire malgré les sorties des quatre principaux acteurs , le Président, le premier ministre, le ministre de l’économie et le plus gourmand en fiscalité confiscatoire le ministre des comptes publics.
a écrit le 30/01/2019 à 2:38 :
l'article est clair: l'argent récupéré par les entreprises a servi à renflouer leur trésorerie, en permettant par exemple aux entreprises cotées de financer des rachats d'actions (buybacks). faites des cadeaux fiscaux sur le dos des contribuables et vous avez un enrichissement scandaleux.
bien sûr en France les petits copains riches de Jupiter le banquier ennemi des gueux sont tout aussi vertueux...
a écrit le 30/01/2019 à 2:33 :
Trump est un grand economiste.
Le populisme a aussi ses limites.
a écrit le 29/01/2019 à 19:25 :
En fin de compte, la baisse des taux que désire Mr Trump inquiète! Les investissements se font déjà sur de l'existant et non sur de la création d'activité contrairement a ce que l'on croit!
a écrit le 29/01/2019 à 19:00 :
Le fait que la finance qui vous soit liée s'enrichisse est plutôt une bonne nouvelle pour TRump, permettant malgré tout de réorienter l'argent aux USA. Tant qu'elle suit les décisions du président américain elle ne fait qu'appuyer ses décisions politiques et renforcer le pays, on voit bien que tous les marchés financiers du monde se questionnent de cette attitude des marchés financiers américains. CE sont des génies ils ont fait croire au monde qu'il n'y avait plus de frontière pour l'argent tandis qu'ils renforcent en permanence leur nation.

ET les benêts qui ont cru à cette idée de citoyen (riche) du monde actuellement sont indignés mais dépassés.

Par ailleurs si le but est de faire sortir l'argent des paradis fiscaux vous n'allez pas demander à des rentiers habitués à ne rien faire de brusquement d'investir intelligemment et efficacement, il leur faut des étapes rassurantes et les rachats d'action seront toujours bien mieux que de l'argent planqué quelque part. La pensée à court terme ce sont les sociaux démocrates qui l'ont mais bon ils sont paramétrés à cela.
a écrit le 29/01/2019 à 18:49 :
Une réforme fiscale au bénéfice des actionnaires, Trump est décidément le candidat du système.

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