Face à Trump, le patron de la Fed réaffirme son indépendance avec force

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(Crédits : Carlos Barria)
Le patron de la Banque centrale américaine (Fed) a réaffirmé avec force vendredi l'indépendance de l'institution qu'il dirige et fait savoir sans hésitation qu'il ne démissionnerait pas si le président Donald Trump le lui demandait.

"NON", a lancé sans hésitation Jerome Powell quand on lui a demandé s'il donnerait sa démission si le président des États-Unis le lui demandait, lors d'une table ronde à Atlanta (Géorgie). Il a été l'objet de très nombreuses attaques de la part de Donald Trump qui lui reproche la hausse des taux d'intérêt décidée par la Fed.

L'hôte de la Maison-Blanche voit les relèvements monétaires comme une erreur risquant de réduire à néant sa politique économique, un avis partagé par de nombreux investisseurs et économistes qui jugent que la Fed ne voit pas les signes de ralentissement que commence à donner la première économie du monde.

Tenter d'apaiser les tensions...

Jerome Powell pour sa part a insisté sur le fait que la Fed n'avait pas de politique pré-établie et que son institution réagirait rapidement et avec souplesse à tout signal de l'économie.

Jerome Powell a indiqué qu'aucune entrevue avec le président n'était prévue à ce stade, semblant démentir des informations de presse selon lesquelles les conseillers de Donald Trump tentaient d'arranger un rendez-vous entre les deux hommes pour tenter d'apaiser les tensions.

"Je n'ai aucune nouvelle à ce sujet. Rien n'est prévu", a souligné Jerome Powell, qui a été nommé à la tête de la Fed par Donald Trump.

La Banque centrale américaine a relevé en décembre ses taux d'intérêt d'un quart de point, le quatrième resserrement du coût du crédit de l'année, mais a mis de l'eau dans son vin concernant 2019 face à des signes de ralentissement de l'économie aux États-Unis, mais aussi dans le monde et en particulier en Chine.

De façon tout à fait inhabituelle pour un président, Donald Trump avait fait pression jusqu'au dernier moment sur la Fed pour tenter d'empêcher le tour de vis.

Relever les taux d'intérêt serait "une erreur", "le seul problème de notre économie, c'est la Fed", avait-il tweeté récemment. Ses gouverneurs "ne sentent pas le marché", avait-il également écrit face à la chute des marchés qu'il estime être le thermomètre du succès de sa politique.

M. Powell a aussi profité de cette conférence pour rappeler que "la Fed a une culture très solide pour agir de manière apolitique et nous nous engageons à remplir les objectifs qui nous ont été fixés par la loi de manière totalement apolitique sur la base de nos meilleures réflexions, de perspectives diverses. C'est ce que nous ferons toujours".

"C'est profondément ancré dans l'ADN de toute personne qui passe du temps à la Fed et je veux que le grand public le sache", a-t-il martelé.

Tension sur le marché de la dette

Vendredi après-midi, le président de la Fed a assuré que face à la modeste inflation et aux "inquiétudes" des marchés vis-à-vis d'un ralentissement, la Banque centrale resterait "patiente" concernant ces taux d'intérêt, "en évaluant comment l'économie évolue".

Le marché de la dette s'est tendu vendredi, après la publication de chiffres d'emploi aux Etats-Unis très solides en décembre qui ont éloigné une partie des investisseurs plus enclins à prendre des risques. Les créations d'emplois aux Etats-Unis en décembre ont bondi à leur plus haut niveau depuis février, tandis que l'économie a attiré davantage de travailleurs, faisant monter un peu le taux de chômage, selon les chiffres officiels du ministère du travail vendredi.

"Le marché de l'emploi américain se porte très bien", ce qui fait reculer l'aversion au risque et favorise une remontée des taux d'emprunt "après la forte détente enregistrée dans les premières séances de 2019", a observé Eric Vanraes, gérant obligataire de la banque suisse Eric Sturdza.

En outre, "avec des chiffres aussi élevés, les investisseurs se disent que la Réserve fédérale américaine n'aura pas de scrupules à monter de nouveau ses taux directeurs", ce qui met les taux sous pression, a-t-il complété.

Mais, selon M. Vanraes, "la détente des premiers jours n'est toutefois pas complètement effacée, car la remontée est bridée" par les incertitudes économiques et politiques toujours nombreuses.

Entre les signes d'essoufflement de l'économie chinoise, le Brexit, la paralysie partielle des administrations américaines ou le conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis, beaucoup de craintes pèsent encore sur les marchés.

Sur ce dernier dossier, le ministère chinois du Commerce a confirmé vendredi que des négociateurs des Etats-Unis se rendraient en Chine lundi et mardi, ce qui a également contribué à redonner de l'appétit pour le risque aux investisseurs.

(avec agences)

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Commentaires
a écrit le 05/01/2019 à 11:52 :
Contempler l’Amérique régner. Il faudrait être idiot pour croire à un tel scénario mais bon ça manque pas en UE !

Franchement vu la puissance des états unis elle est bien mal servie avec des rivaux totalement aliénés par leur avidité alors que si on remettait de l'intelligence au service de notre économie, l'UE pourrait rivaliser, en utilisant sa puissance culturelle oubliée par exemple, avec la puissance américaine mais bon vu l'état déplorable des institutions européennes, le chemin va être long d'ailleurs ils ne veulent toujours pas l'emprunter les benêts.
a écrit le 05/01/2019 à 10:38 :
La hausse des taux américains à marche forcée est le principal grain de sable dans l'économie mondiale. Non, la baisse des impôts n'est pas destinée à enrichir les banques et ses commandités.
On se souvient que c'est la hausse des taux qui a déclenché la crise de 1929 (+3% en aout). Il est encore temps de revenir aux bons vieux principes de la banque islamique : taux zéro.

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