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La Russie accuse les Etats-Unis de vouloir déployer des armes dans l'espace

latribune.fr

Publié le 21 mai 2024 à 15:00 - Mis à jour le 21 mai 2024 à 15:17

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

MAXIM SHEMETOV

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le Kremlin a accusé ce mardi les Etats-Unis de vouloir déployer des armes dans l'espace après l'échec d'un projet de résolution russe à l'ONU, quelques semaines après avoir fait l'objet d'accusations similaires de la part de Washington, nourrissant la crainte d'une course aux armements.

La Russie accuse les Etats-Unis de vouloir déployer des armes dans l'espace. Avec le rejet, lundi par le Conseil de sécurité de l'ONU, d'un projet de résolution russe contre la militarisation de l'espace, les Etats-Unis ont démontré qu'ils visent à « placer des armes dans l'espace extra-atmosphérique et à en faire une arène d'affrontement militaire », a fustigé ce mardi la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

«Une nouvelle occasion d'empêcher une course aux armements dans l'espace a été manquée par la faute des Etats-Unis et de leurs alliés», a poursuivi Maria Zakharova, défendant le projet de résolution russe comme étant une «initiative constructive».

Interrogé sur ces accusations, le Kremlin n'a pas fourni d'informations spécifiques sur les intentions imputées à Washington. « Nous étions ici favorables à une solution globale à cette question, à un rejet complet » d'une militarisation de l'espace, a-t-il souligné auprès de la presse. « Regardez qui s'est opposé à ce que la Russie propose dans ce projet. C'est éloquent », a-t-il ajouté.

Le Conseil de sécurité de l'ONU, divisé, a rejeté la veille le texte russe, plusieurs pays mettant en cause la sincérité de Moscou après son veto d'un texte américain contre la prolifération nucléaire dans l'espace.

Veto russe au projet de résolution américain et japonais

Fin avril, les Etats-Unis et le Japon avaient présenté devant le Conseil un projet de texte appelant tous les pays à « contribuer activement à la réalisation de l'objectif qui consiste à utiliser l'espace à des fins pacifiques et à prévenir la course aux armements dans l'espace ».

Le texte appelait plus spécifiquement les Etats « à ne pas mettre au point d'armes nucléaires ou d'autres types d'armes de destruction massive spécifiquement conçues pour être mises sur orbite autour de la Terre, installées sur des corps célestes ou placées, de toute autre manière, dans l'espace extra-atmosphérique ».

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Mais la Russie avait mis son veto au projet de résolution, qui avait recueilli 13 votes pour (sur 15) et une abstention (Chine). L'ambassadeur russe avait alors estimé que le texte, en se concentrant sur une catégorie d'armes, cachait un « manque d'intérêt » des Etats-Unis et de leurs alliés pour « assurer qu'aucune arme quelles qu'elles soient ne soient placées dans l'espace ».

Une initiative russe «hypocrite» pour l'ambassadeur américain

Le projet de résolution de Russie et la Chine, qui reprenait en partie le texte bloqué en avril, appelait en plus tous les Etats membres, « surtout ceux qui ont des capacités spatiales », à prendre « des mesures urgentes pour empêcher à jamais le placement d'armes dans l'espace et la menace ou l'utilisation de la force dans l'espace ».

Avec sept voix pour (notamment Russie, Chine, Algérie), sept contre (notamment Etats-Unis, Royaume-Uni, France) et une abstention (Suisse), il n'a pas rassemblé les neuf votes nécessaires pour être adopté. Une situation récurrente pour les textes proposés par la Russie depuis son invasion de l'Ukraine en février 2022.

Qualifiant l'initiative russe d'« hypocrite », l'ambassadeur américain adjoint Robert Wood, a estimé que Moscou voulait « détourner l'attention de ses efforts dangereux visant à placer une arme nucléaire en orbite ». Il a appelé à être « sceptique » sur les « intentions » de la Russie avec ce texte, l'accusant d'avoir la semaine dernière placé en orbite un satellite « qui serait capable d'attaquer d'autres satellites ».

«Nous déplorons la méthode d'obstruction employée par la Russie qui ne cherchait manifestement qu'à diviser le conseil», a renchéri son homologue française Nathalie Broadhurst, accusant la Russie de ne pas «sincèrement» soutenir les objectifs du texte.

« Nous sommes globalement satisfaits du résultat du vote », a commenté l'ambassadeur russe, estimant qu'il avait permis de « démasquer » les Occidentaux qui « avancent vers la militarisation de l'espace » et qui selon lui sont désormais « isolés » au Conseil.

Armes nucléaires dans l'espace

La Maison Blanche avait assuré en février que la Russie développait une arme nucléaire antisatellite dans l'espace. De hauts responsables américains avaient annoncé que les Etats-Unis étaient confrontés à une nouvelle et « grave menace » pour leur sécurité, les médias expliquant qu'elle avait trait aux capacités militaires de la Russie.

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Dans un communiqué sibyllin, le président républicain de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Michael Turner, avait déclaré avoir demandé aux membres du Congrès de passer en revue des « informations relatives à une grave menace pour la sécurité nationale » qu'il n'a pas précisée.

NBC et CNN, qui citent des sources non identifiées, évoquant des capacités militaires russes « extrêmement préoccupantes ». ABC a rapporté que Moscou aurait l'intention de placer une arme nucléaire dans l'espace pour servir contre des satellites.

Des médias américains, citant de hauts responsables à Washington, avaient précisé à l'époque que le supposé projet russe n'en était qu'au stade du développement et ne constituait pas une menace immédiate.

Selon le New York Times, les Etats-Unis sont eux-mêmes engagés dans un effort pour assurer la défense de leur réseau de satellites contre les attaques et se donner les moyens de neutraliser les engins spatiaux de leurs adversaires.

Des informations infondées selon Moscou

La Russie avait jugé ces informations « infondées ». « Nous répétons constamment que nous ne répondrons en aucune manière aux différentes accusations infondées. S'ils font des déclarations, ils devraient au moins les accompagner de preuves », avait déclaré aux agences de presse russes le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov.

«Cela s'inscrit dans la tendance de ces dix dernières années où les Américains se livrent à des inventions malveillantes et nous attribuent toutes sortes d'actions ou d'intentions qui ne leur conviennent pas», avait-il ajouté.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait estimé qu'il s'agissait d'une « ruse » de la Maison Blanche pour pousser le Congrès américain à adopter l'importante enveloppe d'aide de 60 milliards de dollars pour l'Ukraine bloquée depuis plusieurs mois.

« Il est clair que la Maison Blanche essaie, à tort ou à raison, d'encourager le Congrès à voter la loi de finances, c'est évident. Nous verrons quelle ruse la Maison Blanche utilisera », a déclaré Dmitri Peskov, cité par les agences de presse russes.

Poutine « catégoriquement opposé » aux armes nucléaires dans l'espace

Le président russe Vladimir Poutine s'est déclaré « catégoriquement opposé » au déploiement d'armements nucléaires en orbite et a assuré que Moscou ne faisait dans l'espace que « ce que d'autres pays y font, y compris les Etats-Unis ».

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« Non seulement nous appelons au respect de tous les accords existant dans ce domaine, mais nous avons également proposé à plusieurs reprises de renforcer ce travail commun », a ajouté le président russe, en référence au Traité sur l'espace de 1967, dont les Etats-Unis et la Russie font partie qui interdit le déploiement d'armes nucléaires dans l'espace.

Moscou avait cependant reconnu en novembre 2021 avoir pulvérisé un vieux satellite soviétique inactif en orbite via un tir d'essai de missile effectué depuis la Terre.

Des tensions qui ressuscitent malgré le traité de 1967

Les tensions entre Moscou et Washington, sur fond de conflit en Ukraine, ressuscitent le risque, datant de la Guerre froide, d'une militarisation de l'espace malgré l'existence  du traité de 1967 appelant à « ne pas développer d'armes nucléaires, ou toute autre arme de destruction massive, conçues spécifiquement pour être placées en orbite ».

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Les Etats-Unis et la Russie continuent néanmoins de coopérer dans le domaine spatial civil, notamment pour l'envoi de spationautes vers la Station spatiale internationale (ISS). Ces dernières années, des tensions sont toutefois apparues, conséquence des évolutions géopolitiques sur Terre, Moscou et Pékin affirmant vouloir approfondir leur collaboration spatiale face aux puissances occidentales.

(Avec AFP)

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