Le fonds souverain norvégien fait du tri : deux sociétés israélienne et russe exclues
latribune.fr
Depuis 2004, le fonds souverain de Norvège est soumis a de très strictes et nombreuses règles d'éthique qui lui interdisent notamment certains investissements et l'obligent à la transparence pour ceux réalisés.
Ints Kalnins
Le plus gros fonds d'investissement au monde s'est désengagé du groupe de télécoms israélien Bezeq et du sidérurgiste russe Evraz. Il avance des raisons éthiques.
Le fonds souverain de Norvège a fait du ménage dans ses actifs. Il s'est en effet désengagé de deux groupes pour des raisons éthiques, a indiqué mardi soir la Banque centrale du pays. D'une part, du groupe de télécoms israélien Bezeq. Ce dernier est accusé de fournir ses services aux colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, illégales au regard du droit international. L'entreprise israélienne assure aussi y desservir des territoires habités par les Palestiniens, comme le relève dans son argumentaire, le Conseil d'éthique, l'organe consultatif qui guide les investissements du fonds.
Mais« cela ne saurait compenser le fait qu'[elle], par sa présence et la fourniture de services de télécoms aux colonies israéliennes en Cisjordanie, contribue à faciliter le maintien et l'expansion des colonies israéliennes (...) contribuant ainsi à violer le droit international », taclele Conseil d'éthique.
En parallèle, le fonds s'est aussi désinvesti d'Evraz, sidérurgiste russe coté à Londres. Motif : fourniture d'acier à l'industrie de défense russe. Ce qui facilite « la guerre d'agression illégale menée par la Russie contre l'Ukraine », pointe le Conseil d'éthique.
La Banque de Norvège annonce toujours ses décisions de désinvestissement après la vente de ses parts dans les entreprises concernées. Au 30 juin, le fonds possédait 0,76% de Bezeq, une part alors valorisée à près de 23,7 millions de dollars. Et 0,96% d'Evraz, soit une valeur de 1,4 million de dollar.
Éthique et transparence de rigueur
Ce n'est pas la première fois que le fonds souverain de Norvège se désengage d'entreprises. Depuis 2004, il est soumis à de très strictes - et nombreuses - règles d'éthique. Celles-ci lui interdisent notamment certains investissements et l'obligent à la transparence pour ceux réalisés. Ainsi, depuis cette date, il s'est désengagé de nombreuses entreprises impliquées dans la fabrication de mines anti-personnel, de tabac, mais aussi d'arme nucléaire. Notamment du géant français Safran en 2006.
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Le fonds souverain de Norvège a toutefois refusé de se joindre au mouvement de boycott financier d'Israël lancé par des ONG. Il conserve ainsi ses investissements dans plus de 70 entreprises israéliennes. Dont la plus puissante : le groupe pharmaceutique Teva, dont il détient 3% des parts. Ce dernier, leader mondial des médicaments génériques, est accusé d'avoir une unité de production dans la colonie israélienne de Barkan en Cisjordanie occupée.
A contrario, d'autres fonds souverains - notamment ceux d'Irlande ou de Nouvelle-Zélande - se sont progressivement désengagés ces dernières années de banques et de supermarchés qui opèrent en territoire palestinien occupé. D'autant plus après les attentats du 7 octobre et la réponse d'Israël sur Gaza. À voir si ce premier désengagement du fonds norvégien dans une entreprise israélienne sera suivi d'autres.
Au total, le fonds souverain de Norvège possède des parts dans près de 8.800 entreprises et 71 pays. Il détient en moyenne 1,5% de tous les groupes cotés sur la planète. Parmi eux figurent des géants du secteur de la tech, comme Apple, Microsoft ou Samsung, ou de l'agro-alimentaire tel que Nestlé.
Au troisième trimestre, le fonds souverain de Norvège a engrangé près de 71 milliards d'euros, profitant de l'embellie boursière liée à la baisse des taux d'intérêt. Son rendement a ainsi atteint 4,4% entre juillet et septembre, ce qui a contribué à porter sa valeur totale à 1.597 milliards d'euros (18.870 milliards de couronnes norvégiennes).
Mis sur pied au début des années 1990, ce fonds est aujourd'hui le plus gros investisseur individuel au monde. Il est alimenté par la totalité des profits pétroliers de l'État norvégien. Son objectif est de faire fructifier ces revenus afin de financer les futures dépenses de l'Etat scandinave.