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645.000 euros par minute : le gigantesque fonds souverain norvégien accumule 168 milliards d'euros en seulement 6 mois

Julien Gouesmat

Publié le 14 août 2024 à 11:21 - Mis à jour le 14 août 2024 à 11:23

En moyenne, le fonds souverain détient 1,5% de toutes les sociétés cotées dans le monde. (Photo d'illustration)

En moyenne, le fonds souverain détient 1,5% de toutes les sociétés cotées dans le monde. (Photo d'illustration)

Reuters

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L'équivalent du PIB du Maroc, c'est ce qu'a réussi à générer le fonds souverain de Norvège, le plus gros du genre, au premier semestre 2024. Avec 168 milliards d'euros de rendement en l'espace de six mois, sa valeur totale pointe à 1.530 milliards d'euros, soit - cette fois - plus que le PIB espagnol.

Le fonds souverain de Norvège bat un nouveau record. Malgré un rendement moindre par rapport à 2023, le plus gros fonds au monde - en capitalisation - a généré 1.478 milliards de couronnes au cours du premier semestre 2024, soit 168 milliards d'euros, l'équivalent du PIB du Maroc l'an dernier, si l'on se fie aux données de la Banque mondiale.

«Le résultat a été principalement porté par les valeurs technologiques, en raison de la demande accrue de nouvelles solutions en intelligence artificielle», a expliqué ce mercredi Nicolai Tangen, PDG de la Norges Bank Investment Management.

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Au 30 juin 2024, le fonds avait donc une valeur de 1.530 milliards d'euros, le semestre écoulé lui apportant un rendement de l'ordre de 8,6%. « Les investissements en actions ont généré un rendement très élevé au premier semestre », selon son PDG, qui peut se satisfaire d'une valorisation totale toute proche du PIB espagnol, d'après les données de la Banque mondiale.

En moyenne, le fonds détient 1,5% de toutes les entreprises cotées en bourse

La manne historique de ce fonds souverain - qui contrôle plus de 1% de l'ensemble des capitalisations boursières - est issu du secteur pétro-gazier de l'Etat norvégien. Il reçoit la totalité des profits que la Norvège génère grâce à ce secteur, soit 16 milliards d'euros rien que sur ce semestre. Le fonds a pour objectif de faire fructifier ces revenus, afin de financer les futures dépenses de l'Etat scandinave.

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Dans le détail, 72% de ses investissements se font via des actions, dont le rendement a été de 12% en ce premier semestre, soit légèrement moins bien qu'au premier semestre l'an passé (13,6%). Mais preuve que les six premiers mois de l'année sont globalement moins bons que l'année 2023 : le rendement des infrastructures d'énergie renouvelable non-cotées s'est élevé à -18 %, tandis que les placements immobiliers ont perdu 1% sur cette même période.

Ces trois derniers types d'actifs pèsent toutefois bien moins lourds que les actions dans le portefeuille du géant norvégien, ce qui a permis de limiter la casse. D'autant plus que le fonds a été particulièrement chahuté par la chute du yen et le changement de politique monétaire du Japon, concédant 13,3% sur son portefeuille nippon.

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En moyenne, le fonds souverain détient 1,5% de toutes les sociétés cotées dans le monde, au point d'avoir des participations modestes dans près de 9.000 entreprises, dont Apple, Nestlé, Microsoft et Samsung pour les plus connues.

Encore une fois en ce premier semestre, ce sont notamment les valeurs technologiques, dopées par l'engouement pour l'intelligence artificielle, qui occupent une place croissante. Les dividendes versés par ces sociétés au fonds souverain ont doublé en l'espace de 6 mois. Sur les marches du podium, on retrouve ainsi : Microsoft, Apple et Nvidia dont le fonds souverain norvégien ne détient pourtant que 1,1% des actions.

Une plus grande transparence

« Nous sommes déjà le fonds le plus transparent au monde, mais nous allons encore plus loin. Désormais, chacun pourra trouver tous les semestres un aperçu actualisé de tous nos investissements », a affirmé le PDG Nicolai Tangen.

Sur le site internet du fonds souverain, sont déjà présents de très nombreux tableaux listant les milliers d'investissements dans des entreprises, les placements immobiliers, etc. Depuis 2004, le fonds est soumis a de très strictes et nombreuses règles d'éthique, lui interdisant certains investissements et l'obligeant à la transparence pour ceux réalisés. Ainsi, depuis cette date, il s'est désengagé de nombreuses entreprises impliquées dans la fabrication de mines anti-personnel, de tabac, mais aussi d'arme nucléaire, obligeant ainsi le fonds souverain a se désengager du français Safran en 2006.

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Au cours de l'année 2024, le fonds a annoncé ne pas se joindre au mouvement de boycott financier d'Israël lancé par des ONG. Il garde ainsi ses investissements dans 77 entreprises israéliennes, dont la plus puissante : le groupe pharmaceutique Teva, dont il détient 3% des parts. Ce dernier, leader mondial des médicaments génériques, est accusé d'avoir une unité de production dans la colonie israélienne de Barkan en Cisjordanie occupée.

Au cours des dernières années, et d'autant plus après les attentats du 7 octobre et la réponse d'Israël sur Gaza, des fonds souverains - comme celui d'Irlande ou de Nouvelle-Zélande - s'étaient progressivement désengagés de banques et de supermarchés qui opèrent en territoire palestinien occupé.

Un fonds de plus en plus engagé

Le fonds fait aussi campagne depuis 2021 pour augmenter le nombre de femmes dans les conseils d'administration des entreprises, ce qui serait directement corrélé à une meilleure gouvernance. Au printemps 2023, il a même annoncé qu'il allait voter contre les nominations exclusivement masculines aux conseils d'administration des entreprises au Japon, où il a beaucoup investi.

«Cette année, nous avons dit (aux entreprises): "Si vous n'avez même pas une seule femme au conseil d'administration, nous voterons contre vous ». Nous intensifierons cette démarche l'année prochaine", avait déclaré Carine Smith Ihenacho responsable de la gouvernance et de la conformité du fonds, lors d'une interview à Reuters en août 2023.

Même engagement sur les questions des inégalités salariales et de la redistribution. Carine Smith Ihenacho s'était dite « inquiète » : « Les gros salaires sont de plus en plus élevés et, d'après les chiffres que nous avons vus, les plus gros salaires augmentent plus que la médiane des rémunérations et plus que l'inflation ».

Lors des votes sur les hausses de rémunération de directeur général, le fonds n'avait pas hésité a voter contre une fois sur dix, et notamment contre celles de James Quincey de Coca-Cola, de Tim Cook d'Apple et de Ramon Laguarta de PepsiCo.

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Enfin, bien qu'alimenté par les revenus pétro-gaziers de l'État norvégien, le fonds souverain a fait du climat un de ses chevaux de bataille. Il impose des exigences en la matière dans les entreprises dans lesquelles il investit. Le fonds a ainsi commencé à investir dans des projets d'énergies renouvelables encore non-cotés en Bourse, un segment très marginal où il a gagné 3,7% l'année dernière.

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Mais, interrogé en avril par la chaine américaine CNBC, le président du fonds Nicolai Tangen avait déclaré qu'« il y avait une concurrence énorme pour très peu de projets (dans les placements verts, ndlr), les prix étaient élevés, et les rendements faibles - mais nous pensons que cela s'est un peu amélioré au cours de la dernière année ».

Julien Gouesmat

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