Dix ans après l’enlèvement par Boko Haram de 276 lycéennes à Chibok, les villageois du nord du pays sont aussi victimes de bandes criminelles.Dix ans après, il y a encore des questions qu'on ne pose pas directement à Hauwa. La jeune Nigériane de 23 ans a passé de longs mois captive du groupe djihadiste Boko Haram avant de réussir à s'enfuir, perdant son nouveau-né qu'elle a dû enterrer durant sa fuite. Ce vendredi, elle accepte de dire quelques mots, « pour aider d'autres filles comme [elle] », mais elle préfère ne pas s'étendre, de peur de raviver la douleur. C'est donc une feuille sur laquelle elle a écrit son histoire il y a longtemps qu'elle partage.
« On vivait paisiblement dans ma ville natale, y avait-elle écrit. Les enfants allaient à l'école, les boutiques étaient ouvertes et tout le monde vivait heureux en famille. » Un jour de l'automne 2014, Boko Haram investit la ville de Bama, dans l'État de Borno, dans le nord-est du pays. Hauwa a 14 ans. Des hommes armés font irruption dans la maison familiale à la recherche de son frère. Ils veulent l'enrôler mais le jeune homme est absent. Ils décident d'emmener l'adolescente ; son père refuse, il est poignardé, sa belle-mère crie, elle est abattue. Près de 200 jeunes filles et enfants de Bama seront entraînés de force. « On a marché deux jours dans la brousse avant d'atteindre leur repaire. » C'est l'immense forêt de Sambisa, où les islamistes se cachent au milieu de la végétation touffue de cette réserve forestière.
« J'étais une fille autrefois, c'est fini »
Quelques mois plus tôt, dans la nuit du 14 au 15 avril, à 200 kilomètres de Bama, dans la ville de Chibok, 276 lycéennes du pensionnat ont été tirées de leur dortoir par des membres de Boko Haram, forcées de monter dans des camions. Le nombre de jeunes filles disparues suscite une mobilisation quasi mondiale. Le hashtag BringBackOurGirls lancé depuis le Nigeria est repris des millions de fois, y compris par des stars du monde de la culture ou des personnalités politiques occidentales. Michelle Obama, alors première dame des États-Unis, se faisant même photographier avec une pancarte où est inscrit BringBackOurGirls devant la poitrine.