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Les Algériens rejettent l'élection présidentielle, le taux de participation attendu à un plus-bas historique

AFP

Publié le 12 décembre 2019 à 17:55 - Mis à jour le 12 décembre 2019 à 17:55

Ce jeudi 12 décembre, à Alger, se déroule une manifestation rassemblant des dizaines de milliers de manifestants pour rejeter l'élection présidentielle.

Ce jeudi 12 décembre, à Alger, se déroule une manifestation rassemblant des dizaines de milliers de manifestants pour rejeter l'élection présidentielle.

Reuters

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Les Algériens devraient être peu nombreux à participer au vote ce jeudi destiné à élire leur nouveau président. Depuis dix mois, ils ne cessent de contester le pouvoir en place, et ont réussi à faire partir Abdelaziz Bouteflika. Ce scrutin sous tension est marqué par une nouvelle manifestation de masse à Alger en vue de dénoncer l'élection en cours et empêcher l'actuel appareil politique de se maintenir. De sérieux troubles se déroulent aussi en Kabylie. A 15 heures, le taux de participation, enjeu majeur, a atteint seulement 20,43%.

Après presque dix mois d'une contestation populaire inédite ayant emporté le président Abdelaziz Bouteflika, les Algériens votent jeudi lors d'un scrutin sous tension marqué par une nouvelle manifestation de masse à Alger et de sérieux troubles en Kabylie.

Dans l'après-midi, une foule massive de dizaines de milliers de personnes était rassemblée dans le centre d'Alger pour dénoncer l'élection en cours, que ces manifestants voient comme une manoeuvre de survie du régime, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Toute la matinée, la police anti-émeute, déployée en force au coeur de la capitale, était rapidement et brutalement intervenue pour tenter d'empêcher tout rassemblement.

Mais les manifestants sont finalement parvenus à faire nombre et à briser un cordon de police qui leur barrait l'accès au carrefour de la Grande Poste, lieu symbolique de rassemblement du "Hirak", le "mouvement" de contestation inédit qui ébranle l'Algérie depuis février.

"Le peuple veut son indépendance!", "makache l'vote" (pas de vote!), a scandé la foule.

Le vote a dû être brièvement suspendu dans un centre électoral proche après l'intrusion de manifestants. Il a rouvert après l'évacuation de ces protestataires.

Selon le président de l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie) Mohamed Charfi, le taux de participation --enjeu majeur-- a atteint 20,43% à 15H00 (14H00 GMT).

Ce chiffre est de presque trois points inférieur à celui enregistré à 14H00 locales (23,25%) lors de la présidentielle de 2014. Cette année-là, 50,7% des votants s'étaient déplacés.

Forte abstention attendue

La plupart des observateurs s'attendent à une forte abstention, le "Hirak" ayant appelé au boycott, alors que le pouvoir répète depuis des semaines que la participation sera "massive".

M. Charfi s'est aussi félicité du "bon déroulement" de l'élection dans "95% des centres de vote", qui doivent fermer à 19H00 (18H00 GMT). Mais aucun chiffre ne devrait être disponible immédiatement.

Le vote a néanmoins été arrêté à Bejaïa, Tizi-Ouzou et Bouira (à l'est et au sud-est d'Alger), les principales localités de la région frondeuse de Kabylie à majorité berbérophone, selon l'Anie.

A Béjaïa, un centre a notamment été saccagé. A Tizi-Ouzou, les gendarmes ont usé de grenades lacrymogènes pour empêcher des manifestants d'entrer dans le siège de la wilaya (préfecture), et à Bouira, une antenne locale de l'Anie a été incendiée.

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"Mascarade électorale"

Dans les bureaux de vote d'Alger, la situation semblait contrastée: à Bab el-Oued, une centaine d'électeurs, dont de nombreux jeunes, se sont pressés dès l'ouverture et contre toute attente au principal centre de vote de ce quartier populaire, selon une journaliste de l'AFP.

"Je vote car j'ai peur que le pays s'enlise dans la crise", a expliqué Karim, un fonctionnaire de 28 ans. Mahdid Saadi, un retraité de 76 ans, a montré sa carte d'électeur avec de très nombreux tampons: "J'ai toujours voté et je vote encore aujourd'hui, c'est un devoir".

"Je suis avec le +Hirak+ mais il faut que ça finisse. J'ai perdu 70% de mon chiffre d'affaire et beaucoup de commerçants sont dans mon cas", a dit Sid Ali, 48 ans, négociant à Bab El Oued.

Mais l'affluence était faible dans plusieurs bureaux de la capitale. Dans deux centres de votes du centre-ville, la participation était inférieure à 10% en fin d'après-midi, selon les listes d'émargement consultées par une journaliste de l'AFP.

La télévision nationale montre, elle, des files d'électeurs dans plusieurs régions. Certains internautes s'en amusent et se demandent "combien ils ont été payés".

Le "Hirak", mouvement antirégime né le 22 février et ayant obtenu la démission en avril de M. Bouteflika, reste farouchement opposé à ce scrutin que le pouvoir, aux mains de l'armée, a tenu à organiser coûte que coûte.

Le mouvement dénonce une "mascarade électorale", exige la fin du "système" aux manettes depuis l'indépendance en 1962, et le départ de tous ceux qui ont soutenu ou pris part aux 20 ans de présidence de M. Bouteflika.

Or, les cinq candidats (Abdelaziz Belaïd, Ali Benflis, Abdelkader Bengrina, Azzedine Mihoubi et Abdelmajid Tebboune) sont tous considérés par la contestation comme des enfants de ce "système", et accusés de lui servir de caution.

Appel au calme

Mercredi, des personnalités proches du "Hirak" ont averti du contexte de "vives tensions" dans lequel se déroule le scrutin, considérant le pouvoir "responsable de tout dérapage éventuel".

Elles ont aussi exhorté les contestataires à "demeurer pacifiques" en refusant de "répondre aux provocations" et en veillant à "ne pas empêcher l'exercice par d'autres citoyens de leur droit à s'exprimer librement".

Pilier du régime, historiquement habitué aux coulisses, le haut commandement de l'armée assume ouvertement le pouvoir en la personne de son chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, depuis la démission de M. Bouteflika.

Après une première tentative d'élection avortée en juillet, il s'obstine à vouloir rapidement lui élire un successeur pour sortir de l'actuelle crise politico-institutionnelle, qui a aggravé la situation économique.

(par le bureau de l'AFP à Alger)

AFP

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