Après les Britanniques dimanche, la Suède a dit ce lundi ne pas exclure l'envoi de soldats de maintien de la paix en Ukraine. Des discussions sont en cours sur le déploiement de troupes françaises, quand l'Allemagne, l'Espagne et la Pologne ont indiqué ne pas l'envisager pour le moment.
[Article publié lundi 17 février 2024 à 11 h 34, mis à jour à 20 h 05] Des soldats suédois et britanniques seront-ils envoyés en Ukraine ? Leurs dirigeants ont en tout cas mis cette possibilité sur la table dans le but de garantir la sécurité du pays. C'est-à-dire une fois les conflits sur le terrain stoppés.
« Nous devons d'abord négocier maintenant une paix juste et durable qui respecte le droit international [...] Quand nous aurons cette paix installée, il faudra la maintenir et pour cela, notre gouvernement n'exclut rien », a déclaré ce lundi la ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer, à la radio publique Sveriges Radio.
La veille, c'est le Premier ministre britannique, Keir Starmer, qui a pris la parole sur ce sujet dans les colonnes du Daily Telegraph. « Nous sommes prêts et disposés à contribuer aux garanties de sécurité pour l'Ukraine en envoyant nos propres troupes sur le terrain si nécessaire », a-t-il fait savoir.
Avant d'ajouter ne pas « [dire] cela à la légère », affirmant mesurer « la responsabilité qu'implique le fait de mettre potentiellement en danger » les hommes et femmes de l'armée britannique. Mais « aider à garantir la sécurité de l'Ukraine, c'est aider à garantir la sécurité de notre continent et la sécurité du pays », a-t-il souligné. Et ce ne seront peut-être pas les seules. Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a indiqué dimanche sur la chaîne LCI que des discussions étaient en cours sur le déploiement de troupes françaises et polonaises. Sans plus de détails pour le moment.
L'Allemagne, l'Espagne et la Pologne réticents
Des propos que n'a pas confirmé ce lundi le Premier ministre polonais, au contraire. « La Pologne soutiendra l'Ukraine comme elle l'a fait jusqu'à présent : sur le plan organisationnel, en fonction de nos possibilités financières, humanitaires et militaires. Nous n'envisageons pas d'envoyer des soldats polonais sur le territoire de l'Ukraine », a déclaré Donald Tusk à la presse.
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De son côté, l'Allemagne juge « prématurées » les discussions sur l'envoi d'éventuelles troupes en Ukraine. « Nous nous sommes exprimés à plusieurs reprises sur le fait que nous devions d'abord attendre de voir si et comment la paix, comme nous l'espérons, s'instaure en Ukraine », a déclaré ce midi Christiane Hoffmann, une porte-parole du gouvernement allemand. « Ensuite, nous pourrons discuter des conditions et de la manière dont cela peut être organisé », a-t-elle ajouté. En fin de journée, le chancelier allemand Olaf Scholz a exhorté l'Europe et les États-Unis à continuer d' « agir ensemble » pour la sécurité du continent, face aux craintes suscitées par les initiatives de Donald Trump sur le conflit en Ukraine.
Un point de vue partagé par l'Espagne. « Il est trop tôt pour le moment pour parler de déploiement de troupes en Ukraine. Il n'y a pas de paix actuellement » et l'objectif de la diplomatie « doit être d'y parvenir dès que possible », a fait savoir lors d'une conférence de presse le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares. « Quand nous aurons la paix, alors il faudra voir quelles conditions elle exige. Quand on parle de déploiement de forces armées, il faut voir quelle est leur mission, qui peut la constituer, sous quel drapeau, avec quel mandat », a-t-il ajouté à l'issue d'une rencontre avec son homologue brésilien Mauro Vieira.
Les Européens se réunissent à Paris
Ce débat intervient alors qu'une dizaine de dirigeants européens se réunissent ce lundi à Paris, à l'Élysée. Parmi les présents à cette réunion présentée comme informelle : les chefs de gouvernement de la France, l'Allemagne, du Royaume-Uni, de l'Italie, de la Pologne, de l'Espagne, des Pays-Bas et du Danemark. Mais aussi le président du Conseil européen, António Costa, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte.
Cette réunion a été organisée à la hâte par Emmanuel Macron, selon la présidence française. Juste avant qu'elle ne démarre, le président français a parlé avec son homologue américain Donald Trump au téléphone, a fait savoir l'Élysée, sans plus de détails pour l'heure.
Les responsables doivent justement discuter du projet du dirigeant américain d'entamer des discussions avec le président russe Vladimir Poutine sur la fin du conflit en Ukraine. « L'objectif est de déterminer ce que les Européens peuvent faire pour eux-mêmes, compte tenu de l'accélération que nous vivons en Ukraine en conséquence des initiatives du président Trump », a déclaré dimanche un conseiller du président Emmanuel Macron, soulignant que les Européens devaient faire « plus et mieux » pour leur sécurité collective.
Pour la présidente de la commission européenne, « la sécurité de l'Europe est à un tournant. Oui, il s'agit de l'Ukraine, mais c'est aussi nous qui sommes concernés », a-t-elle écrit sur X. « Nous avons besoin d'un état d'esprit d'urgence. Nous avons besoin d'un sursaut dans notre défense et nous avons besoin des deux maintenant », a-t-elle ajouté.
L'Europe veut augmenter son aide militaire
La question ukrainienne va rester au cœur des discussions le reste de la semaine. Mardi, les ambassadeurs des Vingt-Sept seront réunis cette fois à Bruxelles pour évoquer l'aide militaire apportée à l'Ukraine. « L'UE va fournir une aide militaire additionnelle à l'Ukraine aussitôt que possible en 2025 », peut-on lire dans un document de travail qui sera examiné et dont l'AFP a obtenu une copie.
Dans le détail, les Européens veulent s'engager en 2025 sur une quantité « minimum » de 1,5 million d'obus d'artillerie, des missiles de haute précision, des drones et des systèmes de défense antiaérienne, selon ce document. Ils veulent également renforcer les missions d'entraînement des militaires ukrainiens, dont 75 000 ont déjà bénéficié de ces programmes de formation.
Le document laisse toutefois en blanc la mention du coût que cette aide supplémentaire représenterait. Seule indication : chacun des États membres se verra assigner un objectif financier, non précisé. Les montants seront discutés à l'occasion de cette réunion des ambassadeurs, ont fait savoir des diplomates. Les Européens ont déjà fourni quelque 134 milliards d'euros d'aide à l'Ukraine, dont un peu moins de 50 milliards d'euros au titre du soutien militaire.
Les tractations se préparent
Dans le même temps, les Européens craignent que les États-Unis réduisent leur aide envers l'Ukraine. Et, plus globalement, ils s'inquiètent d'être exclus des négociations devant aboutir à un processus de paix entre Kiev et Moscou. Car depuis son retour à la Maison-Blanche fin janvier, le dirigeant américain la joue en solo sur le sujet de l'Ukraine. Il a notamment échangé par téléphone la semaine dernière avec Vladimir Poutine, prévenant les Européens une fois le coup de fil terminé.
Dimanche, Donald Trump a par ailleurs affirmé qu'il pourrait « très bientôt » avoir une entrevue en Arabie saoudite avec son homologue russe, reconnaissant toutefois qu'« aucune date n'a été arrêtée ». Des pourparlers sont programmés, en Arabie saoudite également, entre une délégation menée par l'un de ses secrétaires d'État, Marco Rubio, et des négociateurs russes. Ceux-ci visent au « rétablissement » des relations entre Moscou et Washington et concerneront aussi de « possibles négociations sur l'Ukraine », selon le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. Elle devrait aussi servir à préparer le possible prochain sommet entre les deux dirigeants.
Reste que la présence de représentants ukrainiens n'y est pas prévue, Volodymyr Zelensky n'étant attendu dans le pays que mercredi. Pas d'Européens à l'horizon non plus. Mais aucune raison de s'inquiéter selon Marco Rubio. « Pour l'instant il n'y a pas de processus [de paix], a-t-il prévenu. Le processus vers la paix n'est pas l'affaire d'une seule réunion » et « un coup de téléphone ne mène pas à la paix. » Lorsque de « vraies négociations » commenceront, l'Ukraine « devra être impliquée », a-t-il affirmé.
De quoi rassurer les Européens ? Pas certain. Car, quand le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté dimanche les Américains à « ne pas faire confiance à Poutine », Marco Rubio a répondu : « Je ne pense pas qu'en géopolitique, il faille faire confiance à qui que ce soit. »