Paul Atkins, futur architecte de la dérégulation des crypto-actifs à Wall Street
Jeanne Dussueil

Paul Atkins, un profil pro cryptos à la tête de la Securities and Exchange Commission (SEC) dès janvier 2025.
Reuters
Jeanne Dussueil

Paul Atkins, un profil pro cryptos à la tête de la Securities and Exchange Commission (SEC) dès janvier 2025.
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« Il comprend l'importance des crypto-actifs pour propulser notre économie à des niveaux jamais atteints ». C'est en ces termes flatteurs que Donald Trump, président élu des États-Unis, a justifié mercredi 4 décembre sur les réseaux sociaux son choix de nommer Paul Atkins à la tête de la Securities and Exchange Commission (SEC), à la place de Gary Gensler. Avec un tel profil pro crypto aux manettes du gendarme financier de Wall Street, le bitcoin est en pleine euphorie, franchissant les 101.000 dollars le jeton au lendemain de sa nomination.
Le choix de Paul Atkins vient confirmer l'institutionnalisation des crypto-actifs, une tendance de fond à l'œuvre depuis un an aux États-Unis. C'est également une victoire pour un courant de pensée qui plaide pour une régulation financière des jetons numériques adaptée à leur spécificité, plutôt que calquée sur celle des actifs traditionnels. Une vision que des profils comme celui de Paul Atkins devront concrétiser. Il est « spécialiste des questions de régulation des services financiers nationaux, des nouveaux produits financiers, de la stratégie d'entreprise et de la gouvernance d'entreprise », précise le site de Patomak Global Partners, le cabinet de conseil en gestion des risques où il occupe le poste de directeur général. Il est aussi co-président de la Token Alliance qui cherche à « développer les bonnes pratiques pour les émissions d'actifs numériques et les plateformes d'échange ».
Avec l'ouverture des États-Unis aux ETF Bitcoin en janvier et Ether en juillet, des produits dérivés liés au cours des cryptomonnaies, Paul Atkins se trouve à la croisée des chemins pour favoriser toute la filière : agences de notation, plateformes d'échange, activités de minage, stablecoins déjà largement adossés au dollar... sans oublier le développement des services liés à la finance décentralisée (DeFi). Parmi ses fonctions passées, il a d'ailleurs été « président non exécutif du conseil d'administration de BATS Global Markets, Inc, un opérateur de premier plan de marchés électroniques de valeurs mobilières américains et européens négociant des titres de capital au comptant cotés et des options sur actions (depuis lors acquis par CBOE).»
Son expertise en tant qu'architecte de réformes a déjà fait ses preuves. Il a notamment joué un rôle de consultant lors de l'élaboration de la loi Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act, adoptée en 2010 pour réformer le secteur financier américain en réponse à la crise de 2008.
Il n'arrive pas non plus en terrain inconnu. En 2002, Paul Atkins a été choisi par le président George W. Bush pour devenir l'un des cinq commissaires de la SEC, fonction qu'il a occupée jusqu'en 2008.
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À la SEC, Atkins a déclaré que sa « philosophie primordiale » était basée sur le « système du marché libre » et qu'il s'opposait à ce qu'il considérait comme des augmentations improductives de la surveillance des fonds spéculatifs, des contrôles d'audit interne et des règles de négociation des actions connues sous le nom de « Reg NMS », rappelle Reuters. Ce qui ne manque pas d'alerter les adversaires de la dérégulation tous azimuts.
« Nous espérons évidemment qu'il comprendra que, s'il est confirmé, on attendra de lui qu'il travaille au nom des Américains moyens, et non de ses clients consultants, qu'il s'agisse de crypto-monnaie ou autre », anticipait déjà une ONG progressiste. En outre, il est aussi opposé au « capitalisme woke », que la SEC a porté au travers de réglementations pro climat ou pour l'environnement (ESG).
Dans la galaxie des conservateurs qui gravitent autour de Donald Trump, Paul Atkins fait clairement partie de la frange libérale, et même proche des milieux libertariens. Basé à Washington, Paul Atkins fréquente entre 2009 et 2015 le American Enterprise Institute (AEI), un think tank qui milite pour l'entreprise privée et la réduction du périmètre de l'État au strict minimum.
Diplômé de droit, Paul Atkins a débuté sa carrière en tant qu'avocat à New York chez Davis Polk & Wardwell et a résidé pendant deux ans et demi au bureau de Paris de ce cabinet. Francophone, il a été admis comme conseil juridique en France en 1988, indique-t-il également dans son parcours. En tant que vice-président de l'American Council on Germany, Paul Atkins est aussi germanophone.
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De son côté, Gary Gensler, qui quittera ses fonctions le 20 janvier, a signé plus de 40 règles visant à renforcer la transparence, à réduire les risques et à éliminer les conflits d'intérêts à Wall Street, et a poursuivi en justice plusieurs sociétés de cryptomonnaies qui, selon lui, ne respectaient pas les règles de la SEC.
Jeanne Dussueil