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ÉconomieInternational

Pétrole : le prix du baril, enjeu vital pour l'Arabie saoudite

Photo de Robert Jules

Robert Jules

Publié le 21 juin 2018 à 04:10 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:49

Pétrole, Statista, prix du baril, selon pays OPEP

Pétrole, Statista, prix du baril, OPEP

Statista*

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Photo d'illustration de l'article
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Pour mener à bien son plan de changement de modèle économique défini par Vision 2030, l'Arabie saoudite a un impératif besoin d'avoir une visibilité sur le prix du baril sur un marché pétrolier qui a changé de paradigme.

Pour établir son budget annuel, dont les revenus dépendent à plus de 90% des ventes de pétrole, l'Arabie saoudite se base sur un prix théorique du baril. Pour l'exercice 2018, « il est de 80 dollars le baril », indique un député saoudien, membre de la Commission de l'économie et de l'énergie. Au regard des prix actuels, un déficit public est à prévoir, comme les années précédentes. Une situation que le royaume ne peut répéter chaque année sans fragiliser le pays.

Mais prévoir l'évolution des cours est un exercice difficile. Le prix moyen du panier de l'Opep (moyenne des prix des bruts vendus par les pays membres) s'affichait à 109,45 dollars en 2012. En 2015, il avait chuté à 49,49 dollars. En 2017, il est remonté à 51,85 dollars, grâce à l'accord de limitation de la production de l'Opep et d'autres pays comme la Russie, effectif depuis 18 mois.

--

[Pour l'exercice 2018, le prix du baril est de 80 dollars selon un député saoudien, membre de la Commission de l'économie et de l'énergie. Cliquez sur la photo pour l'agrandir. Source : Opep]

De la rareté à l'abondance

Ce critère du prix est devenu une véritable obsession pour les pays producteurs, en raison du changement de paradigme sur le marché pétrolier. On est passé d'un âge de la rareté, où le prix dépendait du coût de production marginal, à celui de l'abondance. La question n'est plus quand le "peak oil" adviendra mais plutôt quand atteindrons nous le "pic de la demande" ?

Ce changement de paradigme a été favorisé par plusieurs facteurs, articulés autour de la lutte contre le réchauffement climatique qui pousse à décarboner l'économie : efficience énergétique, politique publique en faveur des énergies renouvelables, développement de la voiture électrique... Dans le même temps, l'offre pétrolière a augmenté avec la révolution du "fracking" aux États-Unis, où la production devrait atteindre 10,7 millions de barils par jour (mbj) en 2018 et 12 mbj à la fin de 2019, selon le département de l'Énergie américain (DoE).

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Pour autant, avertissent dans une étude deux économistes, Spencer Dale (BP) et Bassam Fattouh (The Oxford Institute for Energy Studies), il est très difficile de prévoir avec assurance quand aura lieu le « pic de la demande », qui ne sera pas synonyme à leurs yeux de baisse rapide des besoins en hydrocarbures.

Les beaux jours de la rente sont finis

En revanche, ce nouveau paradigme signifie pour les pays exportateurs de pétrole que les beaux jours de la rente sont bien finis. La réforme de l'économie par la diversification doit être désormais une priorité de leurs agendas. Si l'Arabie saoudite l'a compris, d'autres non, à l'exemple du Venezuela, qui n'investit plus dans son industrie pétrolière depuis des années à tel point que la production y est passée de 2,4 mbj à 1,4 mbj. C'est tout le contraire pour Saudi Aramco, qui n'a eu de cesse d'investir pour améliorer l'efficacité de son outil industriel, par exemple en utilisant les nanotechnologies. Cette nouvelle vision du marché modifie par ailleurs l'approche économique des réserves pétrolières prouvées. À quoi bon conserver dans le sol un actif qui représentait auparavant l'assurance d'un bénéfice futur, notamment pour les prochaines générations ? N'est-il pas plus profitable d'extraire et de vendre aujourd'hui, quitte à le faire à un prix bas, pour financer au plus tôt des investissements dans des activités qui vont générer des revenus ?

Nouvelles recettes

En réalité, ce n'est pas si simple. Et c'est tout l'enjeu actuel pour l'Arabie saoudite.

En effet, «les producteurs à bas coûts ne sont pas les mieux placés pour augmenter leur part de marché puisqu'il faut ajouter les coûts sociaux. En revanche, des pays producteurs avec des coûts de production plus élevés mais avec des coûts sociaux moindres, comme le Royaume-Uni et le Canada, sont dans une situation plus facile pour augmenter leurs parts de marché», expliquent Spencer Dale et Bassam Fattouh.

Le coût social est la différence entre le prix du baril qui permet d'équilibrer le budget et le prix réel du baril. Or ce dernier a bien progressé depuis l'année dernière : il a quasiment doublé pour s'établir ces derniers jours autour des 73 dollars pour le panier de l'Opep.

L'Arabie saoudite entend faire baisser la part de ce coût social pour pouvoir accepter des cours du baril plus faibles, c'est ce qui lui permettra de réduire sa dépendance. C'est un processus qui va prendre plusieurs années. Le royaume a commencé à le faire en créant de nouvelles recettes, notamment avec l'instauration d'une TVA, et en supprimant les subventions à l'essence ou au logement.

Parallèlement, le processus de "décarbonation" de l'économie mondiale va prendre un certain temps. Dans ses scénarios, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit que dans les vingt prochaines années la demande mondiale sera encore d'au moins 80 mbj. Certes, c'est moins que les 99,5 mbj qu'elle anticipe cette année, soit 1,5 mbj supplémentaires par rapport à 2017, mais cela laisse pour plusieurs décennies des perspectives de revenus récurrentes pour l'Arabe saoudite.

D'autant que cette demande va bénéficier d'une hausse du secteur de la pétrochimie, qui transforme le pétrole en matières plastiques, en fibres textiles, en cosmétiques, ou encore en médicaments. L'Agence prévoit que cette activité industrielle va absorber à l'avenir un quart de la production de pétrole.

[Cliquer sur l'infographie pour l'agrandir. Crédit Statista*]

Baisses de production

Et puis il faut compter avec les aléas géopolitiques ou naturels. Ainsi, la Libye produit autour de 400.000 b/j, un niveau sans commune mesure avec les 1,6 mbj d'avant la chute de Kadhafi. Quand au Venezuela, il faudra des années avant qu'il puisse revenir à ses niveaux d'antan. Et la probable future baisse des exportations de l'Iran, si les États-Unis imposent les sanctions annoncées après leur retrait de l'accord sur le nucléaire, est de nature à soutenir les cours.

Quant à la production du pétrole de schiste aux États-Unis, Spencer Dale et Bassam Fattouh en relativisent l'impact.

«Il est possible que cette production augmente dans les vingt prochaines années. Mais elle restera largement insuffisante pour alimenter la demande durant les vingt prochaines années», assurent-ils.

Selon ces experts, l'évolution des cours pour les vingt à trente prochaines années reflétera le prix du coût de production majoré du prix social des pays exportateurs. Aussi, l'Arabie saoudite, en tant que premier producteur potentiel et exportateur mondial, avec 9,9 mbj, et une capacité disponible lui permettant de mettre rapidement 2,12 mbj supplémentaires pour pallier toute perturbation de l'offre mondiale, a toutes les cartes en main pour affirmer son rôle de leader du marché pétrolier, et ce, bien après 2030.

___

À lire également

  • Arabie saoudite : en marche vers l’après-pétrole
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(*) Un graphique de notre partenaire Statista.

Robert Jules

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