Pourquoi la solidité du dollar est un atout pour l'économie américaine face à la Chine et l'Europe

Avec un dollar au plus haut depuis 20 ans par rapport aux principales devises internationales, l'économie américaine pourrait bénéficier de cette vigueur du billet vert face à la Chine, plombée par sa gestion du Covid-19, et l'Europe menacée de stagflation, conséquence de la guerre menée par la Russie en Ukraine.
Robert Jules

6 mn

(Crédits : Reuters)

Entre chute des marchés financiers (actions, obligations, et cryptos), hausse de l'inflation et hausse des taux, et perspectives de récession mondiale sur fond de tensions géopolitiques avec la guerre russe en Ukraine, il reste toutefois un gagnant: le dollar.

L'indice dollar qui mesure l'évolution du billet vert par rapport à un panier de six devises: euro (qui représente 57,6%), yen (13,6%), sterling (11,9%), dollar canadien, krona (couronne suédoise) et franc suisse est au plus haut depuis 20 ans (voir graphique).

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Dollar/Yuan

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"Le dollar américain joue parfaitement son rôle de valeur refuge ultime sur le marché des changes face à l'accumulation des risques économiques, financiers et géopolitiques. C'est ce qu'on appelle couramment une fuite vers la qualité", commentent les experts de Mondial Change, une plateforme spécialisée sur les marchés des changes.

Face à lui, l'euro et la livre sterling ont perdu sur un an 14% de leur valeur. Dans le même temps, le dollar s'est apprécié de plus de 18% face au yen, de 5,7% face au yuan et de presque 13% face au won coréen. Même l'or, pourtant la valeur refuge par excellence face à l'inflation, recule de 3,5% sur un an!

Le dollar perd plus de 13% face au rouble

Il n'y a que face au rouble qu'il a perdu sur un an plus de 13,55%, s'échangeant autour de 65,85 roubles ce lundi après avoir atteint début mars un record à 150 roubles. Evidemment, la situation de la devise russe est particulière du fait des mesures prises par la banque centrale russe, en particulier l'imposition d'un strict contrôle des capitaux et des changes.

"Le dollar semble prêt à rester en tête du peloton des devises du G10 alors que d'autres pays, notamment en Europe, sont aux prises avec des risques de stagflation et que la Fed poursuit ses hausses de taux", souligne Steven Barrow, économiste à la Standard Bank.

C'est la raison pour laquelle, dans un environnement où les investisseurs à travers le monde cherchent à sécuriser leur rendement dans un contexte de fortes incertitudes sur les perspectives, la dette américaine reste attractive. Si l'on compare les obligations à 10 ans, le bond du Trésor américain affiche un rendement à 2,9%, tandis que le Gilt britannique est à 1,79%, le Bund allemand à 1% et l'OAT française à 1,52%, et l'obligation japonaise à moins de 0,25%.

Cette solidité du dollar permet également aux Etats-Unis de rendre moins coûteuses leurs importations, ce qui permet de limiter une inflation qui reste toujours sur des sommets de 40 ans, en s'affichant en avril à 8,3% sur un an. Elle permet également de redonner des marges de manœuvre à la Réserve fédérale qui a commencé à resserrer sa politique monétaire depuis mars, et entend poursuivre sa  hausse des taux dans les prochains mois pour calmer l'envolée générale des prix. Pour les entreprises américaines, l'enjeu dépend de leur statut. Celles qui importent des biens intermédiaires peuvent ainsi maintenir les prix de leurs produits voire les baisser, en revanche, celles qui exportent deviennent moins compétitives sur le marché international.

Or, la conjoncture internationale n'est pas bonne, avec un risque de récession croissant. En Europe, les perspectives économiques s'annoncent plus difficiles. Le FMI vient de réviser à la baisse, de 3,9% à 2,8%, la croissance de la zone euro en 2022. La Commission européenne prévoit, elle, 2,7% une inflation qui devrait rester élevée en fin d'année à  6,8%. Un scénario noir pour l'économie européenne qui est aussi une conséquence de la guerre en Ukraine et des effets des sanctions occidentales sur la Russie.

Le dollar s'apprécie de 7% face au yuan en moins d'un mois

De même, l'impact des stricts confinements en Chine, notamment à Shanghaï, suivant la stratégie du zéro-Covid, commence à peser sur son économie. Plusieurs indicateurs l'attestent pour le mois d'avril. Le chômage s'est envolé à 6,1% sur un an, un taux qui se rapproche du record des 6,2% atteints en 2020 en pleine pandémie. Les exportations ont progressé de 3,9%, soit la plus faible augmentation mensuelle depuis juin 2000. Une surprise par rapport au mois de mars au cours duquel elles avaient progressé de 14,7%. Le commerce de détail s'est à nouveau contracté en avril, de 11,1% sur un an, après 3,5% en mars. La production industrielle du pays a reculé, elle, de 2,9%. Si l'on excepte la période de la pandémie début 2020, jamais la production industrielle s'était contractée en plus de 30 ans. Enfin, du côté des marchés financiers, l'indice de la Bourse de Shanghai accuse un recul de près de 13% sur un an.

Quant à la croissance du PIB, l'objectif de 5,5% que se sont fixées les autorités de Pékin pour cette année va devenir difficile à atteindre. Le Fonds monétaire international (FMI) table désormais sur 4,4% pour la république populaire. Situation inédite depuis des décennies, l'écart entre la croissance de la Chine et celle des Etats-Unis (3,7% selon le FMI) se réduit.

Cette compétition entre les deux géants économiques se retrouve entre leurs devises. En moins d'un mois, le dollar s'est apprécié de près de 7% face au yuan (voir graphique).

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Dollar/Yuan

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Mais contrairement au dollar, le yuan, la seule monnaie émanant d'un leader économique mondial (même le cours du rouble jusqu'à l'application des sanctions occidentales dépendait du marché des changes) qui exerce un contrôle de capitaux, voit sa valeur fixée par la banque centrale de la Chine (PBOC). Autrement dit, tout détenteur de la devise chinoise est menacé par une dévaluation brutale et l'incapacité d'utiliser librement la monnaie pour les paiements si Pékin le décide. Par ailleurs, la Chine est le deuxième détenteur étranger après le Japon de dette américaine, avec un montant de 1.054 milliards de dollars en février, selon le Trésor américain.

La Chine, un part marginale dans les paiements internationaux

Dans le sillage des sanctions imposées à la Russie, la volonté de certains pays d'utiliser le yuan pour régler des contrats internationaux a progressé. Selon les dernières données de la désormais célèbre société Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications), la part des paiements en devise chinoise avait atteint en janvier un nouveau record avec 3,2% des paiements mondiaux. Toutefois, même si ces transactions ont progressé, elles restent très loin de celles en dollars (quelque 40%), en euros (36,5%) ou même en livres sterling (6,3%).

Loin d'être pénalisé par la "dédollarisation" de l'économie mondiale, le roi dollar pourrait même sortir renforcé en 2022.

Robert Jules

6 mn

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Commentaires 6
à écrit le 17/05/2022 à 15:28
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Au contraire cela va favoriser la Chine communiste et ses exportations, et c'est excellent!

à écrit le 17/05/2022 à 14:09
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Soyons rassurés!;-) C'est la Chine qui a le plus gros stock de dollars en compte, elle tient les USA par la barbichette! Allez croire tout ce que l'Oncle Sam nous raconte!!.-)

le 17/05/2022 à 20:26
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@Bah Encore un qui a tout compris. Les 2 pays se tiennent mutuellement. Si la Chine vide d'un coup son stock de dollar, elle va perdre son premier client car renchérissement des produits chinois sur le marché américain.

à écrit le 17/05/2022 à 8:36
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Le dollar US et ses petits cousins, les dollars canadien, australien et néo-zélandais dans son sillage monte par rapport à notre euro plombé par la guerre Russo-Ukrainienne mais aussi parce que l' EU et la zone euro n'est en fin de compte qu'une unio...

à écrit le 17/05/2022 à 8:32
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Les banques possèdent le monde et le système financier le plus puissant du monde est un peu à l'image de son armée d'ailleurs, celui des États Unis, sans parler du plus puissant système d'espionnage du monde. Les victoires ukrainiennes ne sont dues q...

à écrit le 17/05/2022 à 8:20
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The YES system ( Y=yen, E=euro, $=dollar) un système très dynamique et positi, d'une solidité inégalable.

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