Protectionnisme: une "balle dans le pied" de l'économie américaine tirée par Trump
Gabrielle Thin

Trump menace de prendre des mesures contre l'omc
Leah Millis
Gabrielle Thin

Trump menace de prendre des mesures contre l'omc
Leah Millis
Presque un an et demi après l'entrée en fonction du président américain Donald Trump, l'élan protectionniste qu'il a impulsé dans le monde entier est devenu le risque géopolitique majeur, générateur d'incertitudes sur les marchés et dans les milieux d'affaires. Alors que les nuages politiques s'accumulent sur tous les continents - avec l'émergence de leaders forts, une fragmentation inédite des parlements et des rendez-vous électoraux importants à venir -, le protectionnisme apparaît comme une « balle dans le pied » tirée par Trump lui-même, selon Philippe Uzan, directeur des gestions chez Edmond de Rothschild Asset Management France.
Les mesures entrées en vigueur sont récentes, à commencer par les taxes à l'import sur l'acier et l'aluminium fin mars. Une deuxième salve de taxes s'applique ce mois-ci. Pour l'instant, il est difficile de chiffrer leur impact macroéconomique : on perçoit surtout les inquiétudes des entreprises déplorant un manque de visibilité, ce qui s'est traduit par un premier semestre en « tôle ondulée » sur les marchés, selon Philippe Uzan.
Pourtant cheval de bataille de la campagne de Donald Trump, la balance commerciale s'est elle aussi détériorée, avec un déséquilibre des échanges qui s'est creusé, de 11,7% au mois de mai avec la Chine notamment, au détriment de Washington. Ces « balles perdues » sont les effets indésirables d'une politique imprévisible qui divise au sein des Américains.
Donald Trump avait commencé par surprendre positivement les milieux d'affaires avec une réforme fiscale de grande ampleur votée fin 2017. Elle s'était traduite par une ré-accélération de la croissance aux Etats-Unis, via des baisses d'impôts importantes pour les ménages et surtout les entreprises, qui ont vu le taux de l'impôt sur les sociétés passer de 35% à 21% dès 2018 en plus d'autres avantages. Cet « énorme CICE » tel que le décrit Philippe Uzan avait permis une vraie reprise de l'emploi, et même la réindustrialisation de certains états (également liée à la baisse des prix de l'énergie). L'investissement était bien reparti à la hausse.
Cependant, la mise en place des mesures protectionnistes semble avoir enrayé cette embellie, d'autant que ces taxes concernent aussi bien la Chine que les alliés traditionnels des Etats-Unis (Europe, Canada). Ces barrières douanières freinent de nombreux projets d'investissement, et dans plusieurs pays la riposte n'a pas tardé. Les entreprises américaines, loin d'être protégées par ces mesures, sont aujourd'hui victimes à la fois des répliques des droits de douane des pays avec lesquels elles avaient l'habitude de travailler, mais aussi de leur propre pays en raison des taxes imposées sur les matières premières, comme l'acier et l'aluminium, situées très en amont dans la chaîne de valeur. En tout, on estime à 500 dollars de plus la production d'une voiture aux Etats-Unis.
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Les consommateurs subissent aussi la hausse des prix des produits importés. Le protectionnisme déchire les élus des deux bords et brouille les sensibilités politiques à l'approche des élections de mi-mandat en novembre prochain.
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Aujourd'hui, c'est donc la politique qui semble avoir pris le pas sur l'économie pure pour expliquer la remontée de la volatilité des marchés. La hausse des cours du pétrole après la sortie américaine de l'accord sur le nucléaire iranien, le retour en fanfare des populismes ou encore les fragilités de la construction européenne participent de ce retour des incertitudes.
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