Protectionnisme : une "balle dans le pied" de l'économie américaine tirée par Trump

 |   |  661  mots
« Le déficit commercial américain est une balle perdue » de la politique de Trump, selon Philippe Uzan, d'Edmond de Rothschild AM.
« Le déficit commercial américain est une balle perdue » de la politique de Trump, selon Philippe Uzan, d'Edmond de Rothschild AM. (Crédits : Leah Millis)
Le risque croissant de guerre commerciale depuis le début de l'année apparaît comme la première source d'incertitude des marchés dans le monde. Les mesures protectionnistes de Donald Trump semblent n'avoir que des conséquences négatives, aux Etats-Unis comme à l'international.

Presque un an et demi après l'entrée en fonction du président américain Donald Trump, l'élan protectionniste qu'il a impulsé dans le monde entier est devenu le risque géopolitique majeur, générateur d'incertitudes sur les marchés et dans les milieux d'affaires. Alors que les nuages politiques s'accumulent sur tous les continents - avec l'émergence de leaders forts, une fragmentation inédite des parlements et des rendez-vous électoraux importants à venir -, le protectionnisme apparaît comme une « balle dans le pied » tirée par Trump lui-même, selon Philippe Uzan, directeur des gestions chez Edmond de Rothschild Asset Management France.

Les mesures entrées en vigueur sont récentes, à commencer par les taxes à l'import sur l'acier et l'aluminium fin mars. Une deuxième salve de taxes s'applique ce mois-ci. Pour l'instant, il est difficile de chiffrer leur impact macroéconomique : on perçoit surtout les inquiétudes des entreprises déplorant un manque de visibilité, ce qui s'est traduit par un premier semestre en « tôle ondulée » sur les marchés, selon Philippe Uzan.

« Trump se tire une balle dans le pied avec le protectionnisme et le déficit commercial américain est une balle perdue de sa politique qui l'accentue » analyse Philippe Uzan.

Pourtant cheval de bataille de la campagne de Donald Trump, la balance commerciale s'est elle aussi détériorée, avec un déséquilibre des échanges qui s'est creusé, de 11,7% au mois de mai avec la Chine notamment, au détriment de Washington. Ces « balles perdues » sont les effets indésirables d'une politique imprévisible qui divise au sein des Américains.

Un protectionnisme « incompréhensible »

Donald Trump avait commencé par surprendre positivement les milieux d'affaires avec une réforme fiscale de grande ampleur votée fin 2017. Elle s'était traduite par une ré-accélération de la croissance aux Etats-Unis, via des baisses d'impôts importantes pour les ménages et surtout les entreprises, qui ont vu le taux de l'impôt sur les sociétés passer de 35% à 21% dès 2018 en plus d'autres avantages. Cet « énorme CICE » tel que le décrit Philippe Uzan avait permis une vraie reprise de l'emploi, et même la réindustrialisation de certains états (également liée à la baisse des prix de l'énergie). L'investissement était bien reparti à la hausse.

Cependant, la mise en place des mesures protectionnistes semble avoir enrayé cette embellie, d'autant que ces taxes concernent aussi bien la Chine que les alliés traditionnels des Etats-Unis (Europe, Canada). Ces barrières douanières freinent de nombreux projets d'investissement, et dans plusieurs pays la riposte n'a pas tardé. Les entreprises américaines, loin d'être protégées par ces mesures, sont aujourd'hui victimes à la fois des répliques des droits de douane des pays avec lesquels elles avaient l'habitude de travailler, mais aussi de leur propre pays en raison des taxes imposées sur les matières premières, comme l'acier et l'aluminium, situées très en amont dans la chaîne de valeur. En tout, on estime à 500 dollars de plus la production d'une voiture aux Etats-Unis.

« Le protectionnisme est incompréhensible car les entreprises n'ont pas besoin de cela » s'interroge le directeur des gestions d'Edmond de Rothschild. « La réforme fiscale leur a déjà permis de faire repartir la croissance.»

Les consommateurs subissent aussi la hausse des prix des produits importés. Le protectionnisme déchire les élus des deux bords et brouille les sensibilités politiques à l'approche des élections de mi-mandat en novembre prochain.

Aujourd'hui, c'est donc la politique qui semble avoir pris le pas sur l'économie pure pour expliquer la remontée de la volatilité des marchés. La hausse des cours du pétrole après la sortie américaine de l'accord sur le nucléaire iranien, le retour en fanfare des populismes ou encore les fragilités de la construction européenne participent de ce retour des incertitudes.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/07/2018 à 14:02 :
Effet dollar et autres crises.
Cela conforte le besoin d’avoir une monnaie en équivalence de puissance et à renforcer l’Euro, pour que l’Europe puisse mener sa propre politique économique. Rien n’empêche la Chine et autres de faire pareil. Si on fait abstraction des tentations populistes ou opportunistes, après tout, en tant que grande puissance les USA peuvent mener la politique qu’ils veulent. C’est donc aux autres pays de s’adapter, ou de se soumettre. Mais à quoi et à quelle politique ?

Qui est capable de voir clair dans la politique actuelle des USA ? J’en ai cherché les concepts sur internet et en ai extrait quelques théories (merci wiki).
- Par un protectionnisme poussé à l’extrême, faisant abstraction de toute dialectique et de tout relativisme, cela amène à une pratique quasi marxiste de l’économie. It’s a joke, ce serait tout de même le comble.
- Serais-ce du néo-conservatisme de base ? mouvement qui, paradoxe de l’histoire, aurait été initié par un ex trotskyste et anti-capitaliste notoire. Probablement que non, puisque cela semble aller à l’encontre des théories de la PNAC.
- Serais-ce un hobby de l’ultra-réalisme ou de la realpolitik, qui amène aux théories de Thomas Hobbes. Mais dans ce cas pourquoi ferait il abstraction de rationalisme et s’opposerait il au contractualisme ?
- On trouve quelques explications dans un résumé traitant du livre « La Puissance et la Faiblesse », mais rien de rationnel. Puisque le livre relaterait une soit disant faiblesse militaire Européenne qui aurait conduit à la seconde guerre. On pourrait croire que ce fut le contraire et que ce sont surtout des querelles intra européennes et la montée des populismes et racismes qui menèrent à ce conflit majeur. C’est même pour éviter à nouveau ce genre de fléau que fut constituée l’Union Européenne.
- De lien en lien, on tombe sur « La Fin de l'histoire et le Dernier Homme » qui fait le constat de la "suprématie absolue et définitive de l'idéal de la démocratie libérale" (et de de l’intérêt de l’économie de marché régulée). Et si après cette victoire commune cela conduisait maintenant les USA à s’inventer de nouveaux ennemis ? Si c’est nous européens, quelle serait la logique puisque on partage depuis des siècles des valeurs culturelles communes ? Sauf si...
Sauf s’il y a la volonté de « tuer », dans le sens psychanalyse et Œdipien, à la fois le père et la mère.
Cela devient très compliqué et finalement le fait d’imaginer avoir à faire à une simple crise d’adolescence m’a rassuré. Dans ce cas cela devrait inciter les parents à se comporter en adultes.
a écrit le 05/07/2018 à 8:24 :
Il est incroyable qu'un pseudo expert sache mieux que l'administration américaine ce qui est bon pour les USA .C'est prendre les americains pour des idiots et Trump n'est absolument pas tout seul à prendre ces decisions !Pointer le deficit américain trés ponctuel sans voir qu'elle est et sera la tendance est une erreur d'analyse .
a écrit le 05/07/2018 à 7:55 :
Quand les US se tirent une balle dans le pied, le reste du monde devrait se méfier.
a écrit le 04/07/2018 à 22:13 :
Si Trump se tire une balle dans le pied, de quoi avons-nous donc tant peur ?
a écrit le 04/07/2018 à 21:17 :
Trump joue son son jeu certain que les autres se coucheront . Son bazooka c'est le dollar
Même le chinois qui détient une lessiveuse de bons du trésor US est coincé .
a écrit le 04/07/2018 à 18:31 :
DE GAULE AVAIT raison ,,,,,revenons à l'etalon or qu'ils ne soient plus les maitres du monde avec leur dollar
a écrit le 04/07/2018 à 13:01 :
SI on laisse faire , il n'y aura qu'un seul gagnant la chine. Et ce depuis 15 ans, grâce a ces mesures protectionnistes. Il faut savoir différencier le long terme au court terme. Nos gouvernements européens ne voit que le court terme, do'u une invasion de produits chinois et un rachat des entreprises européennes par ces derniers.
a écrit le 04/07/2018 à 12:17 :
la question existentielle
comment choisir un Président ?

un homme d’affaire va diriger le pays comme une multinationale.( un holding)

le monde manque d’hommes d’états.


Réponse de le 05/07/2018 à 8:31 :
Les dirigeants de tous les grands pays sont entourés d'une flopée d'experts et specialistes de tout poil ;Si vous croyez qu'en France le president est seul vous vous trompez lourdement .Il est seul au final pour prendre la decision ,mais avant de la prendre une armée de conseiller vont lui macher le travail de sorte que au final ,le president prendra la decision majoritaire chez ses conseillers.Mais lorsque leurs opinions sont divisées le president se trouve dans la mouise pour prendre sa decision ......
a écrit le 04/07/2018 à 12:12 :
si ça fait baisser l'€uro tant mieux, c très bien pour nos exportation et notre inflation !
a écrit le 04/07/2018 à 11:10 :
L'effet ressentie est simplement le retour a la réalité après avoir passé son adolescence dans le monde virtuel baignant sur une richesse fictive!
a écrit le 04/07/2018 à 10:28 :
"Les consommateurs subissent aussi la hausse des prix des produits importé"

Vous oubliez de préciser que cette hausse de prix sera compensée par le fait que ces produits seront désormais produits aux Etats-Unis.
Réponse de le 04/07/2018 à 11:18 :
Je suis d'accord avec votre analyse. Ce protectionnisme arrange autant les USA que l'EU. Cela permet aux USA de moderniser ses outils industriels, et à l'Europe de relocaliser certaines activités. C'est en fait du gagnant-gagnant, mais il ne faut surtout pas le dire car cela serait un argument de plus contre le libre échange et la mondialisation. Le fait que les prix augmenterons n'est pas un problème car finalement cela rapportera plus de TVA.
Réponse de le 04/07/2018 à 11:33 :
Vous croyez que les riches américains vont troqués leur mercedes contre une Cadillac moins chère ?
Mort de rire .par contre les X6 X5 Q7 Q8 et GL made in USA risque d'etre relocalisé en Europe ou (re mort de rire) au Mexique .
Réponse de le 04/07/2018 à 11:43 :
"Vous oubliez de préciser que cette hausse de prix sera compensée par le fait que ces produits seront désormais produits aux États-Unis. "
Ce n'est pas parce que des produits étrangers sont taxés que les américains vont forcément les produire. En fait toute la question est là: les relocalisations vont-elles compenser la hausse des prix?
Réponse de le 04/07/2018 à 12:02 :
Même si le marché US est important, l'activité d'une entreprise dépend de plus de 50% à l'export, c'est souvent le cas des multi nationale, vous les sanctionnez vous sanctionnez indirectement les plus petites qui souvent en dépendent. Ensuite dans l'avantage comparatif, avant de pouvoir se spécialiser sur un domaine il faudra des années à une entreprise US pour y arriver, sachant qu'à la clé il faudra importer des produits bruts qui seront aussi surtaxés. Au final pour les entreprises US qui voudront vendre leur produit fini sur leur marché domestique (en forte inflation et que les salaires ne suivront pas forcément tout de suite), il faudra aussi exporter à l'international ou ces mêmes produits seront surtaxés. Ou est le cercle vertueux de la politique de Trump ?
a écrit le 04/07/2018 à 10:23 :
IL EST CONTRADICTOIRE DE BAISSE LES IMPOTS POUR RELANCE L ECONOMIE POUR LE REBLOQUE AVEC DES BERRIERES DOINIERE? . DECIDEMENT L AMERIQUE DOIT SA GRANDEUR QU A SA PLANCHE A BILLETS ET A SONT ARMEMENT? CAR EN ECONOMIE IL SONT NUL???///LA SOCIETE POLITIQUE CONTEMPORAINE ET UNE MACHINE A DESEPERER LES HOMMES ///ALBERT CAMUS///
a écrit le 04/07/2018 à 9:42 :
« incompréhensible »

Non ce qui est incompréhensible c'est votre incompréhension. La balance commerciale américaine est déséquilibrée du fait de sa volonté d'imposer son modèle économique au monde, maintenant que nos benêts de dirigeants ne savent plus que faire du commerce à l'américaine ils n'ont plus besoin d'investir dans ce domaine et peuvent récupérer leurs billes.

Pourquoi les voitures américains sont taxées à 10% en europe et les voitures européens à 2% aux états unis ? Comment pouvez vous expliquer cette différence largement défavorable aux américains ?

Par ailleurs comme d'habitude sur les sujets sur Trump vous êtes à la limite de la désinformation puisque sa politique économique à tendance à le rendre populaire aux états unis.

"La gestion de l'économie reste le point fort du milliardaire, selon les Américains, qui sont plus nombreux à approuver son action dans le domaine (48%) qu'à la désapprouver (45%), selon le sondage CNN. La grande baisse d'impôts adoptée en décembre au Congrès est également mise à son crédit: 46% des Américains soutiennent la politique fiscale du gouvernement," http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/03/29/97001-20180329FILWWW00238-la-cote-de-popularite-de-donald-trump-remonte.php

Bref merci pour la messe néolibérale ma soeur mais vous savez, avec internet on est dorénavant parfaitement informés pouvant nous dégager des fakes news officielles ou non.
Réponse de le 04/07/2018 à 10:58 :
Sur LeFig vous avez un article le 4 juillet, qui concerne les allégations de Trump, pour voir si c'est vrai ce "déséquilibre" dont il parle...
"Barrières douanières: les accusations de Trump contre l'UE sont-elles fondées ?"
Réponse de le 04/07/2018 à 11:36 :
""Barrières douanières: les accusations de Trump contre l'UE sont-elles fondées ?""

Qui est un tout autre suite que celui développé dans le lien que je propose. Je ne vois pas trop le rapport là...

Pourquoi ce hors sujet svp ? Moi je parle de sa popularité politique.

N'ayez pas peur les gens, du moins les deux, trois qui peuvent me lire, savent très bien que je n'essaye pas de retourner le figaro contre la dictature néolibérale, par contre je prends pour liens ce qui me semble être les meilleurs articles, toute tendance confondues, pour moi seule les vérités importent et non leurs messagers.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :