Le protectionnisme américain inquiète la BCE

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L'intensification des tensions sur les échanges de biens et services risque de mettre en péril la reprise actuelle du commerce mondial et de l'activité, soulignent les spécialistes
L'intensification des tensions sur les échanges de biens et services "risque de mettre en péril la reprise actuelle du commerce mondial et de l'activité", soulignent les spécialistes (Crédits : Reuters/François Lenoir)
Les récentes annonces de Donald Trump relatives à la hausse des droits de douane sur l'acier et l'aluminium préoccupent la Banque centrale européenne. L'institution bancaire a examiné les possibles conséquences des tensions croissantes sur les échanges commerciaux pour l'économie mondiale.

La politique commerciale américaine angoisse les économistes de la Banque centrale européenne (BCE). La multiplication des décisions relatives aux droits de douane sur l'acier et l'aluminium, et celle concernant le retrait des États-Unis de l'accord nucléaire iranien ne devraient pas apaiser les inquiétudes qui règnent sur la scène du commerce mondial. Dans son dernier bulletin économique publié le 10 mai, l'institution bancaire européenne rappelle que "les annonces de ces dernières semaines relatives aux droits de douane représentent un risque pour la dynamique mondiale."

"Les indicateurs relatifs au commerce mondial, bien que contrastés, font état dans l'ensemble d'un certain ralentissement au début de l'année. En outre, les risques géopolitiques ont entraîné une remontée des prix du pétrole."

Lors d'un récent entretien accordé à la télévision allemande, Emmanuel Macron a tenu à rappeler plusieurs principes.

"Nous avons des règles, celles de l'Organisation mondiale du commerce, nous devons les faire respecter et les respecter mutuellement", a insisté le président français. "Je crois que l'Europe doit se faire respecter, nous sommes une grande puissance du commerce international"

Lire aussi : Iran : quelles conséquences auront les nouvelles sanctions américaines ?

Libéralisation du commerce : un rythme moins soutenu

Le rythme de la libéralisation du commerce mondial a ralenti ces dernières années alors que des mesures de restriction ont augmenté en parallèle, selon le bulletin précité. L'économiste Lucia Quaglietti rappelle que le nombre d'accords de libre-échange nouvellement signés a fortement diminué au cours des dix dernières années, "même si les accords récents ont une couverture plus étendue en termes de pays impliqués et de secteurs ciblés". Par ailleurs, l'évolution des taux de droits de douane illustre une légère remontée après la crise de 2008 comme le suggèrent les données de la Banque mondiale.

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Enfin, les mesures discriminatoires dans les pays du G20 augmentent régulièrement depuis 2012. "Parmi celles-ci, les deux principaux instruments utilisés ont été les mesures anti-dumping et les droits de douane sur les importations, qui représentent environ 30% de l'ensemble des mesures appliquées en 2017". Au final, le ralentissement du rythme des réformes des échanges commerciaux pourrait être l'un des facteurs qui a pesé sur la croissance des échanges commerciaux selon la BCE.

Rebond du commerce mondial

Malgré ce constat, le commerce mondial a connu un véritable rebond récemment. Les importations mondiales ont augmenté de plus de 5% en 2017, soit 1,4 point de pourcentage au-dessus de la moyenne 2011-2016. Dans une étude publiée à la fin de l'année 2017, l'Organisation mondiale du commerce expliquait que pendant la période d'octobre 2016 à octobre 2017. les membres de l'OMC ont continué à "prendre plus de mesures de facilitation des échanges que de mesures restrictives pour le commerce", une tendance observée depuis quatre ans. Résultat, les échanges commerciaux ont véritablement accéléré entre 2016 et 2017 dans un contexte de reprise mondiale.

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Lire aussi : Le commerce mondial accélère malgré le protectionnisme (OMC)

Des effets modestes mais des risques

Les conséquences des décisions prises par Donald Trump sur les tarifs douaniers concernant l'acier et l'aluminium devraient être relativement limitées. Les droits de douane annoncés ne concernent qu'une très faible part du commerce américain et des échanges mondiaux (0,5%). "Leur effet sera probablement modeste" indique la BCE. En revanche, l'organisation basée à Francfort se montre beaucoup plus sceptique sur l'avenir.

"Les risques associés à une escalade des tensions commerciales et à une inversion plus large de la mondialisation se sont clairement inscrits en hausse. Cela pourrait affecter les décisions d'investissement au niveau mondial et mettre à rude épreuve la résistance de la dynamique du commerce mondial."

L'intensification des tensions sur les échanges de biens et services "risque de mettre en péril la reprise actuelle du commerce mondial et de l'activité" soulignent les spécialistes. Dans le scénario d'une hausse généralisée des droits de douane à l'échelle mondiale, l'augmentation des prix pourrait accroître les coûts de production des entreprises et baisser le pouvoir d'achat des ménages. Cela pourrait également "affecter la consommation, l'investissement et l'emploi. De plus, une montée des tensions sur les échanges commerciaux alimenterait l'incertitude économique, conduisant les consommateurs à reporter leurs dépenses et les entreprises à différer leurs investissements".

Dans ses récentes prévisions économiques, la Commission européenne a également alerté sur les risques qui pèsent sur l'activité. Pour le commissaire européen aux Affaires économiques et financières Pierre Moscovici, "le risque le plus grand qui pèse sur ces perspectives optimistes est le protectionnisme [...] il ne doit pas devenir la nouvelle normalité ; cela ne ferait que nuire à ceux de nos citoyens qu'il nous faut protéger le plus.

Lire aussi : Prévisions économiques : Bruxelles redoute le protectionnisme américain

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a écrit le 13/05/2018 à 15:55 :
ONU, OMC et la prochaine remise en en question sera celle du FMI ?
Au lieu d’espérer perpétrer le monde des bisounours, c'est une stratégie que l'UE aurait pu et du anticiper depuis longtemps. Il faut émanciper l’UE afin de ne pas dépendre de décisions externes, qu’elles viennent des USA, de la Russie ou de la Chine.
L’avantage des décisions unilatérales c’est qu’elles font prendre connaissance aux petits pays de leur impuissance face à une grande puissance (tu parles d’une nouveauté). Certes l’OMC ou l’ONU ont un rôle régulateur, mais on le voit, sans pouvoir réel en cas de défaisance morale. L’OMC n’est pas non plus exemplaire vis-à-vis des plus faibles, mais une régulation imparfaite vaut toujours mieux que rien.
Les USA ont une grande puissance militaire avec un « gros bouton rouge », ils ont des services juridiques à portée extraterritoriale et ils ont surtout le Dollar comme monnaie universelle. Pour le moment on n’a pas encore eu droit à des perturbations sur ce volet, mais au rythme actuel on peut s’attendre au pire. Dans un contexte où depuis plusieurs années les USA augmentent l’endettement pour en contrepartie obtenir peu de croissance du PIB (comme d’autres pays…). Avec actuellement 21 100 milliards de dollars de dette, le risque se situe au niveau de l’explosion des intérêts à payer, avec une conjonction des événements entre l’augmentation des taux par la FED et la politique de baisse fiscale du président Trump qui va provoquer une augmentation des déficits budgétaires. Permettant également le rapatriement des avoirs des grands groupes mondiaux US qui fonts d’importants bénéfices à l’international, mais cela suffira t’il à redresser leur balance commerciale, ou au contraire ce sont ces groupes qui verront leurs performances se dégrader, en raison de l’augmentation de taxes douanières ?
En cas de restructuration de la dette ce sont les principaux créanciers Chine et Japon qui seront victimes, sachant qu’eux-mêmes sont tout autant endettés, mais vu la prépondérance du Dollar cela risque de déboucher sur une crise mondiale.
https://www.capital.fr/entreprises-marches/la-reforme-fiscale-de-trump-est-a-double-tranchant-dit-christine-lagarde-fmi-1272387
Réponse de le 13/05/2018 à 23:38 :
L' UE est propriété des américains, comment voulez-vous qu' elle réagisse ....?
Le Maire et Merkel peuvent adopter toutes contorsions qu' ils voudront, les traités se prennent et se défont à l' unanimité des 28 et JAMAIS un accord de rupture ne sera négocié pour cause d' intérêts divergents.
Qu’ il s’agisse de politique économique, monétaire, sociale, diplomatique ou militaire, l’appartenance à l’UE condamne à appliquer les décisions de Bruxelles et de Washington (la politique de défense de l’UE étant soumise à l’OTAN, dominée par les États-Unis. C’est ce que constatent plus ou moins confusément les Français ; qu’ils votent à droite ou à gauche, c’est la même politique qui est appliquée.

L’article 48 du TUE rend donc impossible tout projet d’ « autre Europe » ..

La seule solution légale est le Frexit par l' article 50 en répondant à l' anglaise à cette hérésie qu' est devenue l' UE.
a écrit le 12/05/2018 à 9:53 :
Les priorités de nos chères autorités ne sont pas celles du peuple qui souhaite du pain et un toit, la puissance de l'establishment pour les uns, une mondialisation régulée pour les peuples. Hélas idées antagonistes! Pour commencer, égalité devant l'impôt pour tout le monde en fonction de ses revenus et sans magouilles foireuses.
a écrit le 12/05/2018 à 9:44 :
c'est la France qui devrait faire du protectionnisme. elle s'efforce d'être équilibrée. alors qu'elle est entourée de pays qui tirent vers le bas, en Europe et au delà.
Manu a raison de bousculer la Germanie. mais est-ce que ce pays est récupérable ?
les US sont de même un désastre. le pays de la finance irresponsable, de l'immobilier irresponsable, de la consommation irresponsable, du pétrole/gaz/charbon irresponsable, de la "Tech" irresponsable, du Président irresponsable, etc...
voir aussi BRICS, UK, Europe Sud & Est, Japon, Corée Sud, etc...
Réponse de le 12/05/2018 à 11:49 :
Et oui! Je crois que vous avez raison, les autres pays européens peuvent être agaçants, la fiscalité de certains pays est inadmissible. Mais il faut être optimiste, la France doit commencer par donner l'exemple et ne pas hésiter à hausser le ton y compris avec nos partenaires européens. Hollande s'était couché devant l'Allemagne sans aucune résistance ...
a écrit le 11/05/2018 à 17:12 :
Quand tout est construit sur le paradigme de ancienne administration US et l'après 9/11, rien d'étonnant que cela en déroute plus d'un, Bruxelles est dans le même cas!
a écrit le 11/05/2018 à 16:50 :
Au lieu de s'inquiéter l'UE doit penser à répliquer.
Pour gagner la guerre économique USA/UE il faut être prêt à y laisser un bout de chemise, si en face les USA y perdent un bras et se mettent à pleurer, l'affrontement est gagné et les négociations futures seront sous un vent favorable.
Réponse de le 11/05/2018 à 18:30 :
Mon bon John, l' UE appartient aux américains, il faut frexiter, la fuir à l' anglaise avant d' y laisser jusqu' à nos culottes ...

https://www.upr.fr/pourquoi-un-frexit-est-urgent
Réponse de le 11/05/2018 à 19:55 :
Et bien Marc Hassin, connaissez vous le proverbe "diviser pour mieux régner?"
Si j'étais président américain, je souhaiterais la dislocation de l'UE pour mieux assoir la domination des USA, et vous seriez en train de jouer mon jeu.
"Le brexit est une chose formidable"
Donald Trump
Réponse de le 14/05/2018 à 9:51 :
Si l’on veut affaiblir les États européen, rien n'est mieux que de les enchaîner les uns au autres pour les mettre en incapacité d'agir! Nous voyons constamment le bon résultat! C'est en cela que l’ancienne administration US était pro UE et les intégrait "obligatoirement" dans l'OTAN! Les Traités sont contraignant!
a écrit le 11/05/2018 à 16:46 :
L' union est sous hégémon us sinon il y a belle lurette que les européens auraient pris des mesures de rétorsion mais là, tout le monde couine impuissant dans son coin pendant qu' en face on pille le fond de commerce de nos pays...

Depuis un tiers de siècle au bas mot, les Français sont conviés à prendre leur mal en patience devant les conséquences de plus en plus calamiteuses de la prétendue « construction européenne ».

Comment cela est-il rendu possible ?


L’ Europe telle qu’elle existe – Communauté Économique Européenne (CEE) de 1957 à 1992, Union européenne (UE) depuis 1992 – fonctionne en effet de plus en plus mal et que ses résultats sont de plus en plus calamiteux ,

– mais que tout cela va se résoudre en « changeant d’ Europe », ce qui permettra de déboucher sur le paradis tant attendu : une « Autre Europe ».

https://www.upr.fr/dossiers-de-fond/autre-europe
a écrit le 11/05/2018 à 15:57 :
Curieux, "en même temps" l'alcoolisme de Junker n'inquiète personne.
Réponse de le 11/05/2018 à 20:22 :
Tout le monde s' en fiche car il ne sert à rien !
a écrit le 11/05/2018 à 15:55 :
"Il n’y a en vérité que les pages éditoriales des quotidiens de référence ou des journaux d’affaires pour assimiler à un acte impie la défense acharnée des entreprises nationales et de leurs salariés. "

"Protectionnisme" https://www.monde-diplomatique.fr/2008/04/HALIMI/15779
a écrit le 11/05/2018 à 15:52 :
"le risque le plus grand qui pèse sur ces perspectives optimistes est le protectionnisme [...] il ne doit pas devenir la nouvelle normalité ; cela ne ferait que nuire à ceux de nos citoyens qu'il nous faut protéger le plus"

Ben oui voyons, le protectionnisme protège le citoyen du commerce extérieur et c'est pour cela que celui-ci est dangereux... -_-

Mike le poulet sans tête s'entête.
Réponse de le 12/05/2018 à 11:32 :
@ multipseudos

Et sinon à part démontrer aux modérateurs que vous me harcelez vous avez un talent ?

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