« Le protectionnisme ne fait que des perdants »
Gabrielle Thin
Gabrielle Thin
En pleine escalade dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, après l'annonce de nouveaux droits de douane sur les importations chinoises par le président Trump la semaine dernière, les tensions protectionnistes sont au cœur des préoccupations des chefs d'État et des banques centrales. Le protectionnisme constitue même l'un des « deux grands risques mondiaux », avec l'instabilité financière, identifiés par le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau dans sa "lettre introductive au rapport annuel" de l'institution adressée au président de la République.
Ce risque protectionniste est alimenté par « l'imprévisibilité américaine et par le Brexit britannique ». Le gouverneur a fait référence à une étude du FMI d'octobre 2016 qui a chiffré les dégâts potentiels : une hausse généralisée des barrières protectionnistes provoquant une augmentation de 10% des prix à l'importation ferait baisser de 15% le commerce mondial et de 2% le PIB mondial au bout de cinq ans, sans compter les effets de l'incertitude.
Près de deux ans jour pour jour après le référendum, le 23 juin 2016, et neuf mois avant son entrée en vigueur, le 29 mars 2019, le Brexit a déjà produit des effets négatifs, selon les estimations de la Banque d'Angleterre. Il pourrait avoir un coût de -2% à -8% du PIB britannique, dans le scénario le plus pessimiste du gouvernement britannique, en l'absence d'accord commercial avec l'UE, à long terme, à l'horizon de 15 ans selon un document présenté aux parlementaires.
Difficile en réalité d'évaluer les conséquences d'un Brexit sans accord, laissant planer le risque d'une guerre commerciale avec l'UE. Interrogé sur l'impact potentiel du Brexit sur l'économie française et européenne, le gouverneur est resté évasif :
Si le gouvernement français pense que le pays pourrait bénéficier de relocalisations d'entreprises, notamment d'institutions financières, il est aujourd'hui difficile d'estimer cet impact et le contrecoup réel sur notre économie de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, en prenant en compte la hausse des prix à l'importation.
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Le gouverneur de la Banque de France n'est pas le seul à s'inquiéter de ces tensions protectionnistes. À Sintra, au Portugal, où se tient le Forum de la Banque centrale européenne (BCE), des dirigeants de l'institution européenne ont exprimé leurs préoccupations
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En annonçant la semaine dernière la fin programmée de la politique monétaire de la BCE en décembre prochain, le président Mario Draghi avait indiqué que les prévisions de croissance de la zone euro n'intégraient pas "les effets de mesures commerciales qui n'ont pas encore été mises en oeuvre".
Gabrielle Thin