« Le protectionnisme ne fait que des perdants »

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François Villeroy de Galhau s'est dit préoccupé par le risque protectionniste, alors que Donald Trump a annoncé de nouvelles salves de tarifs douaniers contre les importations chinoises.
François Villeroy de Galhau s'est dit préoccupé par le risque protectionniste, alors que Donald Trump a annoncé de nouvelles salves de tarifs douaniers contre les importations chinoises. (Crédits : Reuters)
Le gouverneur de la Banque de France s'alarme des risques de guerre commerciale, des États-Unis au Royaume-Uni avec le Brexit. Les relèvements de tarifs et le climat d'incertitude pourraient peser sur la croissance mondiale.

En pleine escalade dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, après l'annonce de nouveaux droits de douane sur les importations chinoises par le président Trump la semaine dernière, les tensions protectionnistes sont au cœur des préoccupations des chefs d'État et des banques centrales. Le protectionnisme constitue même l'un des « deux grands risques mondiaux », avec l'instabilité financière, identifiés par le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau dans sa "lettre introductive au rapport annuel" de l'institution adressée au président de la République.

« Le protectionnisme ne fait que des perdants », a déclaré François Villeroy de Galhau ce mercredi 20 juin lors d'une présentation à la presse. « L'augmentation des prix des importations pénalise davantage les ménages défavorisés qui consomment en proportion plus de produits importés. L'incertitude qu'induit [le protectionnisme] pèse sur l'investissement des entreprises et sur les marchés financiers », a-t-il souligné.

Imprévisibilité américaine et Brexit

Ce risque protectionniste est alimenté par « l'imprévisibilité américaine et par le Brexit britannique ». Le gouverneur a fait référence à une étude du FMI d'octobre 2016 qui a chiffré les dégâts potentiels : une hausse généralisée des barrières protectionnistes provoquant une augmentation de 10% des prix à l'importation ferait baisser de 15% le commerce mondial et de 2% le PIB mondial au bout de cinq ans, sans compter les effets de l'incertitude.

« C'est un "minorant" : il s'agit seulement de l'effet mécanique des relèvements de tarifs. L'exemple du Brexit a montré l'importance des effets d'incertitude, qui ont déjà coûté près de deux points de PIB à l'économie britannique, sans aucun effet mécanique pour l'instant », a relevé François Villeroy de Galhau.

Près de deux ans jour pour jour après le référendum, le 23 juin 2016, et neuf mois avant son entrée en vigueur, le 29 mars 2019, le Brexit a déjà produit des effets négatifs, selon les estimations de la Banque d'Angleterre. Il pourrait avoir un coût de -2% à -8% du PIB britannique, dans le scénario le plus pessimiste du gouvernement britannique, en l'absence d'accord commercial avec l'UE, à long terme, à l'horizon de 15 ans selon un document présenté aux parlementaires.

Et la France dans tout ça ?

Difficile en réalité d'évaluer les conséquences d'un Brexit sans accord, laissant planer le risque d'une guerre commerciale avec l'UE. Interrogé sur l'impact potentiel du Brexit sur l'économie française et européenne, le gouverneur est resté évasif :

« Nous n'avons pas d'étude précise sur les conséquences économiques du Brexit sur l'économie française. Le Brexit est une mauvaise nouvelle pour tout le monde, mais d'abord pour l'économie britannique. Nous n'anticipons pas d'effet matériel pour la France et la zone euro », a insisté le gouverneur.

Si le gouvernement français pense que le pays pourrait bénéficier de relocalisations d'entreprises, notamment d'institutions financières, il est aujourd'hui difficile d'estimer cet impact et le contrecoup réel sur notre économie de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, en prenant en compte la hausse des prix à l'importation.

Le gouverneur de la Banque de France n'est pas le seul à s'inquiéter de ces tensions protectionnistes. À Sintra, au Portugal, où se tient le Forum de la Banque centrale européenne (BCE), des dirigeants de l'institution européenne ont exprimé leurs préoccupations

« Le protectionnisme aura un impact plus important qu'estimé jusqu'à présent », s'est alarmé l'un des participants au Forum, cité par l'agence Reuters.

En annonçant la semaine dernière la fin programmée de la politique monétaire de la BCE en décembre prochain, le président Mario Draghi avait indiqué que les prévisions de croissance de la zone euro n'intégraient pas "les effets de mesures commerciales qui n'ont pas encore été mises en oeuvre".

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Commentaires
a écrit le 23/06/2018 à 19:41 :
Je pensais que ce monsieur était soumis à un devoir de réserve. Il devrait perdre son poste.
a écrit le 23/06/2018 à 19:29 :
En Argentine, les mesures protectionnistes ont divisé le taux de chômage par quatre.
a écrit le 22/06/2018 à 11:08 :
la BF ne dispose pas d'étude précise sur les conséquences du brexit pour l'économie française .
c'est l'aveu que la BF met la tête dans le sable pour éviter de voir la tornade qui s'abattrait inévitablement sur certains secteurs si l'EU adopte une position dure sur les modalités d'échanges commerciaux avec l'UK .
comportement inconséquent ou peur de révéler un désastre ?
Réponse de le 22/06/2018 à 12:03 :
Les conséquences du Brexit sont parfaitement documentées, que ce soit par la BdF, l'Ue etc....
Le désastre, il est pour l'UK.
Pour le "continent", c'est ennuyeux mais pas désastreux
Réponse de le 22/06/2018 à 17:26 :
Rien que sur les modalités de sortie de la GB, il y a des douzaines de scenarii possibles selon les accords qui pourront être passés ou non entre Londres et Bruxelles.
Ces accords dépendent de la politique interne à la GB, mais aussi des politiques européennes et de la position Écossaise, mais aussi Nord-irlandaise.

Ensuite qui peut prévoir ce qui sera décidé individuellement par les entreprises?

La réalité est qu'on ne sait quasiment rien de ce qui va se passer.

Si ca se trouve dans quelques semaines Mme May jette l'éponge, convoque des élections qui amèneront un gouvernement pro-europe qui retirera le brexit.
Ou alors c'est l'inverse qui se produit et la GB conclut un pacte avec Trump.

Tout est possible même si certains scenarii sont plus vraisemblables que d'autres (quoique...).
a écrit le 21/06/2018 à 22:09 :
« Nous n'avons pas d'étude précise sur les conséquences économiques du Brexit sur l'économie française »

Soit le mec ment, soit ses services sont d’une incompétence crasse. Au choix.
a écrit le 21/06/2018 à 17:41 :
Dans l'histoire les mondialisations ont toujours mal terminées...
a écrit le 21/06/2018 à 15:56 :
C’est au moins une annonce de protectionnisme par semaine qui nous vient des États-Unis. Ainsi, le président Trump juge qu’il est dans l’intérêt du peuple américain de protéger certaines industries, alors qu’en Europe c’est la doctrine ultralibérale – pourtant en provenance du monde anglo-saxon – qui prévaut !
Faites ce que je dis, pas ce que je fais.
Source : la Presse.ca du13 mars.
a écrit le 21/06/2018 à 13:47 :
Ben voyons, le rêve de toute entreprise est de limiter sa concurrence. Donc assez rigoler le marquis trucmuche du machin qui doit savoir comment protéger efficacement ses miches
a écrit le 21/06/2018 à 12:26 :
Un OUBLI MAJEUR !
L'influence des importations et de la délocalisation sur le taux de chômage !
Mais quand on est patron de la banque de france, on s'en tape, on est sur de pouvoir se recaser ........
a écrit le 21/06/2018 à 11:28 :
Cela fait des siècles que l'on se protège pour notre bien être et l'on voudrait nous enlever les protections et le bien être pour l'intérêt de certain privilégier cosmopolite!
a écrit le 21/06/2018 à 8:51 :
Notre impuissance dramatique, notre nullité ne vient pas des américains, il y en a marre de ces minables responsables européens qui ne savent que gémir parce qu'incapables de réagir, de s'adapter, d'évoluer. Oligarchie européenne ayant toujours besoin de détourner de plus en plus les caisses publiques afin de faire semblant de concurrencer les américains qui nous écrasent en réalité.

Mais bon gémissez, gémissez il en restera toujours quelque chose hein... -_-

"Hâte toi déclin !" Nietzsche
a écrit le 21/06/2018 à 8:48 :
" L'augmentation des prix des importations pénalise davantage les ménages défavorisés qui consomment en proportion plus de produits importés".

Sauf que l'absence de protectionisme a précarisé et appauvri ces ménages en les mettant en concurrence directe et faussée avec des travailleurs de pays défavorisés. Avec un protectionisme raisonné, ces ménages profiteraient d'une activité de production locale, auraient un salaire et pourraient consommer si tant est que c'est leur but ultime.

Les statistiques sur la non-réparition des richesses et l'appauvrissement des classes moyennes dans les pays occidentaux montrent, sur 50 ans, ce que fait l'absence de protectionnisme !

Honte à vous Monsieur
a écrit le 21/06/2018 à 8:21 :
Le protectionnisme conséquence des excédents et déficits conséquents entre les pays.
Tant que des pays comme l'Allemagne, la Chine, la Corée et d'autres encouragent l'exportation de leur chômage par les excédents chroniques, au lieu de combattre celui-ci par la consommation interne, le protectionisme sera nécessaire. Le protectionnisme est un moyen pour arriver au but "Mittel zum Zweck" en allemand. Que les excédents cessent et le protectionnisme ne sera plus nécessaire.
a écrit le 21/06/2018 à 8:19 :
Sue ces sujets, évidemment d'importance, il est tout de même surprenant de ne pas voir attester les déséquilibres importants, toujours croissants, des échanges mondiaux. On peut raconter ce que l'on veut sur le comportement de M.Trump, mais les chiffres parlent d'eux-même. Les balances commerciales entre USA et Chine, et USA-Europe, sont lourdement déséquilibrés. La réponse américaine peut-être vue comme n'apportant pas une réponse satisfaisante, mais on aimerait quand même avoir de la part des détracteurs quelques pistes pour améliorer la situation. Les mouvements de contestation d'une mondialisation débridée sont réels, et correspondent à des problématiques et impacts sociétaux réels. Il va falloir être un peu plus smart pour en sortir par le haut. Trop réducteur de croire que la libéralisation totale va apporter tous ses bienfaits, et qu'il importe de ne pas la contrarier.
a écrit le 20/06/2018 à 22:48 :
La première question que cette personne doit se poser est :
Pourquoi la banque de France a toujours pignon sur rue avec autant de personnels ?

Et la , il saura ce que c’est le protectionisme
a écrit le 20/06/2018 à 22:47 :
"Le protectionnisme ne fait que des perdants". Les perdants sont les fonctionnaires internationaux, les spéculateurs sur les différences de coûts de production et les percepteurs d'impôts. Mais le brave paysan local dit : "pourquoi je ne sème plus? Quand je sème, je ne récolte plus, quand je récolte je ne mange plus".
a écrit le 20/06/2018 à 21:33 :
Et l'exception culturelle française, ce n'est pas du protectionnisme, par exemple ? Et la taxe sur les magnétoscopes, il n'y a pas si longtemps ? Et les secteurs stratégiques dont les investissements étrangers sont bannis ? Et même les monopoles d'Etat sur la distribution de l'électricité ou les transports par voie ferrée ? Et les réglementations phyto-sanitares ou environnementales, et toutes les "normes", qui croit qu'elles répondent toutes uniquement à un objectif de santé publique et de qualité ? En réalité, le protectionnisme ne fait de perdants que parmi ceux qui n'y recourrent pas d'une façon raisonnable ou qui refusent d'utiliser leur force par pure idéologie. Les USA ne défendent le libre échange que lorsqu'il est à leur avantage, pas quand il pourrait leur être défavorable. "Concorde", cela ne vous rappelle rien ?
a écrit le 20/06/2018 à 19:53 :
Le protectionnisme ne doit pas être un gros mot. Utilisé de manière fine, il peut protéger des secteurs stratégiques ou créateurs d'emplois. Par contre le protectionnisme bête et méchant qui s'appliquerait à des pays et pas à d'autres sans raison particulière peut faire des dégâts.
a écrit le 20/06/2018 à 19:15 :
En effet. Cela risque de pénaliser les plus riches. Luttons tous pour les sauver.
a écrit le 20/06/2018 à 18:49 :
Possible, mais l'ouvertionnisme est loin de faire beaucoup de gagnants.

Les premiers de cordée devraient commencer a se mefier de ne pas devenir les premiers de potence, vous savez, la façon de faire un noeud et le positionner, c'est assez aleatoire

C’est une première. La Banque de France communique le salaire de son gouverneur François Villeroy de Galhau, fixé à 283.129 euros brut en 2016, plus une indemnité mensuelle de logement de 5.643 euros brut


Comptez pas sur le lapin pour se demener le fondement a faire du pib pour financer ça, moi ça fait longtemps que j'ai dit pouce, je joue plus, je vous regarde, mais je dois reconnaitre que la scennette est assez plaisante si l'on ne vous prend plus au serieux.
Réponse de le 20/06/2018 à 21:15 :
Elle est pas belle la vie...?!
Réponse de le 20/06/2018 à 23:33 :
Le pauvre , ne sachant pas quoi faire de cet argent, il va etre obligé de chercher un paradis fiscal. La démocratie humilie les riches. Où est la magnificence d'antan?
a écrit le 20/06/2018 à 18:30 :
«  Les origines du cataclysme résident dans l‘entreprise utopique par laquelle le libéralisme économique a voulu créer un système de marché autorégulateur 
Pour comprendre le fascisme allemand, il faut remonter à l’Angleterre ricardienne » K Polanyi
L'excès de libre échangisme conduit les non qualifiés, qui ont perdu leur emploi, à demander un maximum de protectionnisme. Voir le Brexit; voir Trump et demain le France. C'est la folle idéologie du libre èchangisme intégral qui conduit en retour à un protectionnisme absurde et suicidaire. Mais nos élites ne veulent rien voir et continue à ronronner jusqu'au désatre
a écrit le 20/06/2018 à 18:21 :
c’est quoi le «  protectionnisme »?

si c’est :
tout pour moi et rien pour les autres?

ce n’est pas du commerce...
et le seul perdant c’est celui qui s’isole et impose son cadre.

dans la mesure qu’il existe «  des blocages économiques  » et des phénomènes d’exclusion en économie , les crises et les conflits ne seront JAMAIS maitrisés d’une part et les riches ne sauront quoi faire avec leur capitaux ( à en perdre les valeurs et la réalité) et les pauvres seront encore plus pauvres .

conclusion : c’est plus dangereux de perdre la notion de réalité que d’être pauvre et heureux quand même... A méditer.
a écrit le 20/06/2018 à 18:16 :
hey, ca serait marrant que les chinois disent
' en toute amitie avec l'ami americain, et pour diminuer le deficit commercial, nous allons interdire l'export vers les usa des produits qui ont des puces fabriquees en chine'
au moins, avec 0 telephone portable qui ira sur le territoire americain, ca mettra un peu d'ambiance en toute amitie, comme il dit trump
a écrit le 20/06/2018 à 18:00 :
l'argument selon lequel le protectionnisme est pratiqué aux dépends des défavorisés n'a aucune substance, au contraire.

On pourrait avec en effet avec plus de justesse retourner l'argument et constater que le protectionnisme protège les emplois et dans une certaine mesure les salaires des secteurs protégés, ce qui est bien plus important que de savoir si les pauvres (mais en fait ce sont les plus riches qui en profitent le plus) auront 10% de discount sur un TV à écran plat.

Tous les pays intelligents ont pratiqué, pratiquent et pratiqueront une forme ou une autre de protectionnisme. C'est une forme d'auto-protection qui est saine tant qu'elle reste modérée et maitrisée.

Ce qui importe c'est que le processus soit compris et accepté par les partenaires commerciaux et que le commerce ne devienne pas une nouvelle forme de guerre totale ou le fort écrase le faible. Il n'y a aucune justification rationnelle à ce que ce soit le cas.

On peut se réjouir que des entreprises bretonnes inondent le marché de l'Afrique équatoriale avec des poulets invendables en Europe, mais les producteurs locaux ruinés se retrouvent à Paris comme immigrés au lieu de développer leurs pays d'origine.
a écrit le 20/06/2018 à 17:57 :
La france est immunisée vu ses performances à l'export, parfois à quelque chose malheur est bon...

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