« Pensez-vous que vous êtes un criminel ? Parce que beaucoup semblent le penser. » La question-missile est lancée, en direct, en 2020, par une présentatrice de la chaîne américaine CNBC. Face à l'accusation à peine dissimulée, Riad Salamé, aujourd'hui l'homme le plus détesté du Liban, reste impassible. Alors que le pays du Cèdre sombre depuis octobre 2019 dans le chaos, le président de la Banque centrale du Liban depuis 1993 réplique calmement face caméra : « ce que j'essaye de faire et d'accomplir est en accord avec les lois du pays (...) la situation a été particulièrement difficile ». Citant tour à tour les « incendies de forêt, le shutwdown du système bancaire, le défaut de paiement actionné par le gouvernement, le Covid et l'explosion du port » qui a ravagé Beyrouth un mois plus tôt, il répond à la question de la journaliste : « Je ne pense pas être le criminel qui a fait tout ça, j'essaye de maintenir le système ».
Trois ans plus tard, la cote de Riad Salamé parmi la population libanaise est toujours au plus bas. Et pour cause : cet ancien banquier d'affaires de la banque Merrill Lynch est mis en cause dans plusieurs affaires de blanchiment d'argent, escroquerie, de détournement de fonds, en Suisse, et de biens mal acquis en France. Ce jeudi 16 mars 2023, Riad Salamé, qui n'avait jamais été inquiété par la justice jusqu'ici, a été entendu par la justice libanaise en présence de magistrats européens qui enquêtent sur des mouvements de fonds suspects vers l'étranger. Mais aujourd'hui comme hier, celui que l'on soupçonne d'avoir potentiellement détourné 300 à 500 millions de dollars avec son frère cadet Raja, nie catégoriquement toutes les accusations. Les Libanais pointent aussi sa gestion hasardeuse, « en pyramide de Ponzi » des finances du pays. Après deux jours d'audition, répondant à 200 questions, feuilletonne le quotidien libanais L'Orient-Le Jour, le grand argentier, ancien héros anti-inflation du pays, a clamé son innocence vendredi :