La livre libanaise poursuit sa chute infernale face au dollar

Alors que les banques du pays empêchent leurs clients de retirer leur épargne, la devise nationale continue de s'enfoncer dans les abysses. Face au billet vert qui est utilisé dans le pays, la dépréciation de la monnaie d'Etat a été multipliée par dix en trois ans. Dernier coup de massue sur la livre, le débranchement des aides d'Etat sur les carburants. Désormais, quatre Libanais sur cinq vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Les Libanais manifestent depuis des années contre la corruption de la classe politique et la flambée du coût de la vie.
Les Libanais manifestent depuis des années contre la corruption de la classe politique et la flambée du coût de la vie. (Crédits : MOHAMED AZAKIR)

Les centaines de millions d'euros d'aides versées au Liban pour tenter de sortir le pays de la spirale récessioniste n'ont toujours pas inversé le cours de l'histoire. Au Liban, pays de 6,8 millions d'habitants, surendetté et gangréné par la corruption de la classe dirigeante qui rechigne aux réformes, la devise d'Etat ne vaut presque plus rien. Lundi, la livre libanaise a atteint un nouveau plus bas face au dollar américain sur le marché noir. Selon des sites web surveillant le taux de change, la livre s'échangeait le matin à plus de 38.500 pour un seul billet vert.

La spirale négative est vertigineuse dans le pays du levant qui utilise depuis plusieurs années les deux monnaies. En avril 2019, la livre avait déjà atteint son plus bas historique, à 4.000 livres pour un dollar.

Dans le même temps, les Libanais - dont les économies placées sur des comptes ont été rendues inaccessibles par leur banque -, manifestent violemment, quand ils n'ont pas recours aux braquages. Depuis le début de la crise, les banques imposent des restrictions draconiennes inédites, empêchant les épargnants de retirer leur argent, en particulier en devises étrangères.

En conséquence, l'Association des banques du Liban a ordonné la fermeture de toutes les succursales pendant trois jours en début de semaine.

Nouvelle dépréciation après les aides d'Etat

Fixée officiellement depuis 1997 au taux de 1.500 livres pour un dollar américain, la monnaie locale a perdu 95% de sa valeur en deux ans.

Cette nouvelle dépréciation de la livre "est due à une hausse de la demande de dollars intervenue après la décision du gouvernement de lever les subventions, y compris sur le carburant dernièrement", explique à l'AFP le banquier libanais Saeb El Zein.

4 Libanais sur 5 en dessous du seuil de pauvreté

Par ailleurs, des militants ont bloqué des routes dans la capitale et à Tripoli (nord) pour protester contre la dégradation des conditions de vie.

Quatre Libanais sur cinq vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté selon l'ONU, une paupérisation accélérée par une inflation à trois chiffres.

Le salaire minimum s'élève à 675.000 livres libanaise. Cela représentait auparavant 450 dollars par mois mais à peine 2 dollars aujourd'hui, si l'on s'en tient au taux pratiqué sur le marché noir.

Malgré le déclin social et économique frappant le pays, la classe dirigeante a continué de bloquer les réformes auxquelles les donateurs étrangers ont pourtant conditionné leur aide.

Une délégation du Fonds monétaire international (FMI) est arrivée lundi au Liban après un accord préliminaire qui devrait allouer à ce pays une aide de trois milliards de dollars échelonnée sur quatre ans.

Après la fin de la guerre civile (1975-1990), le Liban s'est engagé dans une spirale d'endettement, en vue de la reconstruction, sur fond de corruption galopante de sa classe politique. L'économie s'est bâtie sur les services, le tourisme et les investissements étrangers, notamment du Golfe, fortement tributaires des conjonctures politiques et sécuritaires.

(Avec AFP)

Lire aussiLes principaux enseignements des élections législatives libanaises de 2022

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Commentaires 2
à écrit le 20/09/2022 à 7:41
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c'est bien 20 dollar non pas 2 (675 000)

à écrit le 19/09/2022 à 16:47
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Voilà ce que devient un pays lorsqu'il ne contrôle pas sa démographie. Et tous les autre pays qui ont le même comportement démographique, finiront de la même manière

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