En pleine quête d'un nouvel exécutif, Emmanuel Macron va s'éloigner deux jours pour un sommet de l'Otan à Washington, l'occasion de réaffirmer sa place sur la scène internationale où ses partenaires s'inquiètent d'un affaiblissement de la France.
[Article publié le mardi 9 juillet 2024 à 7h17, mis à jour à 11h07] C'est la première sortie internationale d'Emmanuel Macron à l'issue de législatives où aucun bloc n'a obtenu la majorité absolue. Le chef de l'Etat se rendra mercredi et jeudi à Washington, a annoncé lundi l'Elysée, dans le cadre d'un sommet de l'Otan qui s'ouvre ce mardi alors que le flou demeure sur les contours du futur gouvernement.
Un déplacement qui va être suivi de près alors que le président français s'est peu exprimé à l'international depuis sa décision surprise de dissoudre l'Assemblée nationale le 9 juin - ce qui a provoqué un big bang politique en France - hormis lors du sommet du G7 mi-juin en Italie.
«Ce qu'on attend d'Emmanuel Macron à Washington, c'est qu'il rassure les autres alliés», résume Claudia Major, experte à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) à Berlin. «La peur, c'est une France bloquée, absente, centrée sur elle-même, contre-productive dans un moment international très difficile. C'est un problème pour l'Europe, pour l'agenda de réformes, l'Ukraine (...) tout !».
L'Allemagne soulagée après l'échec du RN
Les inquiétudes portaient surtout sur une possible arrivée de l'extrême droite au pouvoir, qui aurait pu remettre en cause la parole de la France sur l'Ukraine, la défense européenne et l'Otan. Le chancelier allemand, Olaf Scholz s'est ainsi dit soulagé devant l'échec de l'extrême droite française à accéder au pouvoir et espère désormais la formation « d'un gouvernement constructif » à Paris.
Pour Michel Duclos, conseiller spécial à l'institut Montaigne à Paris, « Macron sera un peu affaibli » en cas d'instabilité gouvernementale. « Mais rien à voir avec ce que cela aurait été s'il y avait eu une victoire nette du RN. Il est dans la situation de Scholz ».
Des craintes qui s'ajoutent à un contexte déjà lourd avec un président américain, Joe Biden, affaibli par les appels pressants de son camp à sortir de la course à sa réélection et le spectre d'un possible retour de Donald Trump et de son « imprévisibilité ». Un porte-parole de la Maison Blanche a assuré lundi ne « pas déceler de signe » d'inquiétude de la part des membres de l'Otan à propos de l'état de forme du président Joe Biden.
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Macron attendu sur l'Ukraine
Au-delà des sessions plénières, Emmanuel Macron aura des entretiens avec les nouveaux Premiers ministres britannique Keir Starmer et néerlandais Dick Schoof ainsi qu'avec le chancelier allemand Olaf Scholz et le chef du gouvernement néo-zélandais Christopher Luxon.
Emmanuel Macron sera surtout attendu sur l'Ukraine. « Le sommet de l'Otan va être l'occasion de voir ce qu'il pense maintenant, concernant notamment l'élargissement de l'Otan à l'Ukraine » pointe Lukasz Maslanka, chercheur au Centre for Eastern Studies (OSW) à Varsovie. Une invitation à intégrer l'Otan n'est toujours pas d'actualité, faute d'accord de Washington et Berlin. Mais l'idée est d'offrir une « série de mesures » qui constituent un « pont vers l'adhésion ». « C'est aussi une bonne occasion pour le président Macron de confirmer que ce qu'il a dit au début 2024 sur l'ambiguïté stratégique est toujours d'actualité », ajoute le chercheur. Le président français avait alors pris de court ses partenaires en n'excluant pas l'envoi de troupes au sol en Ukraine. « On a eu des engagements assez sérieux concernant l'envoi de Mirage et d'instructeurs français en Ukraine », poursuit Lukasz Maslanka.
Dans ce contexte, le Kremlin a prévenu qu'il va « suivre avec la plus grande attention la rhétorique des conversations qui auront lieu et les décisions qui seront prises » lors de ce rendez-vous de l'Alliance atlantique. « C'est une alliance qui considère la Russie comme son ennemi, son adversaire. Une alliance qui, à plusieurs reprises, a déclaré ouvertement que son objectif était d'infliger une défaite stratégique à la Russie sur le champ de bataille », a indiqué Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, lors d'un point presse ce mardi.
L'attitude de la gauche sur les dépenses militaires retient l'attention
Quant à une éventuelle participation de la gauche au gouvernement, « c'est leur attitude vis-à-vis des dépenses militaires qui retient l'attention », dit-il. Ce sommet de l'Otan s'ouvre au lendemain de salves de missiles russes ayant durement touché plusieurs villes d'Ukraine. Dmitri Peskov a toutefois réaffirmé ce mardi que la Russie ne procédait à « aucune frappe sur des cibles civiles ». Reste que ces frappes ne viennent que renforcer le plaidoyer de Volodymyr Zelensky auprès de ses alliés occidentaux pour obtenir davantage de systèmes de défense antiaérienne.
Le président ukrainien participera d'ailleurs à ce sommet qui marque le 75e anniversaire du traité de l'Atlantique Nord. Volodymyr Zelensky répète depuis des mois que son pays ne dispose pas des systèmes de défense antiaérienne nécessaires et a réclamé au moins sept systèmes Patriot supplémentaires (de conception américaine), en sus de ceux déjà donnés par les Etats-Unis, l'Allemagne, et les Pays-Bas.
Au cours du week-end passé, le chef de l'Etat ukrainien s'est félicité de chaque don pour la défense antiaérienne, mais a affirmé que des « décisions plus concrètes » étaient nécessaires « pour protéger nos villes et villages, et véritablement surmonter la terreur russe ». Lors du sommet de l'Otan, « nous travaillerons avec nos partenaires en vue de telles décisions. Les préparatifs sont déjà en cours », a-t-il affirmé.
Les États-Unis envisageraient de donner un nouveau système Patriot à l'Ukraine. Kiev les considère comme particulièrement précieux puisque ces systèmes de défense antiaérienne sont parmi les seuls capables d'abattre les missiles russes les plus avancés technologiquement. Les Pays-Bas sont à la tête d'une opération visant en outre à bâtir un système Patriot par l'assemblage de différents composants en provenance des stocks de différents pays. L'Allemagne et la Roumanie ont déjà répondu fin juin à la demande de Volodymyr Zelensky en s'engageant à donner chacune un système Patriot supplémentaire, tandis que l'Italie a promis de fournir un système de défense antiaérienne SAMP/T, de conception franco-italienne.