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ÉconomieInternational

Suisse : le choc du franc fort a été absorbé, mais la croissance va rester faible

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 20 septembre 2016 à 10:03 - Mis à jour le 20 septembre 2016 à 10:23

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L'économie suisse pourrait progresser de 1,5 % en 2016 selon les services de la Confédération. C'est plus que les 0,9 % de 2015, mais la croissance va rester réduite pendant longtemps.

La Suisse semble avoir absorbé le choc du franc fort, mais sa croissance devrait rester durablement plus faible pendant des années. Décidé par la Banque Nationale Suisse (BNS) le 15 janvier 2015, l'abandon du « seuil » de 1,20 franc suisse par euro avait provoqué un brutal ajustement de la monnaie helvétique à la hausse. La devise suisse avait fini par se fixer dans un corridor allant de 1,08 franc par euro à 1,11 franc par euro, elle est actuellement aux alentours de 1,09 franc par euro. Par rapport au seuil jadis défendu par la BNS, la revalorisation du franc atteint donc un peu mois de 10 %, ce qui n'est pas sans conséquence sur la compétitivité helvétique.

Révision à la hausse

L'ajustement semble néanmoins en grande partie effectué et, ce mardi 20 septembre, le « groupe d'experts » de la Confédération a révisé en légère hausse sa prévision de croissance pour 2016 à 1,5 %, laissant celle de 2017 à 1,8 %. De son côté, le consensus des économistes réalisés par l'institut économique KOF de Zurich a également revu à la hausse sa prévision de croissance de 1,1 % à 1,3 % pour cette année. Cette révision à la hausse s'explique d'abord par l'excellent deuxième trimestre de l'économie du pays qui a connu une progression de 0,6 %, le double de celle enregistrée en zone euro (0,3 %). L'absence de choc lié au Brexit et de surévaluation du franc dans un réflexe de sécurité sont aussi de bonnes nouvelles pour la Confédération.

Surprise du deuxième trimestre

La croissance de mars à juin avait surpris tout le monde en Suisse, car les économistes tablaient sur une légère contraction du PIB de 0,1 %. La surprise était venue de deux éléments : le fort soutien des dépenses publiques (+1,7 %) et la croissance des exportations de produits de la chimie et pharmacie, secteur peu sensible à la compétitivité prix, qui avait permis d'apporter une contribution positive du commerce extérieur à la croissance helvétique. Sur les autres fronts, cependant, la situation était moins réjouissante : les exportations de machines et de montres étaient en baisse, les investissements en recul de 0,8 % et la consommation des ménages en baisse de 0,3 %. Reste que l'acquis de croissance pour 2016 a naturellement profité de ce bon deuxième trimestre après une croissance minimale de 0,3 % au premier trimestre.

Le moteur de la chimie et de la pharmacie

Pour le reste de l'année, les experts de la Confédération estiment que la croissance sera moins dynamique au deuxième trimestre, même si le secteur de la chimie et de la pharmacie restera un moteur. Globalement, on s'attend à une plus forte dynamique du commerce extérieur « pour autant que la conjoncture internationale ne soit que peu affectée par le Brexit et qu'une nouvelle et forte appréciation du franc puisse être évitée ». Autrement dit, les exportateurs suisses semblent avoir absorbé l'effet de la réévaluation du franc, en partie grâce à une croissance modérée de la demande. Les experts bernois tablent ainsi sur des contributions positives du secteur des machines-outils, des équipements électriques et des métaux, les plus touchés par le franc fort. Cette reprise reste cependant à confirmer dans la mesure où, selon les chiffres publiés ce mardi 20 septembre, les exportations de machines et électronique affichaient encore une baisse annuelle en août de 7,2 %, celles de l'horlogerie de 12,9 %. Quoi qu'il arrive, la croissance des exportations de ces secteurs risque de rester inférieure à leur moyenne historique.

Impact sur la demande intérieure

Reste que si ce scénario se confirme, le coût du rétablissement de la compétitivité suisse demeurera élevé. Certes, les industries helvétiques ont eu un bon réflexe face au franc fort : elles ont fortement investi, du moins pendant un an pour moderniser leur outil de production et compenser l'effet coût. Après la pause du deuxième trimestre, cette tendance devrait reprendre selon les experts de la Confédération et les économistes interrogés par le KOF. Ceci a, en partie, réduit l'impact de la perte de compétitivité. Mais les secteurs exportateurs ont dû aussi réduire la progression salariale et supprimer des emplois, principalement dans l'industrie. Certes, l'inflation négative a amorti l'effet sur le salaire réel de ces ajustements et le taux de chômage est resté sous contrôle à 3,2 % de la population active. Selon le consensus de la KOF, il devrait être en moyenne de 3,4 % en 2016 et 2017. Néanmoins, les ménages se sont montrés et vont continuer de se montrer plus prudents dans leurs dépenses. Les dépenses publiques joueront donc, comme en début d'année, un rôle majeur.

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Globalement, si l'économie suisse va mieux, elle reste clairement pénalisée par le franc fort. Le dépassement de ce choc se fait au prix d'une croissance potentielle clairement moins vigoureuse que dans le passé, notamment parce que, malgré les efforts des entreprises et de l'Etat, l'ajustement se fait en partie sur les ménages. Le consensus du KOF prévoit ainsi une croissance moyenne d'ici 2020 de 1,6 %, ce qui est une croissance, comme le souligne les experts de la Confédération, « en ligne avec celle de la zone euro ». C'est nettement un coup d'arrêt pour une économie qui, entre 2006 et 2014, a affiché une croissance de 14,6 % de son PIB contre 2,3 % pour la zone euro et 9,1 % pour l'Allemagne. On notera de surcroît que cette stabilisation à un niveau bas est soumis à une politique monétaire de la BNS qui, si elle a abandonné le seuil officiel, tente de réduire toute appréciation du franc par des taux fortement négatifs (-0,75 %) et qui sont un soutien sûr à l'investissement.

Romaric Godin

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