Le modèle social suisse 2/3 : une assurance chômage généreuse et rigoureuse

Le système d'assurance chômage suisse est en excédent ! Les allocataires peuvent percevoir jusqu'à 80% de leur ancien salaire et ce pendant une durée de deux ans. Une générosité qui ne tient pas du "miracle" mais d'une gestion extrêmement rigoureuse des finances. Explication, à l'heure où, en France, les partenaires sociaux renégocient la convention d'assurance chômage
Jean-Christophe Chanut

6 mn

En Suisse, la dette de l'assurance chômage ne peut pas dépasser 2,5% de la masse salariale. Sinon, des mesures exceptionnelles sont immédiatements prises.
En Suisse, la dette de l'assurance chômage ne peut pas dépasser 2,5% de la masse salariale. Sinon, des mesures exceptionnelles sont immédiatements prises. (Crédits : © Ruben Sprich / Reuters)

La Suisse : ses lacs, ses banques, ses montagnes et.... son assurance chômage qui mérite vraiment le détour, tant pour la rigueur de sa gestion que pour sa générosité. Un modèle à regarder et à ausculter alors qu'en France, organisations patronales et syndicales renégocient actuellement une nouvelle convention d'assurance chômage applicable le 1er juillet prochain. L'objectif est de parvenir à des économies alors que l'Unedic - l'organisme qui gère l'assurance chômage - enregistre un déficit annuel compris entre 3 et 4 milliards d'euros et que sa dette cumulée dépasse les 25 milliards d'euros. Une situation inimaginable du côté de la Suisse où le signal d'alarme est tiré dès la première alerte sur les finances du régime.

L'assurance chômage suisse est gérée par l'Etat

C'est très tardivement, à compter de 1984, que la Suisse a introduit une assurance-chômage obligatoire même s'il en existait des prémisses depuis la fin du XIXe siècle. Première grande différence avec la France, l'assurance-chômage suisse est une institution fédérale relevant du régime suisse de sécurité sociale au même titre que l'assurance maladie ou les prestations familiales. Il s'agit donc d'un dispositif étatique même si, bien sûr, comme toujours chez les Helvètes, au nom du sacro-saint « consensus » les organisations patronales et syndicales sont étroitement liées aux prises de décisions et au fonctionnement de l'assurance chômage.

En revanche, comme en France, les ressources du système sont essentiellement assises sur les cotisations des entreprises et des salariés. Depuis 2011, cette cotisation est égale à 2,2% du salaire (1,1% part employé et 1,1% par employeur) pour les salaires allant jusqu'à 148.000 francs suisses annuels (soit environ 133.200 euros). Pour les revenus au-delà de cette somme, il existe une cotisation supplémentaire de 1%. Globalement, ces cotisations « rapportent » 6,8 milliards de francs suisses à l'assurance chômage. Un budget complété par une participation financière de la Confédération Helvétique (465 millions de francs suisses) et des 26 cantons (155 millions).

Une indemnisation qui peut atteindre 80% du salaire

Et là, première surprise, les prestations de l'assurance chômage suisse sont extrêmement généreuses, davantage d'ailleurs pour leur montant que pour leur durée. Et pourtant, selon une légende tenace, la France, est toujours présentée, comme le pays le plus bienveillant en matière d'assurance chômage.

Un salarié suisse de moins de 55 ans qui a cotisé durant au moins un an percevra une indemnité durant un an. Et s'il a cotisé au moins 18 mois, cette indemnisation sera également portée à 18 mois. Pour les plus de 55 ans, l'indemnisation peut aller jusqu'à deux ans. Rappelons qu'en France, la durée d'indemnisation varie entre 4 et 36 mois selon l'âge et la durée de cotisation.

Quant aux montants de l'indemnisation, en Suisse, c'est... Byzance ! Un ex-salarié sans enfant à charge percevra 70% de son dernière salaire brut, dans la limite de 10.500 francs suisses par mois au maximum (soit environ 9.500 euros) et ce montant est porté à 80% de l'ancien salaire quand l'assuré a des enfants à charge (dans la limite de 12.350 francs suisses). Rappelons qu'en France, le montant de l'allocation de remplacement varie entre 57% et 75% de l'ancien salaire brut selon le montant de la rémunération perçue et la situation familiale ne rentre pas en ligne de compte.

Les allocataires sont fortement incités à retrouver vite un emploi et ce, via des « mesures actives » (formation, stage, appui à la recherche, etc) financées à hauteur d'environ 500 millions de francs suisses par an.

Les offices régionaux de placement (l'équivalent de Pôle emploi) est dans l'obligation de proposer un emploi « convenable » à l'allocataire. Légalement, cette offre d'emploi peut être située jusqu'à deux heures de transport du domicile du salarié... Ce qui couvre une bonne partie de la petite Suisse.

Comme en France, un allocataire qui n'apporte pas la preuve de sa recherche effective d'emploi peut connaître un « rappel à l'ordre » qui se traduira par l'interruption temporaire du versement de son allocation, voire définitive en cas de récidive. Mais, au secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), on précise que ces « cas sont très rares car ce n'est pas dans la mentalité suisse de vouloir profiter du système. Au contraire, beaucoup de salariés licenciés ne s'inscrivent même pas au chômage car ils jugent cette pratique indigne et impudique !"....

En tout état de cause, il est de la responsabilité de chaque Canton de décider de « couper » l'indemnisation d'un demandeur d'emploi.

On notera que le choix de la caisse de chômage (Cch) qui verse les allocations appartient à l'ex-salarié. Celui-ci peut opter pour une caisse publique gérée par le Canton mais aussi pour une caisse privée gérée par une organisation patronale ou syndicale.

Mais, là où le système suisse d'indemnisation du chômage surprend le plus c'est dans sa gestion... très suisse.

Des règles de gestion extrêmement strictes

Les gestionnaires du régime veillent à ce qu'il n'y ait aucun dérapage dans les finances. Sinon, ils ajustent extrêmement vite et brutalement les prestations et les allocations. Le Seco explique : « Notre système d'assurance chômage est calibré pour un taux de chômage d'environ 3,5% et pour que l'endettement ne dépasse pas 2,5% de la masse salariale. Si ces bornes sont dépassées, on intervient immédiatement ».

Par exemple, après la crise financière de 2008, le chômage a grimpé en Suisse - pour atteindre 3,6% en 2010, soit 205.0000 chômeurs,... ce qui est beaucoup pour la Suisse - et la dette de l'assurance chômage est montée à 7 milliards de francs suisses en 2010, notamment en raison de l'explosion du « maintien en activité réduite » (chômage partiel) également indemnisé par le dispositif. Ni une ni deux, des « mesures exceptionnelles » ont été adoptées par le Parlement suisse et acceptées par une « votation » en septembre 2010. C'est notamment l'indemnisation des jeunes qui a été revue à la baisse, alors que les cotisations augmentaient.

Résultat, les réserves ont été reconstituées et une... baisse des cotisations chômage est maintenant envisagée. Grâce à cette gestion drastique et à la baisse du chômage - dont le taux est revenu à 3,3% selon les statistiques suisses-, en quatre ans, le nombre d'allocataires est redescendu à 136.764 en 2014 et l'assurance chômage est revenue à ... un excédent de recettes de 737,3 millions de francs suisses en 2014. En 2015, il atteignait encore 610 millions. Des réserves qui ont permis à l'assurance chômage de rembourser ses emprunts auprès de la Confédération suisse.

Cette vitesse de réaction serait littéralement impossible sans le consensus social qui règne en Suisse. Les organisations patronales et syndicales se retrouvent unies pour ne pas laisser les finances du régime se dégrader. Et même les syndicats sont prêts à accepter des sacrifices temporaires sur les prestations... Mais, il est vrai que, dans ce petit pays, il ne règne pas le climat de suspicion systématique entre partenaires sociaux que l'on trouve en France. Et la défense de la fameuse « prospérité suisse » passe au-dessus de tout.

Jean-Christophe Chanut

6 mn

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Commentaires 20
à écrit le 22/04/2016 à 9:38
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Mon commentaire était-il trop positif pour la France ? trop contraire à votre idée de destruction et de négation de notre société française ? C'est facile d'écrire un article sans vraiment étudier le sujet et de faire dans le misérabilisme. Je ne met...

à écrit le 21/04/2016 à 16:34
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A l'image des syndicats Suisses, qui défendent leurs salariés, leurs emplois et ignorent les permanents et planqués, à l'inverse de nos Centrales

le 17/05/2016 à 16:30
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Les syndicats suisses ne défendent pas grand monde et sont aux ordres de la classe dirigeante suisse; tout employé peut être jeté à la rue dans la minute qui suit l'entretien de licenciement !! La suisse n'est pas un modèle ! En rien ou presque; c'es...

à écrit le 21/04/2016 à 16:34
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A l'image des syndicats Suisses, qui défendent leurs salariés, leurs emplois et ignorent les permanents et planqués, à l'inverse de nos Centrales

à écrit le 21/04/2016 à 12:54
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La Suisse est un modèle de réussite extraordinaire. Quand on voit la France s'autodétruire avec son socialisme et sa morale... Je souris.

à écrit le 21/04/2016 à 8:19
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Pour faire une analyse objective, il faudrait analyser la relation entre cout du travail et prix de l'énergie.

à écrit le 20/04/2016 à 18:40
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Peut-être vous faut-il savoir que les cantons frontaliers (Genève, Vaud, Jura, Bâle et autres) ont une main d'oeuvre pas chère (les frontaliers) qui est bien contente de se contenter d'un salaire qui peut paraître formidable pour la France mais insuf...

le 21/04/2016 à 6:13
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Le régime des frontaliers est un scandale. C'est la France qui vous paye le chômage! Quid de la secu? Quel président/présidente va nettoyer tout ça et utiliser des principes simples et rigoureux???

à écrit le 20/04/2016 à 15:55
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Un objectif commun : la prospérité Une mentalité commune : ne pas vouloir profiter du système Un travail commun : les organisations se retrouvent unies pour ne pas laisser les finances du régime se dégrader Qu'attendons nous ?

le 22/04/2016 à 17:10
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Demander donc aux 3 derniers syndicats néo-staliniens de FRANCE : le MEDEF, la CGPME et la FNSEA...

à écrit le 20/04/2016 à 14:20
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pourquoi ça marche en Suisse? parce que c'est mal vu d’être au chômage la-bas, tout le contraire de la France. De plus vous oubliez de parler du fait 1/4 de la population qui travaille en Suisse ne vit pas en Suisse. Ils n'ont pas le droit au chômag...

à écrit le 20/04/2016 à 12:37
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C'est bien de vouloir s'inspirer de ce qui marche ailleurs, mais il faudrait veiller à ne pas faire passer des situations pour plus idylliques qu'elles ne le sont réellement. En l'occurence, cette "bonne gestion" et cet "excédent" de l'assurance chôm...

le 21/04/2016 à 9:39
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ouf ! merci pour votre commentaire. Je plussoie ! Cela fait 7 ans que je suis expatrié en Suisse, et pas pour l'argent/le travail. Et mon constat est similaire, + expérience personnelle en ce qui concerne l'assurance chômage. Mais le journaliste ne r...

à écrit le 20/04/2016 à 12:29
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Mon pauvre Monsieur, Votre compréhension du monde doit être à la lueur des raccourcis que vous faites ! Allez en Arabie Saoudite, et regardez si ces prestations sont "offertes" à toute la population résidente....et revenez nous expliquer le différen...

le 20/04/2016 à 18:17
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D'une part, beaucoup de français aimeraient être aussi pauvres que moi :), et d'autre part, l'Arabie saoudite n'offre pas de prestations aux résidents, mais seulement à ses ressortissants. Quand à "l'économie de marché", c'est de la pure escroquerie ...

à écrit le 20/04/2016 à 9:50
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On en arrive toujours à la méme chose, des organisations patronales et syndicales qui n'acceptent pas de compromis et un état qui ne fait pas respecter l'équilibre des différents régimes méme si ils sont en déficit... Le probléme en france est la ge...

à écrit le 20/04/2016 à 9:38
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Ne criez pas trop fort, si ils va y'avoir des vagues d'immigrations.

à écrit le 20/04/2016 à 8:42
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Il y a encore mieux que la Suisse. On ne parle jamais du système social Saoudien qui est le plus avancé du monde. Un revenu universel est versé à tout citoyen Saoudien, mais la France qui se targue d'être un pays riche nous dit que c'est impossible. ...

le 21/04/2016 à 8:29
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EXAT? BON RAISONNEMENT???

le 21/04/2016 à 12:32
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Non mais c'est une blague ?! Le budget publique saoudien est basé sur les revenus du petrole, a savoir que si ceux-ci baissent, c'est l'explosion sociale ou l'endettement (cf la Tribune de ce jour). Au demeurant c'est un organisation viciée ou une ...

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