Tabac : l'Inde menace Philip Morris de "sanctions punitives"

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S.K. Arora, chef de l'administration du tabac du gouvernement de Delhi, pose à côté d'un panneau anti-tabac collé sur un mur de l'école à côté d'une route à New Delhi, en Inde, le 13 avril 2017.
S.K. Arora, chef de l'administration du tabac du gouvernement de Delhi, pose à côté d'un panneau anti-tabac collé sur un mur de l'école à côté d'une route à New Delhi, en Inde, le 13 avril 2017. (Crédits : REUTERS/Adnan Abidi)
La décision du gouvernement indien fait suite à l'enquête publiée jeudi par l'agence de presse anglaise, qui révélait les tactiques de marketing illégales déployées par la société américaine Philip Morris.

L'Inde s'attaque désormais avec rigueur à la puissante industrie du tabac. Le géant américain Philip Morris est menacé de "sanctions punitives" de la part du gouvernement indien, pour avoir violé les lois antitabac du pays. Selon Reuters, le ministère de la Santé aurait envoyé un ultime avertissement sous forme de lettre au siège opérationnel de la compagnie, à Lausanne, en Suisse.

Cette décision fait suite à l'enquête publiée jeudi par l'agence de presse anglaise, qui révélait les tactiques de marketing illégales déployées par la société américaine. Pour gagner du terrain face au leader du secteur en Inde,  ITC (Imperial Tobacco Company), les publicités visaient principalement les jeunes générations. Après plusieurs tentatives de rappel à l'ordre, l'Inde durcit ses positions et s'attaque à l'un de ses plus importants problème de santé publique.

Distribution gratuite "d'échantillons"

Depuis octobre 2016, le gouvernement installé dans la capitale New Delhi s'est efforcé de prévenir les principaux industriels du tabac de l'illégalité de leurs pratiques, en multipliant les courriers de mise en garde. Plus précisément, les autorités ordonnaient de supprimer toutes les publicités présentes dans les kiosques faisant office de bureaux de tabac, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Elles stipulaient également l'interdiction "d'échantillonner" leurs produits, c'est à dire organiser des distributions gratuites de cigarettes pour mieux attirer la clientèle, une pratique courante pour la marque américaine d'après le responsable de la lutte antitabac à New Delhi, S.K. Arora.

L'agence Reuters dévoilait surtout dans son investigation des documents internes à Philip Morris. La compagnie y est explicite sur son ciblage de la jeunesse du sous-continent, reproduisant une stratégie promotionnelle qu'elle et d'autres industriels du tabac ont utilisé aux Etats-Unis il y a plusieurs décennies.

L'objectif clé est de "gagner les cœurs et les esprits des 18-24 ans". Dans un autre document stratégique de 2015, l'entreprise veut s'assurer que "chaque fumeur indien adulte puisse acheter des Marlboro (la marque référence de l'entreprise) à moins de cinq minutes de marche". À terme, l'objectif est d'atteindre 100 millions de fumeurs, sur une population totale de 1,3 milliard d'habitants.

Des pratiques autorisées... en 1994

Face au gouvernement, Philip Morris aurait soutenu le caractère légal de sa stratégie marketing, en avançant que les publicités à l'intérieur des kiosques étaient parfaitement autorisées. De la même manière, ITC affirme ne pas sortir des clous et respecter les différentes législations antitabac.

Car les industriels s'appuient sur un texte de loi de 1994, qui autorisaient alors ce type de pratique commerciales. Pourtant, d'après Amal Pusp, le directeur du contrôle du tabac au ministère de la Santé interrogé par Reuters, il n'y a "pas de confusion". Le gouvernement aurait mis en place dès 2003 des règles ultérieures au texte de loi interdisant formellement ces méthodes. Mais ces mesures restent anecdotiques pour les entreprises concernées, car les peines maximales ne sont pas suffisamment lourdes - 1000 roupies, soit 13 euros, et jusqu'à deux ans de prison -, et les forces de police "pas assez fermes", selon certains responsables indiens. Le ministère de la Santé a demandé aux différents états de soumettre un rapport d'avancement de leurs actions, pour mieux contrôler les abus.

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, le tabagisme tuerait en Inde plus de 900 000 personnes par an, et coûterait environ 16 milliards de dollars (13,6 milliards d'euros) à l'année au gouvernement. Un problème de santé publique devenu essentiel pour l'état indien, qui entend bien maintenir ses efforts pour y remédier.

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Commentaires
a écrit le 20/08/2017 à 12:04 :
"Le capitalisme crée la richesse"

-Pierre Gattaz
a écrit le 19/08/2017 à 10:08 :
Le tabac donne la mort. Mort au tabac.
a écrit le 18/08/2017 à 18:03 :
Le combat doit aller plus loin, comme la suppression dans le tabac des 4000 produits toxiques pour le cerveau humain. Pourquoi pas une cigarette bio et vitaminé ?

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