Tensions Chine-UE : les professionnels du porc craignent d'être les prochaines victimes
latribune.fr
Troisième producteur de porcs de l'UE, la France compte sur la Chine, son premier marché à l'export, pour valoriser des morceaux peu consommés sur son sol.
Les professionnels français du porc craignent d'être « les prochains sur la liste » et de se voir imposer des droits de douane prohibitifs par la Chine, en conflit avec l'Union européenne « au nom des voitures », a déclaré ce vendredi la directrice de leur organisation.
Après les producteurs de cognac, les professionnels français du porc sont-ils « les prochains sur la liste » ? L'interprofession Inaporc, qui rassemble éleveurs et transformateurs, craint de se voir imposer des droits de douane prohibitifs par la Chine, en conflit avec l'Union européenne « au nom des voitures », a déclaré sa directrice, Anne Richard, ce vendredi à l'AFP.
Pour rappel, malgré l'opposition de certains pays comme l'Allemagne, l'Union européenne est sur le point d'imposer jusqu'à 35% de droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques importés de Chine. Avec ces surtaxes, l'UE espère protéger sa filière automobile de la concurrence des constructeurs chinois. Bruxelles juge leurs prix artificiellement bas en raison de subventions d'État.
Pékin a déjà répliqué en lançant des enquêtes anti-dumping visant les eaux-de-vie à base de vin importés d'Europe - dont le cognac est le fer de lance - mais aussi le porc et les produits laitiers.
« On est en train d'handicaper les filières alimentaires au nom des voitures. Les professionnels refusent d'être sacrifiés », affirme Anne Richard ce vendredi.
En juin dernier, le ministère chinois du Commerce avait en effet « ouvert une enquête antidumping sur les importations de porc et de produits en provenance de l'Union européenne », avait-il indiqué dans un communiqué. L'enquête fait suite à une demande « officiellement soumise par l'Association chinoise de l'élevage au nom de l'industrie porcine nationale », avait précisé le ministère.
Le 8 octobre, le ministère du Commerce a encore rappelé mener des « enquêtes antidumping et compensatoires sur le porc, les sous-produits du porc et les produits laitiers importés de l'UE ».
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
S'agissant du cognac, depuis début octobre, les importateurs doivent déposer une caution, préfigurant des surtaxes douanières de l'ordre de 35%. Ce dépôt de garantie sera débité rétroactivement si la Chine décide formellement d'appliquer des surtaxes douanières en compensation d'une concurrence jugée déloyale par les producteurs européens de brandy.
Troisième producteur de porcs de l'UE, la France compte sur la Chine, son premier marché à l'export, pour valoriser des morceaux peu consommés sur son sol (oreilles, pieds...). Les Chinois seront « encore demandeurs d'abats », estime la directrice l'Inaporc. Elle craint surtout une « spirale à la baisse des prix » sur le marché européen si l'Espagne et les Pays-Bas, qui exportent de la viande de porc vers la Chine, doivent réorienter une partie des volumes sur le continent.
En septembre, depuis Shanghai, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez avait appelé les pays membres de l'UE et la Commission européenne à « revoir » leur position au sujet des taxes sur les véhicules électriques. L'Espagne est le plus grand exportateur européen de produits à base de porc vers la Chine, avec plus de 560.000 tonnes exportées l'an dernier, pour une valeur totale de 1,2 milliard d'euros, selon l'organisation interprofessionnelle Interporc.