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Économie

Vincent Chabault, sociologue : « Le luxe est le marché de la reconnaissance sociale »

Photo de Laurence Bottero

Gaëlle Cloarec

Publié le 17 juin 2026 à 08:15

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Vincent Chabault, sociologue, est l'auteur de "Sociologie du luxe"

Vincent Chabault, sociologue, est l'auteur de "Sociologie du luxe"

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Entre démocratisation des produits et inflation des services expérientiels, le secteur du luxe cherche un équilibre dans un contexte de tassement de marché. Décryptage d’une mutation en cours avec le sociologue Vincent Chabault, auteur de « Sociologie du luxe. »

LA TRIBUNE - Pourquoi le sociologue que vous êtes s’est-il intéressé au monde du luxe ?

VINCENT CHABAULT - Pour deux raisons. La première tient en la valeur du marché mondial qui a quintuplé en trente ans, passant de 76 milliards d’euros en 1996 à 360 milliards d’euros aujourd’hui. Il me semblait pertinent de comprendre cet engouement spectaculaire. La seconde est liée au paradoxe suivant : le luxe est de plus en plus investi par les consommateurs, il s’impose dans les imaginaires, on peut même parler d’une emprise du luxe sur la consommation et le quotidien, alors même que son utilité pratique passe au second plan. Une Twingo rend le même service qu’une Rolls-Royce, pourtant elle n’a pas la même finalité sociale, en l’occurrence celle de vous distinguer, de vous faire appartenir à une élite. A cet égard, le luxe est le marché de la reconnaissance sociale.

Pourtant, le luxe n’est pas uniforme. Dans votre livre, vous distinguez le luxe d’exception, l’intermédiaire et l’accessible. Dès lors, le marqueur reste-t-il le même ?

Il le reste puisqu’il sert différentes couches de la population. Prenez la marque Ralph Lauren : elle peut se situer dans les trois catégories, le sur-mesure, très cher, avec le Purple Label, l’intermédiaire avec son Polo, beaucoup plus connu, et l’accessible, via les magasins de déstockage que la marque cherche toutefois à réduire. Elle continue ainsi à nourrir l’imaginaire du luxe. En ce sens, le cas Ralph Lauren est emblématique de cet étirement social du luxe.

Quel est le moteur de cet élargissement ?

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Ces quarante dernières années, le luxe a été investi par le capitalisme financier à travers la construction des grands groupes que l’on connaît tous, LVMH, Kering, etc. A ce titre, les enjeux de rentabilité et de retour sur investissement ont conduit les marques à produire davantage, à élargir leur gamme, à mettre en place des filières de déstockage, voire à collaborer avec des centres commerciaux. En quarante ans, le luxe a pénétré le quotidien. La dynamique s’observe encore lorsque les marques standard veulent rehausser leur image. Par exemple, le styliste John Galliano vient d’être recruté par Zara pour deux ans. JW Anderson a quant à lui signé des capsules pour Uniqlo. L’idée étant de nourrir symboliquement une marque de masse, pour in fine produire plus et vendre plus.

Gaëlle Cloarec

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