TTIP/Tafta : Washington dénonce des interprétations "trompeuses", Paris fait marche arrière

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Depuis mi-2013, les Etats-Unis et l'Union européenne tentent de parvenir à un accord qui supprimerait les barrières commerciales et réglementaires.
Depuis mi-2013, les Etats-Unis et l'Union européenne tentent de parvenir à un accord qui supprimerait les barrières commerciales et réglementaires. (Crédits : © Joshua Roberts / Reuters)
Les Etats-Unis ont dénoncé lundi des interprétations "trompeuses" après la fuite de documents sur le traité de libre-échange négocié avec l'Union européenne (TTIP), assurant que cet accord "n'affaiblirait pas" les règles de protection sanitaires et environnementales. Côté français, le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur Matthias Fekl pour sa part laissé plané le doute, mardi matin, sur l'avenir du TTIP, affirmant que l'arrêt des négociations semble désormais "l'option la plus probable".

Article mis en ligne à 08h06, puis mis à jour à 13h23.

Après la publication de documents confidentiels du projet d'accord de libre-échange commercial (aussi connu sous le nom de TTIP ou Tafta) par l'ONG Greenpeace, les Etats-Unis ont rapidement répliqué pour dénoncer une mauvaise lecture. "Les interprétations faites de ces documents semblent être au mieux trompeuses et au pire totalement erronées", a déclaré un porte-parole de la Représentation américaine au Commerce extérieur (USTR), qui mène les négociations avec la Commission européenne.

"Le TTIP préserva, et n'affaiblira pas, nos solides règles de protection des consommateurs, de la santé et de l'environnement et mettra les Etats-Unis et l'UE en position de promouvoir des règles plus solides à travers le monde", a affirmé le porte-parole de l'USTR dans son communiqué.

Dans les documents rendus publics lundi 2 mai, Greenpeace assure que le texte du TTIP prévoit la suppression d'une règle permettant aux nations de "réguler le commerce" pour "protéger la vie, la santé des humains, des animaux et des plantes".

>>> Lire aussi : Vin, finance, auto...ce que révèlent les TTIP-leaks

Bruxelles déplore aussi des "malentendus"

Du côté de l'UE, la Commission européenne avait auparavant fait sonner un son de cloche similaire en regrettant dès lundi des "malentendus" et en tentant de répondre aux craintes de la société civile.

Négocié dans le plus grand secret depuis mi-2013, l'accord TTIP vise à supprimer les barrières commerciales et réglementaires de part et d'autre de l'Atlantique pour créer une vaste zone de libre-échange censée doper l'activité économique. Les ONG craignent quant à elles que cet accord commercial conduise à une déréglementation généralisée au profit des grandes entreprises.

>>>Lire aussi : TTIP/Tafta : Greenpeace pointe le risque de l'oubli du principe de précaution

La Maison Blanche reste confiante, malgré tout...

L'administration de Barack Obama pèse de tout son poids pour parvenir à un accord avant le départ du locataire de la Maison Blanche en janvier prochain. Son porte-parole Josh Earnest s'est déclaré "pas particulièrement inquiet de ces prétendues fuites" et son homologue au département d'Etat John Kirby a réaffirmé que Washington "continuait de croire qu'il était possible" de boucler un accord d'ici à la fin de la présidence Obama. Il a reconnu qu'il y avait du "scepticisme" des deux côtés de l'Atlantique, mais affirmé que "la mondialisation était une réalité".

Paris refroidi

Côté français, l'un des plus sceptiques est membre du gouvernement. Interrogé par Europe 1 sur un éventuel abandon des négociations suite aux révélations de Greenpeace, le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur Matthias Fekl a déclaré mardi matin qu'en raison de "l'état d'esprit des Etats-Unis, cela semble l'option la plus probable". Ce n'est pas la première fois que M. Fekl fait part de ses doutes quant à l'avenir du TTIP. Fin avril, déjà, il avait indiqué à nos confrères de France Inter "qu'aucun intérêt n'est pris en compte de la manière que nous souhaitons (...) Si tout ça ne bouge pas, il n'y aucune raison de continuer à négocier en faisant semblant, d'une certaine manière". Avant de glisser "qu'il n'y a pas, en tout cas au niveau de la France, de volonté d'aboutir à tout prix."

Peu après 13 heures, le président de la République François Hollande a lui aussi affirmé lors du colloque La Gauche au pouvoir qu'en l'état, le TTIP n'était pas acceptable.

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Commentaires
a écrit le 03/05/2016 à 22:52 :
Par principe un accord secret est pour moi synonyme de méfiance. Si cet accord est si favorable pourquoi les peuples ne sont ils pas informés?
a écrit le 03/05/2016 à 22:06 :
S'il est vrai que les normes US sont souvent différentes des normes européennes, il semble bien hasardeux d'affirmer qu'elles seraient moins protectrices des consommateurs ou moins conformes au principe de précaution que les normes européennes (dans les domaines techniques elles sont souvent plus dures...). Une harmonisation serait très raisonnable et faciliterait les échanges commerciaux.
a écrit le 03/05/2016 à 19:59 :
Ce traité TTIP/Tafta est une monstruosité, une monstrueuse escroquerie financiaro-bancaire étasunienne qui ne doit absolument pas voir le jour. C'est un cancer fulgurant destiné à ronger et emporter rapidement sur son passage tout ce qui reste de la souveraineté des Etats (européens) et de la dignité des êtres humains. Je suis étonné que l'Etat français puisse imaginer que les négociations pourraient se poursuivre "si les choses bougent". Il faut immédiatement arrêter ça !
a écrit le 03/05/2016 à 19:35 :
Il suffit de regarder les conséquences, au Canada et au Mexique, des accords us. Pas tristes...
a écrit le 03/05/2016 à 14:41 :
Déja et avant tout il faudrait compléter proprement le traité CECA car il permet d'avoir un pied en Amérique du Nord...Aprés ça, on pourrait discuter honnêtement du TAFTA.
a écrit le 03/05/2016 à 13:53 :
Les interprétations seraient trompeuses... Mais les documents exacts ! C'est ça !
a écrit le 03/05/2016 à 12:19 :
Manifestement nous sommes encore dans le temps des postures et non dans celui de la vraie négociation, cependant on notera qu'à ce stade cela démontra une mésentente de fond sur l'objectif de ce traité, recherché plus par les USA que par l'Europe qui n'y trouve pour l'instant apparemment pas son compte. C'est maintenant que les questions qui gênent vont être abordées, et notamment, celles sur la réalité des possibles concessions américaines sur l'ouverture de leur marchés, et c'est là qu'émergera la position de fond US: négociatrice ou impérialiste.

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