Turquie : le putsch raté a déjà coûté près de 90 milliards d'euros

Trois semaines après la tentative de coup d'Etat avorté, le ministre du commerce turc a livré les premières estimations des conséquences économiques. En dépit du contexte, le gouvernement fait tout pour rassurer les investisseurs.
Sarah Belhadi
Dans la nuit du 15 au 16 juillet, des militaires turcs ont tenté un coup d'Etat. S'ils ont échoué dans leur entreprise de renverser Erdogan, cette tentative manquée a provoqué la mort de 271 personnes (170 civils et 34 putschistes), 1400  blessés, et une purge massive dans tous les secteurs. Sur la photo, des manifestants pro-Erdogan dispersés par la police dans la nuit du 15 au 16 juillet, place Taksim, Istanbul.
Dans la nuit du 15 au 16 juillet, des militaires turcs ont tenté un coup d'Etat. S'ils ont échoué dans leur entreprise de renverser Erdogan, cette tentative manquée a provoqué la mort de 271 personnes (170 civils et 34 putschistes), 1400 blessés, et une purge massive dans tous les secteurs. Sur la photo, des manifestants pro-Erdogan dispersés par la police dans la nuit du 15 au 16 juillet, place Taksim, Istanbul. (Crédits : Reuters Murad Sezer)

Dans son édition de mardi, le quotidien turc Hürriyet annonce que la tentative de coup d'Etat du 15 juillet a déjà coûté près de 90 milliards d'euros (soit 300 milliards de livres turques) à la Turquie, selon des propos rapportés du ministre du Commerce Bülent Tüfenkci.

"Si nous prenons en compte tous les avions de chasse, les hélicoptères, les armes, les bombes et les bâtiments (endommagés), le coût est de 300 milliards de lires au minimum, selon nos premiers calculs", a-t-il précisé. Cette première estimation pourrait être revue à la hausse dans les prochaines semaines, a également fait savoir Bülent Tüfenkci.

Cette situation a - selon le ministre qui s'exprimait devant un petit groupe de journalistes à Ankara - aussi entraîné l'annulation d'un million de réservations touristiques.

"Les putchistes ont donné de la Turquie l'image d'un pays du tiers-monde. Les gens qui voient des tanks dans les rues ou le Parlement bombardé ne viendront pas en Turquie. Tout cela aura un coût à moyen terme".

2016, année blanche pour le tourisme ?

Les derniers chiffres du ministère turc du Tourisme publiés en fin de semaine dernière rapportent que la fréquentation touristique est au plus bas depuis 22 ans, en raison de la menace terroriste et des sanctions russes. En juin, le nombre d'arrivées de touristes étrangers accuse un recul de plus de 40% par rapport à juin 2015.

>>>LIRE AUSSI : Turquie : année zéro pour le secteur touristique ?

Mais il faut évidemment s'attendre à une baisse de la fréquentation encore plus importante après le coup d'Etat manqué du 15 juillet. A cela, il faut ajouter les mesures prises par le gouvernement, comme l'annulation des congés annuels de tous les fonctionnaires turcs, décidée par le Premier ministre Binali Yildirim et publiée au Journal officiel trois jours après le putsch. Trois millions de personnes sont ainsi concernées par cette mesure.

"Tout va bien", l'opération "com" du gouvernement

En dépit du contexte, le gouvernement fait tout pour rassurer les investisseurs. Le ministre du Commerce, Bülent Tüfenkci, a rappelé lundi que le gouvernement ne compte pas revoir à la baisse ses prévisions de croissance et s'est félicité du retour à la normale après le coup d'Etat manqué. Dès le lundi 18 juillet, les établissements bancaires et places boursières avaient repris leur activité, a-t-il souligné.

De son côté, le Premier ministre Binali Yildirim, en poste depuis mai en remplacement de Ahmet Davutoğlu, assure que l'économie turque est encore plus résiliente après le putsch raté.

"Notre économie est solide comme un roc. Il n'y a eu aucun choc économique. Cependant, ceci a dérangé certains milieux".

Ces allégations s'adressent directement à l'agence de notation Standard and Poor's qui a abaissé la note souveraine de la Turquie de BB+ à BB assortie d'une perspective négative le 20 juillet, après avoir pourtant salué en mai la résilience de l'économie.

"Ils ont abaissé la note de la Turquie. Laissons les faire. Nous ne restons pas debout [fort] en fonction de la note qu'ils nous attribuent", a-t-il dit, selon des propos rapportés par l'agence pro-gouvernementale Anadolu ce mardi.

Fuite des capitaux, et chute du "tigre turc" ?

Mais ces déclarations sur la résilience économique du pays dans un contexte politique aussi complexe seront-elles suffisantes pour apaiser les marchés ? Le 19 août, Fitch Rating doit également rendre son verdict. Dans le scénario où l'agence de notation suivrait Standard and Poor's, il est à craindre que l'inquiétude grandisse davantage sur les marchés, et engendre un recul des IDE (investissements directs à l'étranger).

Une situation à risques puisque la Turquie est très dépendante de ses financements étrangers en raison de ses faibles réserves de devises, de la faiblesse de son épargne domestique et de sa dette extérieure, comme le rappelle Christopher Dembik, responsable mondial de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank.

Si la Turquie affichait une croissance de 4% en 2015, il faut s'attendre à un ralentissement (en premier lieu de l'activité touristique) qui "pourrait mettre davantage de pression sur la banque centrale, dont l'indépendance est remise en question, afin qu'elle assouplisse sa politique monétaire lors de sa réunion du 23 août", note l'économiste.

Sarah Belhadi
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Commentaires 8
à écrit le 03/08/2016 à 10:09
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La Turquie c'est un peu l'Europe mais ce n'est pas l'Europe. Ce pourrait être typiquement un partenaire privilégié de l'Europe avec des accords particuliers mais pas pour un projet d'union sociale et institutionnelle.

à écrit le 03/08/2016 à 6:04
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Vu le nombre de coups d'etat perpetres dans cette "democratie" un terme # serait plus adapte. Non la Turquie n'est pas democratique, c'est ainsi.

à écrit le 03/08/2016 à 2:27
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Le president turc est un grand homme la turquie est forte

à écrit le 02/08/2016 à 16:52
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C'est incompressible qu'on qualifie quelqu'un qui a été élue démocratiquement de dictateur parce qu'il est "islamo-conservateur".Et de soutenir des putschistes parce que ce sont des "laïcs". C'est incompréhensible mais c'est la seule logique et l...

le 03/08/2016 à 14:16
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Ce n'est qu'un point de vue. Lors des élections législatives de Juin 2015, l'AKP d'Erdogan a gagné mais n'a pas obtenu la majorité absolue. Pas grave, on convoque des nouvelles élections pour Novembre 2015. Est-ce démocratique? La démocratie aurait ...

à écrit le 02/08/2016 à 16:25
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La Turquie n'est pas une démocratie, on peut espérer qu'elle le deviendra un jour. En attendant, elle doit rester en dehors de l'UE. Si Erdogan veut maintenir la candidature de son pays dans l'UE, qu'il organise des élections libres contrôlées par l'...

le 02/08/2016 à 18:04
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Regardez notre dernière présidentielle ! On peut s'apercevoir que la France non plus, n'est pas une démocratie....... Le jour où l'on accordera une valeur d'expression du vote blanc ainsi qu'un quorum dans le processus électoral, nous aurons fait un ...

le 03/08/2016 à 2:16
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D'ailleurs nos oligarques PS et LR se sont mis d'accords pour verrouiller à l'aide de nouvelles lois l'accès aux médias pour les petits candidats. Moins de 2 semaines d'égalité de temps de parole, vive la "démocratie française".

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