Turquie : année zéro pour le secteur touristique ?

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Le tourisme en Turquie, déjà plombé par des attentats à répétition, risque de toucher le fond cette année. Sur la photo, l'aéroport d'Istanbul mardi soir après l'attaque terroriste.
Le tourisme en Turquie, déjà plombé par des attentats à répétition, risque de toucher le fond cette année. Sur la photo, l'aéroport d'Istanbul mardi soir après l'attaque terroriste. (Crédits : Reuters Osman Orsal)
En 2015, l'industrie touristique a contribué à hauteur de 5% du PIB turc. Mais le triple attentat-suicide survenu mardi soir à l'aéroport international d'Istanbul porte un nouveau coup dur à un secteur déjà lourdement affecté au premier semestre 2016.

L'attaque terroriste de l'aéroport international d'Istanbul mardi soir a-t-elle motivé, ou accéléré la décision de Vladimir Poutine ? Mercredi, à l'issue d'une conversation téléphonique avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, le président russe a annoncé la levée des sanctions contre la Turquie dans le domaine touristique sept mois après le début de la crise diplomatique entre Moscou et Ankara.

>>>LIRE AUSSI : La croissance turque affaiblie par les sanctions économiques de Moscou

Depuis le début des sanctions décidées par Moscou fin novembre suite au crash d'un avion de chasse russe abattu par deux F-16 turcs, les touristes russes, qui représentaient jusqu'à alors le deuxième contingent de touristes étrangers en Turquie (10%) après les Allemands (15,4%, source : direction générale du Trésor) ont déserté les lieux. Début juin, le quotidien turc Hurriyet rapportait que depuis le début de l'année 2016, seulement 21.000 ressortissants russes avaient visité la station balnéaire d'Antalya (au sud du pays), soit 96% de moins qu'à la même période en 2015.

 Lieux touristiques désormais pris pour cible

 A cette crise diplomatique qui impacte le secteur du tourisme, est venue se greffer la menace terroriste grandissante. Depuis le début de l'année, les lieux touristiques ont été pris pour cible quatre fois. Le 12 janvier au matin, un attentat-suicide avait tué 12 touristes allemands à quelques mètres à peine de la Mosquée bleue et de Sainte-Sophie, joyaux du patrimoine culturel, situés dans le quartier de Sultanahmet. Tout un symbole. Car, si les attaques de ce type ne sont pas nouvelles ( en octobre, Ankara a vécu l'attentat le plus sanglant de l'histoire du pays avec 102 morts), c'est la première fois qu'un attentat vise un secteur très fréquenté par les touristes.

Dans la matinée du 19 mars, l'avenue Istiklal -les "Champs Elysées" de la métropole stambouliote- est le théâtre d'un attentat-suicide. Quatre touristes étrangers sont tués, et une quarantaine de personnes sont blessées. L'attaque est revendiquée par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), un groupe radical proche du PKK. Ce scénario se répète le 7 juin dans la ville quand une voiture piégée explose au passage d'un bus de la police turque. Bilan : 11 morts dont 7 policiers. L'explosion a lieu à proximité de la mosquée Suleymaniye, du Grand Bazar ou encore de l'Université d'Istanbul.

Trois semaines plus tard, c'est cette fois l'aéroport international d'Istanbul qui est pris pour cible, avec un dernier bilan de 36 morts et 147 blessés, selon les autorités. Si cet aéroport est l'un des plus fréquentés au monde (11e) et d'Europe (numéro 3), il est aussi très bien sécurisé, cité en exemple après les attentats à l'aéroport de Bruxelles en mars. Ce qui n'a pas empêché les assaillants, au nombre encore indéterminé, d'attaquer le terminal international de l'aéroport.

La Turquie meurtrie, mais pas coulée ?

Le 9 avril, l'ambassade des Etats-Unis en Turquie avait  mis en garde ses ressortissants en Turquie en raison de "menaces sérieuses" d'attentats contre les touristes à Istanbul et dans la station balnéaire d'Antalya. La veille, Israël avait émis un message équivalent,  appelant ses citoyens à la plus grande prudence. Paris a aussi appelé plusieurs fois à la vigilance.

Devant la menace croissante et désormais incontrôlable, Ankara redouble d'efforts pour promouvoir le tourisme en Turquie, et attirer de nouveaux publics. Début juin, un vieil Airbus A300 a été coulé au large de Kusadasi, un complexe touristique de la mer Égée. "Notre but est de faire de Kusadasi un centre touristique consacré à la plongée", expliquait alors la maire d'Aydin, Ozlem Cercioglu. D'autres villes cherchent à promouvoir un tourisme halal afin d'attirer une nouvelle clientèle du Golfe, et ainsi pallier le manque de fréquentation des Européens ou des Russes.

Mercredi matin, quelques heures seulement après cette attaque, l'aéroport d'Istanbul a rouvert partiellement malgré des dégâts matériels extrêmement importants.

 Mais, à Istanbul, la place Taksim, d'ordinaire si fréquentée, s'est figée.

Ex 6ème destination touristique au monde

En mai, le Ministère du tourisme turc fait état d'une baisse de 34,67% du nombre de touristes étrangers par rapport à la même période en 2015. Entre janvier et mai 2016, les chiffres officiels notent une baisse de 22,93%.

CHIFFRES TOURISME

En 2015, la Turquie a attiré plus de 36 millions de touristes étrangers, faisant de cette destination l'une des populaires au monde après l'Italie, la Chine, l'Espagne, les Etats-Unis et la France.

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Commentaires
a écrit le 30/06/2016 à 15:42 :
Les Grecs sont contents et c'est tant mieux s'ils passent à la caisse pour rembouser leurs dettes. Poutine a réouvert les portes aux vacanciers désirant aller en Turquie, mais je ne pense pas que les Russes se bousculent au portillon, d'autant plus que la Crimée est for belle aussi :-)
a écrit le 30/06/2016 à 6:53 :
C'est sur que les plages de l'Adriatiques sont plus rassurantes que celles de Bodrum au demeurant fort belles, mais peut-etre, comment dire, angoissantes, dangereuses, le touriste moyen n'a pas envie de prendre le citron pendant ses vacances, non mais.
a écrit le 29/06/2016 à 17:59 :
Un touriste ce n'est pas un aventurier donc quand les médias n'arrêtent pas de nous parler de terrorisme non seulement ils alimentent le terrorisme mais en plus ils effraient le tourisme qui est une économie pourtant relativement saine.

Maintenant en ce qui concerne la Turquie certes ces attentats vont effrayer mais la radicalisation de Erdogan et ses propos belliqueux ne doivent pas aider non plus à faire de la publicité à ce pays.

"« L’homme qui se prend pour un sultan »" https://www.monde-diplomatique.fr/2016/07/DEMIRTAS/55962

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