La reprise économique risque d'être très inégale entre les Etats-Unis et l'Europe

 |  | 1401 mots
Lecture 7 min.
(Crédits : Reuters)
L'économie mondiale devrait accélérer de 5,3% en 2021 selon le Trésor. La reprise devrait être très inégale entre les Etats-Unis et l'Europe. Le fiasco de la campagne de vaccination sur le Vieux continent oblige les Etats à maintenir leurs mesures d'endiguement de la pandémie. Outre-Atlantique, les moteurs de l'économie sont dopés par l'immense plan de relance de Joe Biden et la vaste campagne de vaccination.

Le chemin de la reprise s'annonce périlleux. Plus d'un an après la propagation du virus sur l'ensemble de la planète, les compteurs de la pandémie s'affolent toujours autant. Avec plus de trois millions de morts sur tout le globe, cette maladie infectieuse continue de faire des ravages. La multiplication des variants et leur virulence repoussent sans cesse le début d'une reprise partagée par l'ensemble des continents. Après une année 2020 cataclysmique pour l'économie planétaire (-3,4%), les moteurs de la croissance repartent en ordre dispersé.

Dans une note dévoilée la semaine dernière, les économistes du Trésor tablent sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial de l'ordre de 5,3% en 2021 et 4,3% en 2022. Ce chiffre spectaculaire masque néanmoins de nombreuses difficultés à venir pour l'économie. D'abord, ce rebond impressionnant peut en partie s'expliquer par l'ampleur du recul de l'activité l'année dernière. Après une chute record depuis la Seconde guerre mondiale due en grande partie à des périodes de mise sous cloche de l'économie, il y a de fortes chances pour que la croissance rebondisse fortement. Ce phénomène de rebond technique a été particulièrement visible en France au cours du troisième trimestre 2020 (+18% de croissance de la richesse produite).

"Selon nos estimations, la récession aurait pu être trois fois plus grave s'il n'y avait pas eu autant de soutien budgétaire [...] les décideurs publics doivent continuer de gérer l'urgence sanitaire et l'appui budgétaire doit continuer" a rappelé l'économiste en cheffe du FMI, Gita Gopinath, lors d'un point presse ce mardi 6 avril.

> Lire aussi : La croissance mondiale boostée par les Etats-Unis, relancée par la vaccination

L'écart au sein des pays avancés se creuse

Les effets de la pandémie risquent de creuser l'écart entre les grandes puissances. Si la pandémie a des effets terribles sur la plupart des grandes puissances, de fortes différences apparaissent déjà. Aux Etats-Unis, la campagne de vaccination menée à grande vitesse devrait permettre de lever les mesures d'endiguement très rapidement à l'échelle du pays. A cela s'ajoutent le plan de relance spectaculaire de 1.900 milliards de dollars annoncé par le président démocrate Joe Biden et son programme de 3.000 milliards de dollars en faveur des infrastructures. L'actuel locataire de la Maison Blanche veut favoriser l'emploi américain et la transition énergétique en adoptant une politique économique basée sur une hausse de la fiscalité sur les plus hauts revenus et les sociétés mais aussi sur des mesures visant à booster la demande des ménages. Il peut également compter sur une politique monétaire ultra-accommodante de la FED.

Si certains milieux économiques redoutent une surchauffe de l'économie américaine, l'écart de production entre la période d'avant crise et aujourd'hui devrait laisser des marges de manœuvre à Joe Biden. Les économistes du Trésor tablent sur une croissance du PIB de 4,9% en 2021 et 3,7% en 2022 de l'autre côté de l'Atlantique. En outre, si les poussées inflationnistes ont pu inquiéter en début d'année, cela ne signifie en rien qu'une tendance de hausse des prix durable se dessine.

Selon Euler Hermes, "du fait d'importants effets de base, l'inflation devrait dépasser la cible fixée par les banques centrales aux USA (3,5%) et en UE (2%). Mais cette tendance ne devrait pas durer plus de quelques mois, tant le pouvoir de fixation des entreprises reste limité par deux facteurs : la demande des ménages n'a pas encore retrouvé un rythme dynamique, en témoignent l'excès d'épargne qui tarde à se libérer ; les capacités productives des entreprises ne sont pas utilisées à un taux maximal".

L'Europe dans l'impasse

En Europe, la situation est plus critique. Après une récession historique de 6,8% l'année dernière, l'activité devrait rebondir à 3,7% en 2021 et 4,1% en 2022 d'après les économistes de Bercy. Le prolongement de l'épidémie, la montée en puissance des variants dans les chaînes de contamination et le durcissement récent des mesures d'endiguement dans beaucoup de pays de la zone euro risquent de plomber la reprise au cours du premier semestre 2021. A cela s'ajoute un retour de la croissance en ordre dispersé.

"Le rythme de reprise des pays diffèrerait en raison de sensibilités particulières au choc de la covid-19 (orientation sectorielle, exposition aux échanges mondiaux...) et de facteurs structurels spécifiques (structure du marché du travail, croissance potentielle...) ainsi que de l'ampleur des plans de soutien et relance nationaux" notent les experts.

Plusieurs économistes redoutent les effets de long terme d'une pandémie encore difficile à mesurer à ce stade. En France, l'extension des mesures de confinement à l'ensemble du territoire et la fermeture des établissements scolaires et des crèches risquent d'amplifier ces effets. La période de transition au moment du débranchement des aides devrait être particulièrement délicate.

"Au moment de la levée des mesures de soutien, il est possible qu'il y ait des destructions importantes de capital productif et de capital humain. Pour l'instant, les mesures de soutien ont limité ces conséquences mais c'est au moment de leur levée que l'on va constater l'ampleur des faillites" a expliqué à La Tribune récemment, le directeur des études chez COE-Rexecode, Emmanuel Jessua.

Certains secteurs pourraient connaître des transformations structurelles très importantes.

"L'autre question est de savoir si les mesures sanitaires perdureront dans certains secteurs comme le transport ou le tourisme. Des mesures de jauge pourraient durablement subsister et peser sur les restaurants ou les commerces. Les entreprises concernées risquent alors d'avoir des surcoûts et des pertes durables de productivité" ajoute-t-il.

Dans une note de blog rendue publique le 31 mars dernier, les économistes du FMI rappelaient quelques enseignements des récessions précédentes. D'abord, ces épisodes de contraction entraînaient souvent des pertes de productivité assez importantes. "Les graves récessions du passé, en particulier les plus profondes, se sont caractérisées par des pertes de production persistantes dues à une baisse de la productivité." Cette crise sanitaire pourrait également renforcer les risques de domination de multinationales dans certains secteurs. Les grandes entreprises du numérique pourraient sortir grandes gagnantes de cette période troublée. "Un autre risque à craindre est celui de l'augmentation, sous l'effet de la pandémie, du pouvoir de marché des entreprises dominantes, dont la position se renforce à mesure que leurs concurrents disparaissent."

Des pertes plus élevées dans les pays à bas revenus

S'agissant des répercussions à moyen terme, les économistes de l'institution basée à Washington s'attendent à des pertes de production plus importantes dans les pays en développement contrairement à la crise financière de 2008.

"Cette divergence entre les pays résulte de la diversité des structures économiques et de l'ampleur des mesures prises par les pays sur le plan budgétaire. En raison du mode de transmission du virus, les pays qui dépendent davantage du tourisme ou comptent particulièrement sur les secteurs où les contacts sont fréquents, comme les îles du Pacifique et des Caraïbes, devraient subir des pertes plus persistantes [...] Bon nombre de ces pays disposent également d'une marge de manœuvre et d'une capacité plus limitées pour prendre des mesures sanitaires de grande envergure ou préserver les moyens de subsistance" précisent les chercheurs.

Vers un autre régime de croissance ?

Cette pandémie risque enfin d'avoir des répercussions majeures sur le rythme de croissance. Les épisodes de récession affectent généralement la croissance durant des années après l'apparition du choc.

"Après chaque récession, la croissance a été durablement plus faible, avec une perte de l'ordre de 0,6 point. On peut se dire que le même phénomène pourrait se reproduire, mais probablement pas avec la même ampleur, en raison du caractère exogène à l'économie de la crise sanitaire et des mesures massives de soutien budgétaires et monétaires. Nous estimons que la croissance potentielle annuelle pourrait être durablement réduite de l'ordre de 0,3 point en sortie de crise" indique Emmanuel Jessua.

Le réchauffement climatique et la pression exercés sur les modèles économiques les plus polluants pourraient encore accélérer cette transition vers un autre régime de croissance plus soutenable pour la planète.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/04/2021 à 16:16 :
logique, il y a des investisseurs (us) et des rentiers (l'europe)!

du coup même si en europe ils mettrons de l'argent, tout le monde a compris que l'économie et les opportunités seront pour les potos en europe, alors finalement la différence a toujours été, tant au niveau d'un projet commun, que de la capacité d'inertie que nous avons constater avec les vaccins !

Les vaccins donnent une idée de ce qui va se passer....
a écrit le 07/04/2021 à 13:58 :
En tout cas dans le métier du bois, bucheronnage débardage, ça coupe ça coupe grâve,les Américains achètent à tour de bras, et ceux qui possèdent des bois ou des peupleraies encaissent.
La reprise est la, et dans le métier de bûcheron assez peu de covid, pas de bus, pas de rer, ni de restaurants d'usine.
a écrit le 07/04/2021 à 9:35 :
Bienvenu en UERSS, empire prévu pour durer mille ans mais ce serait étonnant.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :