Dans la course à la reprise, des États commencent à prendre la tête

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La confiance des consommateurs américains s'est nettement améliorée en mars atteignant son plus haut niveau en un an, selon l'indice du Conference Board.
La confiance des consommateurs américains s'est nettement améliorée en mars atteignant son plus haut niveau en un an, selon l'indice du Conference Board. (Crédits : Tom Brenner)
La croissance sera bien de retour en 2021 mais, désormais corrélée en grande partie aux campagnes de vaccination réussie - ou non -, elle n'apportera pas les mêmes bénéfices à tous. Pour le FMI, seul « un petit groupe de pays » dépasseront leurs niveaux d'avant-crise d'ici la fin de l'année. Dès lors, la France avec l'Europe risquent de se faire distancer dans l'après-Covid.

Tandis que l'Europe est encore sous cloche avec les confinements, le bout du tunnel de la crise Covid-19 est en train de se dessiner sur le plan macroéconomique. Revue à la hausse, à 5,5% en 2021, la croissance mondiale va en effet s'accélérer, anticipe le FMI. De même, le commerce retrouve des couleurs plus vite que prévu : en volume, les échanges devraient augmenter de 8% en 2021, selon l'OMC, - alors qu'elle tablait sur un rebond de 7,2%. Mais alors que la vaccination tarde dans certains pays (voir le dossier « la course aux vaccins »), cette embellie est loin de se produire au même rythme partout dans le monde. L'institution de Washington note qu'elle est essentiellement tirée par les Etats-Unis et la Chine, entrainant les risques d'une reprise désynchronisée entre les pays. Autrement dit, seul « un petit groupe de pays » dépasseront leurs niveaux d'avant crise d'ici la fin de cette année, souligne-t-elle.

Cette reprise inégale de la croissance commence à se voir dans les chiffres. Le FMI explique sa révision à la hausse « en partie en raison du soutien politique supplémentaire » dont le plan - au final de 2.000 milliards de dollars (et de 16.000 milliards de dollars au niveau mondial) - du président américain Joe Biden. Sans cette aide synchronisée, la contraction du PIB mondial enregistrée en 2020 (-3,5%) aurait été « trois fois plus importante », a également noté le FMI.

De manière plus visible, croissance et vaccination deviennent inextricablement liées. Dans ses calculs, le Fonds projette les effets attendus des campagnes de vaccination dans de « nombreuses » économies avancées.

La confiance repart aux États-Unis

A commencer par les États-Unis, - avec une part de la population ayant reçu au moins une dose, à date, à 29% (données Our World in Data) -, où les premiers signes de la reprise sont déjà là. De même, le nombre de créations d'emplois dans le secteur privé aux Etats-Unis a bondi en mars, à 517.000 créations contre 176.000 en février, selon l'enquête mensuelle de la firme de services aux entreprises ADP publiée mercredi.

En 2021, la croissance américaine devrait atteindre 4,2% selon la Fed, et même 5,5% selon certains économistes. De même, la confiance des consommateurs américains s'est nettement améliorée en mars atteignant son plus haut niveau en un an, selon l'indice du Conference Board.

Le FMI balaye aussi les inquiétudes sur une inflation potentiellement incontrôlée aux Etats-Unis en raison des plans de relance massifs, estimant que l'inflation devrait être de l'ordre de 2,25% en 2022. « Pas de quoi être inquiet », avance le Fonds.

Si le grand voisin américain se porte bien, le ciel s'éclaircira donc aussi au Canada (avec 12% de la population vaccinée), où la prévision de croissance a été majorée d'un point, par rapport aux prévisions de septembre 2020, et ce, pour les deux prochaines années. Le PIB doit atteindre 5,6% en 2021 et 3,7% en 2022, selon le directeur parlementaire du budget (DPB), un responsable canadien indépendant cité par l'AFP.

Lire aussi : L'OCDE table sur une croissance du PIB mondial de 5,6% en 2021

La Grande-Bretagne va bientôt atteindre les 50% de la population vaccinée

Autre pays leader sur les campagnes de vaccination, la Grande-Bretagne (avec 46% de la population vaccinée à date). Là aussi, le retour de l'activité et des échanges donnent de meilleurs perspectives. Malgré le Brexit et le confinement de novembre, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 1,3% sur les trois mois d'octobre à décembre 2020, contre une première estimation et un consensus de 1%, selon les données publiées mercredi par l'Office national de la statistique.

Pour 2021, le cabinet EY Item Club prévoit outre-Manche un rebond de 5% du PIB. L'indice PMI « flash » du cabinet Markit avait, lui, témoigné la semaine dernière d'un fort rebond de l'activité du secteur privé en mars.

L'accélération chinoise

En Chine, où les données disponibles font état de seulement 8 personnes vaccinées sur 100, le rapport vaccination-reprise économique est plus contrasté. L'Empire du Milieu vise une croissance modeste de 6% en 2021. L'activité manufacturière y a connu en mars son rythme de croissance le plus rapide depuis trois mois, selon des chiffres officiels publiés mercredi, après un relatif passage à vide de la seconde économie mondiale.

L'indice officiel des directeurs d'achats (PMI) pour le mois de mars s'est établi à 51,9 points contre 50,6 le mois précédent, a annoncé le Bureau national des statistiques (BNS).

Lire aussi : La Banque de France table sur une croissance de 5,5% en 2021

Deux mois de retard qui peuvent coûter cher

Quid de l'Europe qui a dû se résoudre à un mécanisme de blocage des exportations de vaccins pour assurer ses stocks ? A la traîne comparée à celle des Etats-Unis, la croissance devrait toutefois être « solide » au second semestre, a assuré le FMI. Mais pas de quoi basculer dans la confiance. Car dans le classement des campagnes de vaccination, un bon nombre d'Etats membres, et particulièrement la France, sont à la traîne sur la protection de leur population.

De son côté, la banque ING anticipe autour de 3% de croissance pour la zone euro en 2021, soit plus d'un demi-point de moins par rapport à début mars. Elle estime que « l'essentiel de la reprise » aura lieu à partir du troisième trimestre, soit un peu plus tard que prévu.

L'Europe ne peut se permettre de traîner alors que « depuis vingt ans, l'écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro s'est accru », le PIB américain affichant un taux de croissance de 20% supérieur à celui de la zone euro en cumul sur la période 1999-2019, a aussi rappelé François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France.

Enfin, dans cette course aux champions de la reprise, il pourrait y avoir « plus de pression » sur les marchés émergents « vulnérables » avec des capacités budgétaires limitées. Ces pays sont aussi ceux ayant un accès restreint aux vaccins tout en étant exposés à un risque « élevé » de surendettement, conclut le FMI.

(Avec AFP et Reuters)

Lire aussi : Un an de crise : l'épargne des Français à la rescousse de la croissance ?

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Commentaires
a écrit le 03/04/2021 à 8:26 :
oui, les etats unis font des plans de relance avec des dettes a hauteur de 25% du pib, alors ils vont passer devant
apres, il faudra rembourser
soit les impots vont pleuvoir et on en reparle, soit les saoudiens vont etre mis a contribution, en plus du consommateur americain ( au passage il semblerait que la part du dollar dans les reserves n'ait jamais ete aussi bas)
et si les etats unis perdent le privilege du dollar, ils sont morts ( vu qu'ils se retrouveront dans une situation ' a la francaise', mais sans allemagne pour solidifier un peu la confiance)
a écrit le 02/04/2021 à 11:12 :
On rappelle que dans le cadre de l'adoucissement de notre effondrement il est nécessaire de réorienter les activités "économiques" et non d'amplifier nos erreurs passées.
a écrit le 02/04/2021 à 10:27 :
Sachant que les états unis ont une consomation interne gigantesque rempli d'américains pro-Amérique, tandis que l'économie chinoise elle se repose essentiellement sur le commerce international qui du coup se retrouve en mauvais état. Et si leur niveau de production ne faiblit pas c'est bel et bien parce qu'ils n'ont que ça, ils se sont fait piéger par le dumping social qui a fait leur succés.

Heureusement que de nombreux consommateurs continueront à consommer leurs produits, même si un peu obligés, leur permettant de tenir la tête hors de l'eau mais il n'y a pas photo pour voir dès à présent quel sera, encore et toujours, le grand vainqueur de cette crise sachant qu'en plus les GAFAM sont tous américains et que le bitcoin qui monte, qui monte, qui monte, l'est également.

La Chine a plus de 300% de dettes ne pas l'oublier, sa marge de manoeuvre reste limitée.

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