De Gaulle par-delà la légende
Aurélie Marcireau
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Jean-Luc Barré lors du salon Livr’à Vannes, le 11 juin.
latribune.fr
Aurélie Marcireau
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Jean-Luc Barré lors du salon Livr’à Vannes, le 11 juin.
latribune.fr
Un livre contre la légende. » C'est ainsi que l'écrivain Jean-Luc Barré définit l'admirable premier volume de sa biographie de Charles de Gaulle, qui en comptera trois. Parce que les légendes gaullistes et gaulliennes écrasent tout - la vérité de la pensée, de l'action et même du personnage, enfermé dans un mausolée par la postérité -, l'historien propose « un retour aux sources ». Et des sources, lui qui travaille sur les écrits du Général depuis si longtemps en exhume d'inédites. L'amiral de Gaulle lui a en effet donné accès à des milliers de documents, notes, lettres, rapports, autant de « pièces justificatives » chères au Général.
Barré s'en nourrit pour nous raconter comment, très tôt, de Gaulle crée de Gaulle. Il est loin d'avoir attendu les circonstances pour avoir une vision. Collégien, il rédige Campagne de France, un récit dans lequel il imagine... un général de Gaulle sauvant la France face à l'Allemagne. « Élevé dans le culte des héros, il vient d'inventer le sien, qui n'est autre que lui-même », écrit Jean-Luc Barré.
À lire également
Ce héros n'est ni antieuropéen, ni pro-empire, ni antirépublicain. L'historien dévoile par exemple une note de 1941 dans laquelle déjà l'exilé conçoit les institutions de la Ve République. Il prouve que, dès les années 1930, le militaire pressentait les demandes d'émancipation à venir des colonies. Et il révèle un homme qui aimait les femmes. Ainsi cette liaison amoureuse avec une princesse polonaise qu'il aurait peut-être pu épouser s'il avait été plus fortuné. Le même dispute au maréchal Pétain une de ses conquêtes, sans succès. Le plus cocasse, c'est que de Gaulle s'en amusait : « Elle a dû me regretter. Car Pétain était le spécialiste de la guerre de position et moi de la guerre de mouvement... » Sic. Le grand homme n'aimait donc pas que la France !
Aurélie Marcireau