Mobilizatsya - la mobilisation. Deux ans après le début de l'invasion russe, le mot hante les conversations dans un pays saisi par le doute. Sur le front, dans les tranchées de la « ligne zéro », des fantassins épuisés attendent des renforts. Une relève ou une rotation. La démobilisation pour les plus anciens ou, à défaut, une affectation dans un poste moins exposé.
Ces derniers jours, les témoignages de soldats sur le retrait tardif et chaotique de la ville d'Avdiïvka n'ont fait que confirmer l'évidence : les militaires ukrainiens continuent à se battre, mais ils sont sur la défensive sur toute la longueur du front. Le dos au mur, l'armée ne manque pas seulement de munitions et de systèmes de défense aérienne, elle doit récupérer et regarnir ses rangs. Dans cette guerre d'attrition, les pertes sont lourdes : selon les évaluations de Washington, environ 200 000 soldats ukrainiens blessés et tués (contre plus de 300 000 hommes pour la Russie). Ce bilan humain n'est pas soutenable pour un pays de 44 millions d'habitants (contre 145 millions pour la Russie) avec, de surcroît, une population civile exposée.
Après l'adoption en première lecture, début février, d'un projet de loi censé fixer de nouvelles règles pour l'enrôlement, le Parlement doit voter prochainement un texte amendé. L'âge minimum pour la conscription passerait de 27 à 25 ans. Des sanctions plus sévères seraient imposées aux réfractaires. Une nouvelle base de données offrirait à l'armée une connaissance plus fine de son réservoir de ressources humaines pour permettre un recrutement davantage transparent et efficace. Mais le flou reste entier sur la durée de service, actuellement illimitée, un point socialement très sensible, souligné par les mères et les épouses de militaires qui manifestent chaque semaine dans les grandes villes pour demander le retour de leurs proches. En attendant, la conscription continue de se faire à l'ancienne, selon les bonnes vieilles méthodes soviétiques. Ces derniers mois, faute de volontaires, les agents des centres de recrutement ciblent les plus vulnérables, ceux qui ne peuvent pas se payer un avocat ou s'acheter un certificat médical pour se faire exempter. Arrêtés sur des barrages routiers ou dans les centres commerciaux, les restaurants et les salles de sport. « Ce système est une loterie, fustige Oleh, 46 ans, ingénieur en microélectronique et officier de réserve dans la défense aérienne. Ceux qui sont enrôlés de force font rarement de bons soldats. Les officiers se plaignent de voir arriver des hommes âgés de 45 ou 47 ans, en mauvaise forme physique. Personne n'a envie d'aller combattre avec une pelle, sans équipements, ni armes, ni munitions. »