Les Karmitz, une histoire de la gauche française
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Le patriarche, à Paris, le 12 octobre.
ⓒ Cyrille George Jerusalmi
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Le patriarche, à Paris, le 12 octobre.
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La nuit est tombée sur Saint-Germain-des-Prés, Marin Karmitz a 25 ans, il cherche Marguerite Duras. Un bistrot reste ouvert, proche des Éditions de Minuit ; le jeune homme entre, la romancière est là. « Je picolais très largement autant qu'elle à l'époque, souligne Karmitz. Je lui ai fait ma proposition, elle a accepté. » L'apprenti cinéaste, assistant d'Agnès Varda et de Jean-Luc Godard, a reçu une commande, réaliser un documentaire sur les ravages de l'alcoolisme. Mais ce qu'il a vu dans les hôpitaux psychiatriques l'a horrifié. Il refuse de montrer des êtres dans un tel état de délabrement. Déjà, il combat « ce voyeurisme esthétique de la souffrance ». Passionné par le Nouveau Roman, il comprend que l'écriture est la solution. Le doc devient une fiction et Duras sa scénariste. Le court-métrage s'intitule Nuit noire, Calcutta. Voilà Karmitz : audace et combativité, exigence et obstination. La première fois que nous le rencontrons, silhouette trapue, regard perçant, 85 ans, il tient sous le bras un journal. Et il s'énerve. En une, une photo de cadavres, des corps de civils criblés de balles sur un trottoir. Nous sommes le 9 octobre, Israël vient d'être attaqué par les terroristes du Hamas. « Cette photo n'aurait pas dû être publiée. On ne sait pas qui sont ces gens, on ne peut pas s'intéresser à eux. C'est le spectacle de la mort et c'est insupportable. On tue la réalité ainsi, on fait de nous des amateurs de crimes. Il faut se méfier de l'image. »
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