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ÉconomiePrésidentielle 2017

Marine Le Pen prépare son entrée en campagne

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot

Publié le 04 janvier 2017 à 15:13 - Mis à jour le 04 janvier 2017 à 16:39

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Plutôt discrète médiatiquement en 2016, Marine Le Pen va lancer sa campagne dans quelques semaines. Ses propositions en économie, notamment, sont très attendues.

Marine Le Pen se lance dans le grand bain médiatique de la campagne présidentielle. Lors de ses vœux à la presse ce mercredi 4 janvier, face à un parterre de journalistes venus très nombreux, la candidate d'extrême droite a démarré une période de présence intense dans les médias, après une année 2016 où elle a beaucoup laissé ses lieutenants, Florian Philippot en tête, s'exprimer pour elle. Son début de campagne officiel est pourtant prévu pour début février, moment où elle devrait livrer son projet détaillé. Mais les conflits, sur l'IVG notamment, entre Florian Philippot et la députée frontiste Marion-Maréchal Le Pen, ont certainement accéléré la reprise en main médiatique de la présidente du Front national, qui est en parallèle en train de finaliser son programme.

En 2016, elle a réuni plusieurs commissions et collectifs thématiques sur des sujets comme la santé, l'école, l'environnement, l'énergie ou l'innovation. Savamment conseillée par un comité « d'élites » de la nation (hauts fonctionnaires, chefs d'entreprises, énarques, avocats, magistrats, anciens membres de cabinets ministériels, etc.) nommé Horaces - une catégorie pourtant régulièrement ciblée par les discours populistes de la candidate d'extrême droite - Marine Le Pen tente de se construire une armure solide, anticipant les attaques de ses concurrents. « Nous sommes prêts, résolus, organisés », a-t-elle indiqué ce mercredi lors de ses voeux.

Des propositions économiques cohérentes ?

Sur le terrain de l'économie notamment, ses propositions seront scrutées. Car les incohérences sont potentiellement nombreuses. Hormis sur certains sujets, elle a jusqu'ici entretenu le flou sur son projet, afin notamment de ne pas laisser s'étriper ses lieutenants qui sont sur des lignes politiques bien différentes en matière d'économie : les élus frontistes, principalement du sud-est, dont Marion-Maréchal Le Pen, sont plus prompts à mettre en œuvre un programme économique libéral, alors que les élus du quart nord-est du pays, Florian Philippot en tête, sont les tenants d'un ordre plus social. Une dernière ligne que Marine Le Pen assume désormais devant les journalistes. À Causeur cette semaine, elle déclarait : « Il y a toujours eu des sensibilités distinctes au sein du Front national, à commencer par la mienne, plus sociale, qui cohabitait déjà avec une tendance plus libérale. On m'appelait la "gauchiste du FN" ! »

Reste que sa sensibilité « plus sociale » s'est toujours intégrée dans un cadre de « préférence nationale », rebaptisé récemment « priorité nationale » par le parti. Ainsi, c'est la voie du « patriotisme économique » qui est empruntée par la présidente du FN. Et c'est en premier lieu l'Europe qu'elle vise. De ce que l'on sait pour l'instant, Marine Le Pen compte s'appuyer sur le référendum pour les questions relatives à la sortie de l'Union européenne et de la zone euro. Elle avait notamment déclaré au moment du Brexit  : « Victoire de la liberté ! Comme je le demande depuis des années, il faut maintenant le même référendum en France et dans les pays de l'UE ».

Vers une monnaie commune

Concernant une éventuelle sortie de l'euro, elle a précisé récemment dans un entretien au numéro de la revue bimestrielle « Foreign Affairs » qu'elle était pour une « sortie concertée » de la zone euro, avec un « retour au phénomène du serpent monétaire européen, qui permet à chaque pays, de pouvoir, dans un espace délimité, adapter la monnaie à son économie ». Le FN propose une concertation « dans la douceur » pour une transition d'une « monnaie unique » vers « une monnaie commune ». Car pour Marine Le Pen, la monnaie unique « est totalement inadaptée à nos économies et cette monnaie est une des raisons de la situation de chômage que vivent les pays de l'Union européenne. Alors, soit on arrive par la négociation, soit nous ferons un référendum comme la Grande-Bretagne, et on décidera de reprendre la maîtrise de notre monnaie », indique-t-elle.

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D'autres grandes lignes du programme économique du FN sont connues, comme la lutte contre la fraude fiscale, la régulation des activités bancaires, l'instauration de droits de douane pour les produits importés, la hausse des bas salaires, et la défense d'un État stratège. À l'inverse, une sévère baisse des dépenses publiques est aussi évoquée par le FN, qui souhaite à moyen terme qu'elles ne représentent plus que 50% du PIB (contre 57,5% aujourd'hui), exactement comme l'avaient proposée les candidats à la primaire de la droite... Sauf que le Front national justifie la baisse des dépenses publiques par l'arrêt quasi-complet de l'immigration.

L'ordre face au désordre

De quoi satisfaire des électeurs qui estiment que la question identitaire - la « priorité nationale » - prime sur le reste. Car les contradictions des propositions du FN vis-à-vis de son corps électoral sont multiples. Celui-ci n'est en effet pas uniquement constitué des « perdants de la mondialisation » qui subissent notamment les errements de la gouvernance européenne et peuvent être séduits par le discours du néo-FN. Le bastion électoral plus historique du parti d'extrême droite dans le sud-est, notamment constitué d'une part plus importante de CSP+ et de retraités, n'a pas les mêmes aspirations. Cette zone est bien moins touchée par le chômage que l'autre bastion du FN, le grand quart nord-est de la France, où les ouvriers prennent une part prépondérante dans le vote frontiste.

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Économiquement, les besoins de ces populations sont donc bien différents. Et sur des questions comme la flexibilité de l'emploi, la taxation des hauts revenus, voire la sortie de l'euro, ils s'opposent parfois. Certes, beaucoup avancent que de ces contradictions, l'électorat du FN n'en a cure, du moment que la thèse identitaire est érigée en priorité. Mais c'est aussi parce que la classe politique dans son ensemble propose très peu d'alternatives aux électeurs déçus par l'action des différents partis qui ont gouverné. Marine Le Pen n'hésite d'ailleurs pas à appuyer sur ce marasme politique actuel : « Face à ce désordre, il y a de mon côté une campagne ordonnée, en ordre, pour remettre la France en ordre ! », a-t-elle invectivé. Un ton qui rappelle à ses collègues frontistes que Marine Le Pen n'est peut-être pas si « gauchiste » que cela...

Mathias Thépot

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