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ÉconomieUnion européenne

Angela Merkel autorise des poursuites contre un humoriste

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 15 avril 2016 à 14:37 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:01

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La chancelière a accepté la plainte de la Turquie contre un humoriste qui avait récité un poème violemment hostile au président turc. La décision fait polémique outre-Rhin.

Angela Merkel ne veut pas se fâcher avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan. Ce vendredi 15 avril, la chancelière a annoncé qu'elle autorisait les poursuites contre un comique de télévision, Jan Böhmermann, qui avait lu à l'antenne début avril un poème satirique contre le chef de l'Etat turc qui le dépeignait en zoophile et en pédophile pour réagir aux protestations du pouvoir turc contre une autre chanson qui l'attaquait, diffusée précédemment. Ce poème était un exemple de "ce qu'il ne fallait pas faire", non une critique directe. Ankara avait alors réclamé des poursuites contre le présentateur au titre de l'article 103 du code pénal allemand qui punit d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison toute insulte contre un représentant d'un gouvernement étranger. Parallèlement, Recep Tayyip Erdoğan a déposé plainte à titre personnel pour diffamation.

Sauvegarder l'Etat de droit ?

La question était donc de savoir si le gouvernement fédéral transmettait à la justice la plainte officielle de la Turquie au titre de l'article 103. Angela Merkel s'y est résolu, jugeant que cette démarche était conforme à un Etat de droit : « la justice et le procureur auront le dernier mot », a-t-elle indiqué. La chancelière a pris soin de préciser que cette décision ne signifiait pas qu'elle considérait Jan Böhmermann - qui a annulé ses prochaines émissions - comme « coupable ».

Division dans la grande coalition

Visiblement gênée, Angela Merkel a cependant indiqué qu'elle jugeait « que l'on peut se passer de l'article 103 » et a annoncé sa suppression d'ici à 2018. Mais c'est une position étrange qui reporte le problème à plus tard et au prochain gouvernement issu des élections de 2017. Il est vrai que l'affaire a provoqué des remous dans la « grande coalition » avec les Sociaux-démocrates. Ces derniers étaient pour une opposer à Ankara une fin de non-recevoir. Le chef du groupe SPD au Bundestag, Thomas Oppermann a pris soin de préciser que la décision de la chancelière a été prise « contre l'avis des ministres sociaux-démocrates. »

Les enjeux d'une polémique

L'affaire occupe toute l'Allemagne depuis une semaine. Il y va, en réalité, bien plus que du seul cas Böhmermann. On sait qu'Angela Merkel cherche depuis novembre la coopération de la Turquie pour contenir le flux de réfugiés vers l'Allemagne. La chancelière a déjà fait beaucoup de concessions à Ankara : un chèque de 6 milliards d'euros et une relance du processus d'adhésion à l'UE, notamment. Elle sait que la Turquie tient la clé de la crise migratoire. Elle doit donc la ménager. La question est de savoir jusqu'où elle peut aller. En Allemagne, la crainte est que le régime turc devienne intouchable pour des raisons de Realpolitik, même au prix d'entorses à la liberté d'expression. A l'inverse, le président turc pourrait utiliser le cas Böhmermann pour prouver sa capacité à faire plier l'Allemagne et obtenir gain de cause devant les tribunaux.

Malgré ses précautions oratoires et son appel à l'Etat de droit, Angela Merkel risque de donner l'impression de vouloir contenir la colère de Recep Tayyip Erdoğan en lui donnant des gages. En tout cas, un tribunal a interdit la lecture d'extraits de ce texte lors d'une manifestation devant l'ambassade de Turquie à Berlin.

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Risques politiques pour la chancelière

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Pour la chancelière, cette affaire tombe très mal. La SPD est en effet au plus bas dans les sondages et cherche à se différencier de la CDU, le parti d'Angela Merkel. Parallèlement, alors que le flux de réfugiés commence à se tarir, l'opposition de droite extrême Alternative für Deutschland (AfD) cherche à maintenir le mécontentement contre la chancelière. Au sein même de la CDU, les critiques contre la BCE sont désormais très vives. Cette affaire pourrait être une occasion pour toutes les forces d'opposition de pointer les défaillances de la stratégie de la chancelière et sa dépendance vis-à-vis d'Ankara. L'affaire pourrait donc prendre un tour politique désagréable pour Angela Merkel.

Romaric Godin

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