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ÉconomieUnion européenne

Angela Merkel prouve encore son habileté politique

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 15 décembre 2015 à 10:07 - Mis à jour le 15 décembre 2015 à 10:32

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

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La chancelière a obtenu neuf minutes d'applaudissements après son discours sur les réfugiés lors du congrès de la CDU à Karlsruhe. Un succès politique. Mais les solutions concrètes restent à construire.

Neuf minutes de standing ovation. Angela Merkel a, une fois encore, montré sa très grande habileté politique en emportant, par son discours de ce lundi 14 décembre, l'enthousiasme de l'intégralité des délégués au congrès de la CDU. Ce congrès était pourtant un des plus importants pour elle depuis des années. Ce n'était pas une simple formalité, comme les précédents depuis 2005. La chancelière devait faire face à une certaine grogne interne sur la question des réfugiés et sur le recul des Conservateurs dans les sondages au bénéfice du parti xénophobe et eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD).

Incontournable

Dans son discours, Angela Merkel en a appelé aux mânes des grands de la CDU : Konrad Adenauer, le fondateur de la RFA, Ludwig Erhard, le père du « miracle économique allemand » et Helmut Kohl, son mentor et artisan de la réunification. Une façon de se placer habilement dans la continuité de ces trois grands, mais aussi à égalité avec eux. Une façon habile de placer les délégués face à leur responsabilité : quelle est l'alternative sérieuse à Angela Merkel au sein du parti ? La réponse est évidente : il n'en existe pas, quel que soit le mécontentement.

Convaincre les centristes

Angela Merkel a réussi ce lundi 14 décembre à retrouver ce qu'elle avait, durant cet automne, un temps perdu : sa capacité à faire le lien entre les tendances centristes, libérales et conservatrices de la CDU pour occuper un terrain politique que ses adversaires ne peuvent occuper. Pour les deux premiers, la chancelière a affirmé son refus des quotas de réfugiés. Pour satisfaire les centristes, elle a insisté sur le caractère humaniste de l'accueil de ces derniers : « ce ne sont pas des masse de gens qui arrivent, a-t-elle souligné, ce sont des personnes individuelles. » Elle a mis en avant « l'impératif moral » de l'accueil des réfugiés. Pour les Libéraux, elle a assuré que l'arrivée des réfugiés sera, « si nous le faisons correctement, bien plus avantageux que risqué. »

Convaincre les conservateurs

Mais, et c'est là toute son habileté, Angela Merkel n'a pas oublié l'aile conservatrice de son parti. Dimanche, elle avait soutenu une motion de cette dernière appelant à réduire le nombre de réfugiés arrivant en Allemagne et mettant en garde contre « le dépassement du pays » devant ces arrivées. Elle l'a réaffirmé sans ambages dans son discours : « Une poursuite des entrées de réfugiés au rythme actuel mettrait en difficulté l'Etat et la société, y compris dans un pays comme l'Allemagne. » Bref, la position officielle du parti est donc celle de la réduction - non chiffrée - des entrées de réfugiés.

L'identité de la CDU en avant

Evidemment, comme toujours avec Angela Merkel, les détails et la question du « comment » ont été repoussés à plus tard avec quelques éléments de généralités : un meilleur contrôle des frontières de l'UE ou une répartition des réfugiés en Europe. L'heure n'était pas aux détails, mais au lyrisme. Et là encore, Angela Merkel a frappé un grand coup en insistant sur l'identité chrétienne de la CDU (acronyme de l'union chrétienne-démocrate) qui oblige à l'accueil et à l'ouverture. La chancelière a terminé en faisant de cette identité celle de l'Allemagne. La manœuvre est des plus subtils : la droite du parti ne pouvait qu'applaudir au rappel de l'identité chrétienne de la CDU et de l'Allemagne, le centre à celui de l'humanisme et de l'ouverture. La chancelière a promis moins de réfugiés, tout en assurant qu'elle voulait un pays plus ouvert aux réfugiés. Tout le monde devait donc être content. Et d'applaudir debout pendant neuf minutes.

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Démonstration de force en interne

Il convient cependant de ne pas trop surinterpréter ce congrès de Karlsruhe. Les délégués présents sont les représentants des militants, mais ce ne sont pas les militants. Et encore moins les électeurs. Ce sont les fonctionnaires d'un parti que la chancelière tient d'une main de fer depuis quinze ans. Il n'y avait guère qu'une trentaine de délégués favorables aux quotas sur les 1.000 présents. Face aux attaques d'AfD et de la CSU bavaroise, la CDU a logiquement serré les rangs derrière sa « patronne » qui, comme on l'a dit, ne connaît guère d'opposant crédible. Wolfgang Schäuble peut bien montrer de la mauvaise humeur, nul ne prendrait une opposition ouverte avec la chancelière au sérieux. Bref, ces applaudissements doivent aussi être compris comme un message politique aux Allemands : Angela Merkel a le soutien de la CDU. Elle est donc encore là pour rester.

Quelle « solution européenne » ?

Reste que ce triomphe ne doit pas dissimuler les tâches qui attendent la chancelière. Des tâches pour lesquelles l'habileté politique ne suffira pas. Cette habileté pourrait même être un obstacle. Car la chancelière va devoir maintenant passer aux actes. Autrement dit, se montrer à la fois capable d'intégrer avec toute l'humanité nécessaire les réfugiés tout en parvenant à réduire drastiquement le flux de leurs arrivées. Ce ne sera pas aisé, car l'immense majorité des réfugiés ont désormais pour destination l'Allemagne. Leur répartition en Europe n'est donc pas forcément de leur goût. Comment les contraindre « humainement » à quitter la République fédérale ou à ne pas d'y rendre ? Déjà, le gouvernement fédéral a pris des mesures comme la fin du regroupement familial pour les Syriens et a facilité les expulsions lorsque les demandes d'asile étaient refusées. Très vite, la chancelière va devoir juger jusqu'où elle devra aller dans les mesures pour décourager les réfugiés à choisir l'Allemagne.

D'autant que la « solution européenne » pourrait ressembler rapidement à un leurre puisque plusieurs pays refusent ce système de répartition, notamment en Europe centrale et à l'est. La Pologne refuse d'accueillir des réfugiés, la Slovaquie a porté plainte contre la répartition. Comment Angela Merkel pourra concrètement contraindre ces pays à aider l'Allemagne ? Et pourquoi les autres pays accepteraient ce que certains se permettent de refuser ? Bref, cette solution européenne sera fort épineuse.

Contrôler le flux « à la source »

Mais il y a encore plus complexe : le contrôle « à la source » des flux de migrants. Cette source, Angela Merkel ne l'entend pas en Syrie même où son pays est assez peu actif sur le plan diplomatique comme militaire, mais en Turquie et en Grèce. Le vrai cœur de sa stratégie est de stopper les migrants à la frontière entre la Grèce et l'ancienne république yougoslave de Macédoine (ARYM) pour qu'ils ne parviennent pas ensuite aux frontières autrichiennes et allemandes. Pour cela, elle dispose de deux leviers : transmettre le contrôle des frontières grecques aux Européens et séduire les Turcs pour qu'ils maîtrisent davantage les sorties de leur territoire.

La Grèce débordée ?

Mais là aussi, la question est épineuse. La pression sur la Grèce a été considérable et, compte tenu de la situation dans ce pays, Athènes devrait rapidement céder aux exigences de Bruxelles qui prévoit un contrôle « européen » des frontières de Schengen. Mais comment la Grèce pourra-t-elle supporter d'être la destination de migrants qui voudront partir en attendant une hypothétique répartition européenne des réfugiés ? Angela Merkel propose en réalité ni plus ni moins, cinq mois après avoir imposé un nouveau mémorandum à la Grèce que de reporter ce « débordement » qu'elle craint officiellement en Allemagne à la Grèce...

La Turquie, une solution ?

Quant à la Turquie, Angela Merkel et les Européens sont à présent à la merci du gouvernement d'Ankara qui peut aisément faire pression par le flux de réfugiés pour obtenir des fonds, une adhésion plus rapide à l'UE et un règlement favorable de la question chypriote. Angela Merkel est, face au président Recep Tayyip Erdoğan, dans une position de faiblesse absolue. Le tout, alors que ce dernier réduit au silence militants des droits de l'homme et journalistes dans son pays et mène une guerre ouverte contre le PKK au Kurdistan. L'humanisme de la CDU ne semble cependant pas s'arrêter à ces détails.

Gagner du temps

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La position d'Angela Merkel reste donc, après ces neuf minutes d'applaudissements, la même. Politiquement, elle a renforcé sa mainmise sur la CDU, mais elle demeure fragilisée dans l'opinion. Lundi, un sondage INSA ne donnait plus que 35 % des intentions de vote à la CDU et à la CSU, contre 43 % le 3 août. Parallèlement, AfD demeure à 10 %. C'est certes encore suffisant pour ne pas remettre en cause l'adhésion de la CDU à Angela Merkel, mais la chancelière sait qu'elle ne doit plus commettre d'erreurs. Or, elle n'a guère de leviers efficaces à sa disposition pour régler cette question épineuse des réfugiés. De ce point de vue, ce discours de Karlsruhe ressemblait surtout à un paravent commode. Lundi, Angela Merkel a en réalité surtout gagné du temps.

Romaric Godin

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