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ÉconomieUnion européenne

« Buy European » : l'impossible réponse européenne face au protectionnisme américain

latribune.fr

Publié le 29 novembre 2022 à 11:07 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 20:39

BLM

Robert Habeck et Bruno Le Maire le 22 novembre à Paris.

Reuters

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En visite d'Etat aux Etats-Unis de mardi à vendredi, le président français Emmanuel Macron compte obtenir de son homologue américain Joe Biden des exemptions pour les industriels européens pénalisés par la loi IRA (« Inflation reduction act »), laquelle conjugue non seulement des investissements massifs dans le secteur de l'énergie et en faveur du climat mais aussi de fortes subventions pour les activités produites sur le sol américain, comme les véhicules électriques, les batteries ou encore les projets...

Si Joe Biden n'était pas son adversaire politique, Donald Trump ne renierait probablement pas l'Inflation Reduction Act (IRA) et son volet protectionniste. Sous couvert de lutte contre l'inflation, ce plan pharaonique prévoit près de 400 milliards de dollars d'aides à la relocalisation sur le sol américain d'industries d'avenir : l'automobile électrique, les batteries et les énergies renouvelables. Ces subventions en cascade font craindre à l'Europe une distorsion de concurrence et un exode de ses industriels de l'autre côté de l'Atlantique. Venant d'un Etat allié, le coup est rude pour les Européens même s'il leur est impossible d'ignorer le protectionnisme américain depuis que Donald Trump l'a crânement revendiqué.

Que faire ?

« L'IRA amplifie la prise de conscience de la part des Européens qu'ils sont de plus en plus pris en étaux entre deux superpuissances avec les Etats-Unis qui prennent le chemin comme la Chine d'une économie de plus en plus dirigée et protectionniste », note Elvire Fabry, experte de politique commerciale à l'Institut Jacques Delors. Dès lors, que faire ?

Fin octobre, le président Macron avait ressuscité l'idée d'un « Buy European Act ». Déjà évoqué sous Nicolas Sarkozy, ce projet de loi voudrait graver dans le droit la préférence accordée aux entreprises et aux produits européens dans les marchés publics, voire un soutien aux industries installées dans le marché commun. L'idée est toujours restée lettre morte, tant elle contrevient aux fondements de la politique commerciale de l'UE totalement alignée sur les règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). En particulier, l'absence de mesures discriminatoires contre les produits étrangers.

Le protectionnisme, un tabou européen

« Le recours le plus évident des Européens serait de porter plainte à l'OMC, aux côtés d'autres pays lésés par l'IRA comme le Japon ou la la Corée du Sud qui respectent les règles multilatérales du commerce. Mais cette procédure qui est longue risque de ne pas suffire pour rassurer les entreprises européennes et risquerait de provoquer une spirale de guerre commerciale. Or, les Européens ne veulent pas s'engager dans une voie  protectionniste  », considère Elvire Fabry de l'Institut Delors .

« L'Union européenne est le champion global du fonctionnement des règles multilatérales », a encore martelé vendredi le vice-président exécutif de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis. La quinzaine d'années de procédure du conflit Airbus-Boeing sur les aides publiques au secteur aéronautique ne plaide pas en effet pour une plainte européenne à l'OMC. « Le temps que ça soit traité, notre industrie sera balayée », déplore un ministre.

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A Paris, on ne désespère pas de mettre à jour le logiciel économique de l'UE hérité des années 1990 quand le multilatéralisme était l'idéologie dominante. « Il faut en finir avec la naïveté européenne », martèlent en coulisses plusieurs responsables français qui prônent « un protectionnisme intelligent ». Le gouvernement français, par la voix d'Elisabeth Borne, de Bruno Le Maire ou encore de Roland Lescure, a aussi fustigé l'IRA dans des interviews qui ont été remarquées outre-Atlantique selon le Quai d'Orsay.

Lire aussi« Faire de la France une nation verte et souveraine passera par l'Industrie » (Roland Lescure, ministre de l'Industrie)

Emmanuel Macron va chercher à obtenir des exemptions

Plus que des cris d'indignation, Emmanuel Macron doit aborder le sujet avec Joe Biden lors de sa visite d'Etat cette semaine à Washington. « Nous pouvons imaginer que l'administration américaine consente des exemptions pour un certain nombre d'industries européennes, peut-être sur le modèle de ce qu'elle consent déjà pour le Mexique ou pour le Canada », a confié un proche du président de la République.

Dans l'attente d'une hypothétique inflexion de la part de Washington, Paris tente de rallier Berlin à l'idée d'opposer des mesures concrètes au protectionnisme américain. « Il y a une prise de conscience, certes un peu tardive de l'Allemagne, mais une prise de conscience réelle (...) qu'on a changé de monde, que c'est la fin de la mondialisation ouverte. Nous sommes passés à un monde fragmenté », vante un proche du dossier, même si la vente du port d'Hambourg à des capitaux chinois le mois dernier a provoqué l'ire du gouvernement français.

Lire aussiLa mondialisation fragmentée : ce scénario qui pourrait bouleverser le monde

Mieux cibler les aides existantes et durcir les normes écologiques

Un plan massif de subventions européens, à hauteur de celui de la Maison blanche, n'est pas à l'ordre du jour. Trop coûteux, il nécessiterait de recourir à un emprunt commun des européens sur le modèle de celle levée pendant le Covid. En revanche, la France milite pour mieux cibler les aides existantes, notamment les bonus écologiques à l'achat de voitures électriques, pour qu'elle ne profite pas à l'importation de véhicules chinois.

Autre option, ériger de nouvelles barrières non-tarifaires. Ainsi, Bercy voudrait durcir les normes écologiques à l'entrée du marché unique pour exclure certains biens fabriqués dans des conditions bien plus polluantes que celles imposées aux usines du Vieux continent. Sur ce dossier comme sur d'autres, la France doit vaincre la réticence d'autres Etats membres et des instances communautaires bien qu'à la Commission européenne Thierry Breton soutient la ligne de la France : imposer des mesures de rétorsions quand il n'y a pas de réciprocité dans les relations commerciales.

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A défaut de convaincre dans l'immédiat ses partenaires européens, l'exécutif français presse ses industriels de ne pas céder aux sirènes de l'Amérique. Car, en matière de délocalisation, le départ est bien souvent définitif.

latribune.fr

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