Compétitivité européenne : les patrons appellent à l’Union sacrée

Face au risque de guerre commerciale, les patrons européens veulent contre-attaquer dans le cadre de l’UE.
Jana Rodenbusch

Face au risque de guerre commerciale, les patrons européens veulent contre-attaquer dans le cadre de l’UE.
Jana Rodenbusch
Fini la naïveté européenne. Redoutant que l'Europe se voit dicter son histoire, ses dirigeants veulent démarrer sa reconquête économique. C'est ce que révèle la dernière étude du Boston Consulting Group (BCG), publiée ce lundi 26 mai, qui présente les résultats d'une enquête menée ces derniers mois auprès de 850 dirigeants d'entreprise européens.
Réalisé dans un contexte tendu, alors que Donald Trump lançait le 2 avril une guerre commerciale en imposant des droits de douane de 20 % ciblant directement l'Europe, le rapport du BCG révèle que cette menace a provoqué un électrochoc chez les dirigeants, ravivant leur optimisme et leur envie d'agir pour l'Europe. Près de 70 % d'entre eux se déclarent désormais confiants dans l'avenir de la compétitivité européenne, contre seulement 40 % auparavant.
Cette prise de conscience, soulignée par l'étude du cabinet américain, montre que les dirigeants européens sont prêts à monter au créneau pour défendre la compétitivité de l'UE.
Le rapport du BCG révèle que près de 80 % des dirigeants d'entreprise français voient dans l'Europe bien plus qu'une union de consommateurs. Faisant face à des défis communs, ils attendent une action forte pour protéger ses intérêts commerciaux, pour éviter un recul majeur de la R & D et de l'innovation, ainsi qu'une hausse des délocalisations hors de l'UE.
« C'est un cri d'alarme lancé par les dirigeants d'entreprise pour la compétitivité européenne. Ce message doit impérativement être entendu », souligne Sylvain Duranton, directeur Monde de BCG X, l'entité tech de BCG. Il précise que c'est ce cri d'alarme qui a inspiré ce rapport :
Le rapport du BCG révèle également que 86 % des dirigeants français verraient d'un bon œil la création d'un conseil d'entrepreneurs européens pour peser sur le choix des priorités économiques européennes.
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Les participants à l'étude du BCG exigent ainsi un changement radical, centré sur une dizaine de priorités qui font largement écho aux recommandations du rapport Draghi.
S'ils réclament plus d'Europe, c'est à leurs conditions. Le BCG pointe que 87 % des dirigeants seraient prêts à augmenter leurs recrutements en Europe, en cas de réduction des cotisations salariales.
Les entrepreneurs européens demandent donc à la fois plus d'Europe et moins de régulation. Sylvain Duranton analyse ce paradoxe : « Prenons l'exemple de l'IA : aujourd'hui, il existe des cadres réglementaires européens, nationaux, voire régionaux dans certains pays. Il y a trop d'étages, trop de complexité pour les entreprises. »
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Sur l'émergence de champions européens, priorité absolue à leurs yeux, Sylvain Duranton souligne leur cohérence : « Beaucoup de dirigeants estiment que sans marché unifié, l'Europe ne pourra pas faire émerger de leaders. Ce que les dirigeants demandent c'est l'unification des normes, pas forcément la dérégulation. Ils ne réclament pas un modèle sans cadre ni limites. Leur demande est claire : simplifier et mieux réguler pour gagner en efficacité. »