En Europe, la spirale récessive hante les Etats

Alors que l'Europe est restée pendant plusieurs semaines l'épicentre de la crise sanitaire, la pandémie a plongé les économies du Vieux continent dans une spirale récessive redoutable. Malgré le déconfinement, la chute de l'activité pourrait fragiliser l'appareil productif à long terme si les Etats ne parviennent pas à mutualiser certains coûts.
Grégoire Normand
(Crédits : Reuters)

Panique sur les marchés boursiers, crise pétrolière, fermeture des frontières, mise à l'arrêt de millions d'entreprises, explosion du chômage partiel, hôpitaux saturés... pendant plusieurs mois, la pandémie du coronavirus a fait vaciller le Vieux continent. Les mesures de confinement mises en oeuvre pour limiter la propagation de cette maladie infectieuse ont plongé l'économie européenne dans une profonde incertitude. Selon les dernières estimations de la direction statistique de la Commission européenne publiées ce mardi 9 juin, le produit intérieur brut de la zone euro a reculé de 3,6% au cours du premier trimestre contre 3,8% lors d'une première prévision.

Cette légère révision à la hausse montre néanmoins que l'économie de l'Union monétaire a subi un choc historique alors que les mesures de confinement ne concernaient que la fin du trimestre. La plupart des économistes s'attendent à une récession encore plus violente au cours du second trimestre avec le prolongement des mesures de confinement. Pour les gouvernements, la spirale récessive, avec une baisse durable des revenus, de la consommation et au final de la production, alimente les craintes d'une terrible dépression. Si cette crise sur la forme n'est pour l'instant pas comparable à celle de 2008-2009 ou celle des années 30, la transmission du choc à l'ensemble du secteur bancaire pourrait provoquer une sévère déflagration dans cette économie financiarisée.

Lors d'un point presse ce mercredi 10 juin, l'économiste de BNP-Paribas, spécialiste de la zone euro, Louis Boisset a rappelé que "les mesures sanitaires mises en place dans les pays européens ont entraîné un déclin brutal de l'activité économique avec une récession très importante mais relativement courte. On attend un rebond mécanique au troisième et quatrième trimestre. Le PIB réel devrait baisser de l'ordre de 9% en 2020 [...] La reprise sera probablement lente. La récession aura des effets de long terme à la fois sur l'offre et sur la demande. Les sociétés vont devoir adapter leur mode de fonctionnement dans un contexte de fortes incertitudes jusqu'au moment où un vaccin va être trouvé et distribué [...] Cette crise va avoir un impact prolongé sur les capacités de production, c'est à dire à la fois sur le volume de capital et sur le volume de travail, même si les gouvernements ont mis en place des mesures de soutien [...] De nombreuses entreprises devraient connaître des banqueroutes et un ajustement de la masse salariale ou de la modération salariale".

> Lire aussi : Coronavirus : la plus terrible récession mondiale depuis 1929, selon le FMI

L'Europe du Sud dans la tourmente

La récession frappe de plein fouet les Etats du sud de l'Europe. Les indicateurs communiqués par Eurostat indiquent que le PIB a fortement reculé en Italie et en France (-5,3%) entre janvier et mars. Viennent ensuite l'Espagne (-5,2%) et le Portugal (-3,6%). La plupart de ces pays avaient largement souffert lors de la crise de 2008 puis celle des dettes souveraines en 2011/2012. Ils risquent de ressortir exsangues par ce choc brutal.

Plus au centre et au nord, les dégâts semblent moins marqués. Le PIB de l'Allemagne (-2,2%), de l'Autriche (-2,6%) ou des Pays-Bas (-1,7%) a nettement moins reculé. Enfin, quelques pays s'en sortent légèrement comme l'Irlande (1,2%), la Roumanie (0,3%) ou la Bulgarie (0,3%). Ces pays qui ont évité le pire pourraient cependant connaître un recul de l'activité au cours du second trimestre. En outre, ces données sont encore soumises à de nombreux aléas et risquent d'être révisées dans les mois à venir.

La consommation des ménages en chute libre

L'examen des différents agrégats de la valeur ajoutée communiqués par Eurostat montre que la consommation des ménages a lourdement chuté entre janvier et mars avec une contribution négative au PIB de 2,3 points. Les dépenses de consommation des ménages ont baissé de 4,7%. Dans le même temps, la mise en confinement a provoqué une forte hausse de l'épargne des foyers. Selon une récente estimation de la Banque de France, le surplus d'épargne des Français en 2020 serait d'environ 100 milliards d'euros.

Sur le front des investissements, les indicateurs sont également dans le rouge. La contribution de la formation brute de capital fixe (FCBF) est de l'ordre de -1 point au cours du premier trimestre. Avec la propagation du virus sur l'ensemble du continent, les ménages, les entreprises et les administrations publiques ont mis un coup d'arrêt à leurs projets d'investissement. Enfin, le commerce extérieur est également dans le rouge avec une contribution négative au PIB de l'union monétaire de l'ordre de 0,3 point. Le blocage des ports et des aéroports a clairement paralysé le fret maritime et aérien à l'échelle de la planète.

Une baisse de l'emploi limitée pour l'instant

Les chiffres de l'emploi pour le premier trimestre ne montrent pas encore de catastrophe à ce stade. Selon les simulations opérées par les statisticiens, le nombre de personnes ayant un emploi a baisse de 0,2% dans la zone euro entre janvier et mars. "Il s'agit du premier recul dans la série temporelle depuis le deuxième trimestre 2013 pour la zone euro et depuis le premier trimestre 2013 pour l'UE [...] En raison de la pandémie de Covid-19, l'emploi mesuré en nombres de personnes a diminué de 0,3 million dans la zone euro et de 0,2 million dans l'UE par rapport au quatrième trimestre 2019" ajoute Eurostat dans son communiqué. Une grande partie des pays de la zone euro a mis en place des mesures de chômage partiel permettant d'amortir dans un premier temps le choc du confinement. La levée progressive de ce dispositif et le durcissement des règles pourrait changer la donne. De nombreuses grandes entreprises de secteurs stratégiques sur le sol européen ont déjà annoncé des fermetures de sites et des licenciements laissant craindre une forte montée du chômage dans les mois à venir.

> Lire aussi : Le spectre du chômage de masse hante les États

Une récession majeure en Europe

S'il reste de nombreuses incertitudes sur les scénarios de reprise, les dernières prévisions de croissance de l'OCDE pour la zone euro publiées ce mercredi 10 juin sont très pessimistes. En effet, les économistes de l'organisation internationale anticipent un recul du PIB de -9,1% en 2020 et un rebond de 6,5% en 2021 selon une hypothèse favorable. Il s'agit de la pire récession parmi les régions membres de l'OCDE. L'Italie, devenue pendant des semaines l'épicentre de la crise sanitaire en Europe, devrait énormément souffrir avec un recul du PIB de 11,3%. La France devrait également être en première ligne avec un repli de 11,4%. Au Royaume-Uni, les prévisions sont également désastreuses avec une chute de 11,5% de la croissance.

>Lire aussi : Coronavirus : la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale selon l'OCDE

Grégoire Normand
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Commentaires 9
à écrit le 11/06/2020 à 21:33
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Et ça n' est pas en restant dans l' UE qui roule les peuples dans la farine que ça va s' arranger! La proposition d’un plan de relance de 750 milliards d’euros de la Commission européenne est catastrophique pour la France si elle est adopté...

à écrit le 11/06/2020 à 17:05
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N'en jeter plus la cour est pleine : oui la crise est là mais il y a des moyens de s'en sortir par le haut. Il fallait absolument sortir du confinement et sortir de cette situation economiquement anormale. Oui le chômage peut de nouveau augmenté si l...

à écrit le 11/06/2020 à 15:11
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L'Allemagne va finir par racheter la france. Pour une bouchée de pain, que dis-je de brioche!

à écrit le 11/06/2020 à 14:05
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L'heure du bilan n'a pas encore sonné, mais il est possible qu'à terme, les pays qui auront eu le plus de malades, de morts en ayant moins confiné sortent gagnants de cet épisode. Ce qui serait une injustice, mais une vraie réalité qui pèsera longtem...

à écrit le 11/06/2020 à 13:18
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l'exercice de repli sur soi des états européens est lancé mutualisation toi-même !

à écrit le 11/06/2020 à 11:00
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"La pandémie a plongé" : La pandémie n'a rien plongé du tout. - D'abord, c'est le confinement qui a plongé les économies, mais bien sûr, c'est moins politiquement correct de dire ça. - Ensuite, la crise financière mondiale actuelle était attendue p...

le 11/06/2020 à 16:56
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D'ailleurs, la première réunion a eu lieu en 8 avril 1968 , juste quand débutait la grippe de Hongkong dans le monde.On peut noter le parallèle avec cette période ,un virus venant de chine, des conflits raciaux et la NASA qui faisait décoller sa fus...

à écrit le 11/06/2020 à 9:55
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Compter sur un vaccin est une hypothèse plus que douteuse. Les effets du confinement, d'une communication anxiogène, d'un matraquage médiatico-sanitaire ont conduit à cette situation qui est bien plus explosive que la pandémie. L'économie financia...

le 11/06/2020 à 10:29
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"Compter sur un vaccin est une hypothèse plus que douteuse." Sauf pour le cours en bourse des groupes pharmaceutiques, leur obsession unique.

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