En Europe, le grand écart des réponses budgétaires risque de plomber la reprise

Les engagements budgétaires déjà annoncés par l'Allemagne dépassent les 25 points de produit intérieur brut. L'Italie et la France arrivent loin derrière avec des engagements inférieurs à 15% du PIB.
Grégoire Normand

5 mn

(Crédits : Reuters)

Le rebond de l'économie s'annonce lent et laborieux. Après près de deux mois de confinement, les Etats européens ont levé une grande partie des mesures de restriction à l'intérieur de leurs frontières. La plupart des activités économiques ont pu redémarrer, parfois dans des conditions difficiles sur le plan sanitaire. En revanche, les frontières extérieures restent soumises à des mesures de contrôle drastiques, limitant la circulation des personnes et des biens et de nombreux secteurs comme l'hôtellerie et la restauration restent encore bien paralysé dans certaines zones géographiques.

Face à la chute brutale de l'économie pendant cette mise sous cloche et ses répercussions sur le marché du travail, les gouvernements ont adopté un arsenal de mesures pour amortir les effets de cette maladie infectieuse sur l'activité. Dans une note très détaillée publiée vendredi 5 juin dernier, les économistes de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ont passé au scalpel les différents mécanismes mis en oeuvre dans quelques Etats développés pour faire face à la chute de la production. Et il apparaît que les nettes différences dans les ripostes apportées par chaque Etat pourraient favoriser une relance en ordre dispersé.

> Lire aussi : Coronavirus : un rebond poussif de l'économie française se profile

L'Allemagne sort l'artillerie lourde

En Europe, la propagation du virus a fait des ravages au niveau sanitaire et humain. Face à la récession, les pays ont apporté des engagements budgétaires très disparates. Les montants évoqués dans l'étude prennent en compte les mesures de chômage partiel, les prêts garantis par l'Etat pour les entreprises, les reports de créances fiscales et sociales. Toutes ces mesures n'ont pas forcément d'impact sur les finances publiques (comme les reports de créances sauf si l'entreprise fait faillite). Chaque Etat a tenté d'apporter des réponses en fonction de l'ampleur de la crise afin de préserver le tissu productif et les millions d'emplois menacés par la récession.

Graphique décomposition engagements budgétaires OFCE

Parmi les pays développés étudiés par les économistes, l'Allemagne arrive largement en tête avec un plan budgétaire équivalent à environ 25 points de produit intérieur ( PIB de 2019). Viennent ensuite les Etats-Unis, la France et l'Italie (entre 10 et 15 points de PIB).

A l'inverse, la Grèce, la Belgique, l'Espagne, les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne avancent des engagements budgétaires inférieurs à 10 points de PIB. Il est possible que les annonces évoluent dans les jours à venir. Le gouvernement français doit notamment annoncer un nouveau projet de loi de finances rectificatif cette semaine.

A cela s'ajoutent, l'assouplissement massif de la politique monétaire de la Banque centrale européenne et "l'émergence d'instruments additionnels qui pourraient permettre de mobilier 480 milliards d'euros supplémentaires via la création d'une ligne de prêts - sans conditionnalité stricte - dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité, des prêts pour un financement européen du chômage partiel et des prêts de la BEI (Banque européenne d'investissement) aux entreprises, essentiellement les petites et les moyennes" expliquent les économistes du laboratoire de recherches rattaché à Sciences-Po Paris.

Le risque d'une reprise en ordre dispersé

Les gouvernements sont actuellement confrontés à de multiples défis. Une levée trop rapide des mesures de restriction peut entraîner une seconde vague de contamination et obliger les Etats à adopter des règles encore plus strictes. Ce qui pénaliserait encore plus lourdement les économies. Par ailleurs, l'interdépendance des systèmes productifs doit inciter les Etats à coordonner leur stratégie de déconfinement. Dans un récent billet de blog, plusieurs économistes de l'institut des politiques publiques (IPP) rappelaient cette nécessité.

"L'interdépendance des économies implique en effet qu'un pays qui redémarrerait seul son appareil productif ne pourrait pas le faire tourner à plein régime tandis que, de façon symétrique, le ralentissement de la production dans une partie de l'Europe se propagerait au reste du continent. L'extension des chaînes de valeur à travers les frontières rend certaines activités productives impossibles sans coordination des mesures de réouverture des lieux de travail [...] Dans un monde de chaînes de valeur fragmentées, ce sont toutes les étapes de production qui doivent redémarrer pour que l'ensemble de la chaîne fonctionne à plein régime."

 L'Europe du sud dans le rouge

En outre, la pandémie, la sévérité des mesures de confinement et la maîtrise de la diffusion du virus n'ont pas eu les mêmes répercussions sur les économies. Selon des chiffres publiés ce mardi 9 juin par Eurostat, la récession a lourdement frappé l'Italie et la France avec un recul du PIB de 5,3% et l'Espagne (-5,2%) au premier trimestre alors que l'Allemagne semble plus épargnée (-2,2%) sur la même période. Les pays du sud de l'Europe vont devoir à nouveau affronter une récession brutale, plus de 10 ans après la crise de 2008, alimentant le risque d'une fragilisation et d'un éclatement prononcé de la zone euro dans les mois à venir.

Lire aussi : Défaillances d'entreprises en 2020: la France deux fois moins touchée que les États-Unis, selon la Coface

Grégoire Normand

5 mn

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Commentaires 5
à écrit le 10/06/2020 à 10:45
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C'est le moment de s'écarter jusqu'à enfin se détacher !

à écrit le 10/06/2020 à 9:17
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L'Allemagne investi massivement car c'est le seul pays qui a les moyens d'être aujourd'hui la locomotive économique de l'Europe. Un redémarrage économique rapide de l'Allemagne sera bénéfique pour tous ses partenaires européens.

à écrit le 09/06/2020 à 17:24
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à écrit le 09/06/2020 à 16:02
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le 09/06/2020 à 17:26
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Grâce à l’euro, dont la valeur est proche de ce que serait celle du Deutsche Mark, l’Allemagne enregistre des excédents commerciaux géants alors que la France enregistre des déficits commerciaux à cause de l’euro dont la valeur est trop éloignée de c...

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