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ÉconomieUnion européenne

Espagne : de nouvelles élections six mois après les dernières

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 26 juin 2016 à 08:27 - Mis à jour le 26 juin 2016 à 08:33

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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36 millions d'Espagnols doivent renouveler ce 26 juin les Cortes après l'échec des négociations de formation d'un gouvernement suite au scrutin du 20 décembre. Podemos pourrait passer en deuxième position, mais la formation d'une coalition sera toujours aussi difficile.

36 millions d'électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche 26 juin en Espagne pour renouveler les Cortes, le parlement espagnol, constitué de la chambre haute, le Sénat, et du Congrès des députés. Ces élections se tiennent six mois après celles du 20 décembre dernier qui avaient bousculé en profondeur le jeu politique du pays avec l'émergence de deux nouvelles forces : Podemos à gauche qui avait obtenu 20,9 % des voix et Ciudadanos au centre-droit avec 13,9 % des voix. L'émergence de ces deux partis a profondément affaibli les deux formations traditionnelles : le Parti Populaire (PP) conservateur du président du gouvernement Mariano Rajoy qui est passé en quatre ans de 45 % des voix à 28,7 % des voix et le PSOE social-démocrate qui a dû se contenter de 22 % des voix, du jamais vu depuis le retour de la démocratie.

Nouvelle donne

Cette nouvelle donne politique a empêché la formation d'une majorité claire et, depuis, l'Espagne est gouvernée par un exécutif temporaire toujours dirigé par Mariano Rajoy. Ce dernier a adopté une stratégie d'attente. Il a proposé une « grande coalition » entre PP et PSOE avec l'appui éventuel de Ciudadanos, mais le rejet du PP et de son chef, entaché par de nombreuses affaires de corruption, est si profond qu'aucun parti, à commencer par ce nouveau parti de centre-droit, ne veut s'allier au chef du gouvernement sortant.

L'échec des premières discusions

Le secrétaire général du PSOE, Pedro Sánchez, avait donc tenté de former en février, une alliance « anti-Rajoy » autour de sa candidature. Après avoir passé un pacte de gouvernement avec Ciudadanos, il avait demandé le soutien de Podemos, qui lui avait refusé. Le mouvement issu de celui des Indignés et dirigé par Pablo Iglesias a refusé le programme « trop libéral » du pacte PSOE-Ciudadanos ainsi que le refus de ces deux partis d'organiser un référendum d'autodétermination en Catalogne. Le 2 mars 2016, la candidature de Pedro Sánchez a été repoussé par le Congrès. Les discussions suivantes n'ont pas permis de dégager une nouvelle majorité compte tenu des incompatibilités programmatiques et le 2 mai, le Congrès a été automatiquement dissout compte tenu de l'absence de nouveau gouvernement élu.

Unidos Podemos en deuxième position ?

Les Espagnols doivent donc revoter. La grande nouveauté de ce scrutin est l'alliance passé entre la Gauche Unie (Izquierda Unida) formé des Communistes et des Ecologistes, qui a obtenu 4 % en décembre, et de Podemos. Cette coalition, baptisée, Unidos Podemos, devrait obtenir un score proche de l'addition des deux formations le 20 décembre, mais cela lui permettra d'obtenir deux atouts. D'abord, davantage de députés, compte tenu du système électoral espagnol qui favorise les grands partis. Du coup, Unidos Podemos pourrait dépasser en voix et en siège le PSOE qui s'est montré, dans les dernières enquêtes d'opinion, assez affaibli. Ce « sorpasso », comme l'appelle les commentateurs espagnols, serait une première depuis les élections de 1933 lors de la seconde république. Depuis cette date, à chaque élection espagnole, le PSOE avait fini premier ou deuxième.

Stabilité

Cet élément devrait être le seul véritable changement de ce scrutin. Le PP devrait encore finir premier, avec un score proche du celui du 20 décembre, le PSOE devrait abandonner quelques voix et Ciudadanos pourrait légèrement progresser. Pas de quoi, par ailleurs, modifier la donne. Il faudra cependant observer avant tout la répartition en sièges pour déterminer si une éventuelle alliance PP-Ciudadanos dépasse ou non une éventuelle alliance PSOE-Unidos Podemos. Si l'addition des forces de gauche dépasse celle des forces de droite et même tutoie la majorité absolue des 350 sièges, soit 176 députés, ceci pourrait peser lourd dans la formation du prochain gouvernement.

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L'alliance de gauche n'est pas acquise

Il convient cependant de rappeler que l'alliance PSOE- Unidos Podemos derrière une éventuelle candidature de Pablo Iglesias n'est pas acquise, même en cas de majorité « de gauche ». Les divergences entre les deux partis restent immenses, notamment sur la question de la Catalogne. Pablo Iglesias a certes indiqué que ce référendum n'était plus une « ligne rouge » dans les négociations de gouvernement, mais dans le projet de programme qui a été publié en début de semaine, il a été indiqué qu'il était « indispensable ». Unidos Podemos entend par ailleurs reconnaître des « nations » en Espagne. Or, le PSOE refuse cette évolution comme il refuse le programme économique d'Unidos Podemos.

Lutte interne au PSOE

Le scrutin, s'il confirme l'affaiblissement du PSOE, devrait conduire du reste à une lutte interne au parti entre Pedro Sánchez et la présidente andalouse, Susana Díaz, plus centriste et soutenue par les barons. La ligne de cette dernière rejette toute concession aux indépendantistes catalans et un rapprochement avec le centre-droit. En cas de succès de cette ligne, l'alliance de gauche n'aura guère de chance de voir le jour, surtout si elle a besoin de l'abstention ou du soutien des partis indépendantistes et autonomistes basques ou catalans.

Le PP vainqueur, mais affaibli ?

Le scrutin pourrait aussi ouvrir une querelle de direction au sein du PP où Mariano Rajoy pourrait apparaître comme un obstacle au maintien du parti à la Moncloa, le siège du gouvernement espagnol. Le dernier scandale, ouvert cette semaine, où l'on a vu le ministre de l'Intérieur, avec le soutien apparent du chef du gouvernement, tenter de « fabriquer » des affaires contre les dirigeants indépendantistes catalans, pourrait l'affaiblir encore davantage. Mais la querelle de succession au sein du PP s'annonce difficile.

Crise politique

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Ce dimanche soir, il faudra donc observer de près le score d'Unidos Podemos et les majorités possibles. Mais rien ne sera décidé ce 26 juin. Ce scrutin ne sera que l'ouverture de longues et difficiles négociations pour construire de nouvelles alliances dans un système politique espagnol en crise ouverte.

Romaric Godin

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