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ÉconomieUnion européenne

Face à la Russie, la France et l'Allemagne inscrivent l'aide à l'Ukraine dans la durée

latribune.fr

Publié le 16 février 2024 à 22:19 - Mis à jour le 16 février 2024 à 22:36

Volodomyr Zelensky et Emmanuel Macron

Volodomyr Zelensky et Emmanuel Macron

SARAH MEYSSONNIER

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé vendredi à Berlin puis Paris des accords de sécurité bilatéraux inscrivant dans la durée l'aide de l'Allemagne et de la France à l'Ukraine, avec une dizaine de milliards de soutien militaire promis pour 2024.

Coup double pour Volodymyr Zelensky. En déplacement ce vendredi à Berlin puis Paris, le président ukrainien n'est pas revenu les mains vides en signant des accords de sécurité bilatéraux qui inscrivent dans la durée l'aide de l'Allemagne et de la France à l'Ukraine, avec une dizaine de milliards de soutien militaire promis pour 2024. Dont trois milliards d'euros d'aide supplémentaire cette année pour la France, selon Emmanuel Macron. Côté allemand, le document signé contient une aide militaire supplémentaire et immédiate d'un montant de 1,1 milliard d'euros, qui est une tranche des sept milliards de soutien déjà annoncés par l'Allemagne pour 2024.

Ces soutiens interviennent après celui du Royaume-Uni en janvier tandis qu'une aide de 60 milliards d'euros est bloquée aux Etats-Unis. Ils interviennent aussi au moment où les forces ukrainiennes sont en difficulté. Dans l'est du pays, Avdiïvka est l'épicentre de « combats acharnés » et menace désormais de tomber après des mois d'assauts russes.

Assistance globale

Dans son texte conclu pour « une durée de dix ans » et « tant que l'Ukraine n'aura pas rejoint l'Otan » comme l'espère la France, cette dernière prévoit « une assistance globale » et notamment un renforcement de la coopération dans le domaine de l'artillerie. Olaf Scholz et Volodymyr Zelensky ont aussi signé un accord de sécurité qualifié d'« historique » par le chancelier allemand qui a assuré sa détermination à soutenir l'Ukraine « aussi longtemps que nécessaire contre l'agresseur russe ».

« Deux ans après le début de cette guerre épouvantable, nous envoyons aujourd'hui un message très clair au président russe : nous ne relâcherons pas notre soutien à l'Ukraine », a averti le dirigeant allemand. Alors que la guerre contre la Russie va entrer dans sa troisième année, « une nouvelle phase s'ouvre », a déclaré Emmanuel Macron aux côtés de Volodymyr Zelensky.

Le « régime du Kremlin » a « franchi plusieurs seuils » en termes de campagnes de désinformation et de cyberattaques, a-t-il ajouté, évoquant une « volonté d'agression » à l'encontre des « démocraties européennes ». Moscou doit aussi « sans tarder donner des explications » sur les craintes d'un déploiement « d'armes nucléaires dans l'espace », a indiqué le chef de l'Etat français.

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Ce « durcissement » est rappelé « de la plus tragique des manières » par l'annonce de la mort en prison d'Alexeï Navalny, opposant numéro un à Vladimir Poutine, venue assombrir la tournée européenne du dirigeant ukrainien. Ce décès qui exacerbe encore les tensions avec l'Occident, « dit la faiblesse du Kremlin et la peur de tout opposant », a estimé le président français. Plus tôt à Berlin, Volodymyr Zelensky avait affirmé que Vladimir Poutine devait « rendre des comptes pour ses crimes ».

France et Allemagne prévoient également de soutenir l'Ukraine après la guerre pour qu'elle se dote d'une armée moderne capable de repousser d'éventuelles futures attaques de la Russie. Sur le front, les troupes russes sont à l'offensive, nombreuses, quand l'armée ukrainienne manque d'hommes, d'armes, de munitions. Et le possible retour au pouvoir à la fin de l'année de Donald Trump, qui a menacé de ne plus soutenir certains Alliés face à la Russie s'ils ne payaient pas plus au sein de l'Otan, suscite aussi toutes les inquiétudes.

Lors du dernier sommet de l'Alliance atlantique à Vilnius en juillet 2023, les pays membres de l'organisation, Etats-Unis et Allemagne en tête, avaient déçu les attentes de l'Ukraine -et de nombreux pays d'Europe orientale- en ne fixant pas de calendrier pour une adhésion du pays. Les puissances du G7 avaient donc décidé de négocier avec Kiev des partenariats bilatéraux. Vingt-cinq autres Etats se sont joints à cette initiative, comme la Pologne. Concrètement, ces accords de sécurité peuvent porter sur l'octroi d'équipements militaires, interopérables avec ceux de l'Otan, la formation des forces ukrainiennes et le renforcement de l'industrie de défense de l'Ukraine. Volodymyr Zelensky poursuivra samedi sa mini-tournée diplomatique à la Conférence sur la sécurité de Munich (MSC), le rendez-vous annuel de l'élite de la géopolitique dans le sud de l'Allemagne, qui se tient jusqu'à dimanche.

L'Otan n'est pas une option à court terme pour Zelynsky

Ces accords bilatéraux « pourraient signaler que l'Ukraine, et plusieurs pays européens, sont de plus en plus inquiets de la victoire de Donald Trump et de sa possible décision de se retirer de l'Otan », estime Colin Clarke, directeur de recherche au Soufan Center, un think tank spécialisé à New York. En admettant même qu'elle résiste aux tempêtes, l'Otan n'est pas une option à court terme pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky.  L'intégration de Kiev suscite autant l'unanimité de l'opinion ukrainienne qu'elle soulève de débats dans les rangs de l'alliance, relève Ivan Klyszcz, du Centre international pour la défense et la sécurité (ICDS), en Estonie.

Les efforts ukrainiens pour entrer dans l'Union européenne doivent vaincre le même obstacle cardinal que pour l'Otan : l'absence d'unanimité des pays membres. Plutôt que d'attendre que ceux-ci s'accordent sur un projet commun, l'Ukraine entreprend de les convaincre un par un. Ce processus d'accords bilatéraux avec l'Ukraine avait été décidé par le G7 en juillet 2023 et prend forme aujourd'hui. Mais son efficacité reste à démontrer, à l'aune des livraisons d'armes et des actes concrets.

Jusqu'ici portée par les États-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni, l'aide militaire à l'Ukraine, qui s'est progressivement sophistiquée depuis l'invasion russe en février 2022, faiblit désormais en raison des difficultés américaines à débloquer une nouvelle enveloppe. Au 15 janvier, l'Union européenne et les pays de l'Otan s'étaient déjà engagés sur 107,5 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine, selon les données publiées vendredi par l'institut de recherche allemand Kiel Institute, qui recense les armes promises et livrées à l'Ukraine depuis l'invasion.

L'Union européenne et ses membres ont promis 49,7 milliards d'euros, les États-Unis 42,2 milliards. Mais les promesses européennes s'étalent sur plusieurs années, quand celles des États-Unis ont déjà toutes été livrées ou allouées à des armes et équipements précis. Les Vingt-Sept n'ont livré ou alloué que 35,2 milliards d'euros d'aide militaire, moins que les États-Unis.

Par pays, les États-Unis sont suivis par l'Allemagne (17,7 milliards, dont 9,4 déjà alloués), le Royaume-Uni (9,1 milliards, dont 4,8) et le Danemark (8,4 milliards, dont 4,5).

Mais les Etats-Unis, premier fournisseur d'aide militaire à l'Ukraine, ont coupé le robinet, l'administration du président démocrate Joe Biden essayant en vain depuis des mois de faire voter une nouvelle enveloppe, bloquée par des réticences d'élus républicains en pleine campagne présidentielle.

« Il est hautement incertain que les Etats-Unis envoient de l'aide militaire supplémentaire en 2024 », estime le Kiel Institute. Et des experts craignent que l'hypothèse d'un retour au pouvoir du républicain Donald Trump en 2025 ne sonne le glas de l'aide américaine à l'Ukraine.

« L'Europe va devoir au moins doubler son aide militaire actuelle dans l'hypothèse où il n'y aurait pas d'aide supplémentaire des Etats-Unis », prévient Christoph Trebesch, qui dirige l'équipe du Kiel Institute chargée de suivre les engagements en faveur de l'Ukraine.

A ce jour, l'Union européenne n'a « même pas dépensé 1% de son PIB de 2021 pour soutenir l'Ukraine », ajoute-t-il.

L'UE débloque 50 milliards d'euros

Mais l'Europe peine à faire front uni. Si les dirigeants européens se sont mis d'accord début février sur une nouvelle aide financière de 50 milliards d'euros sur quatre ans (33 milliards de prêts et 17 milliards de dons), cette enveloppe a longtemps été bloquée par les réticences du Premier ministre hongrois Viktor Orban.

En Slovaquie, l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle majorité s'est accompagnée de tensions, le nouveau Premier ministre Robert Fico ayant bloqué début novembre, comme promis lors de sa campagne, une importante livraison d'armes programmée par l'exécutif précédent.

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  • Soutien à l'Ukraine : Volodymyr Zelensky en visite à Berlin et à Paris pour signer deux accords de sécurité
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  • Guerre en Ukraine: le blocage de l'aide américaine pèse sur le front, l'armée manque de munitions

La Pologne compte elle parmi les plus grands soutiens de l'Ukraine depuis l'invasion russe, mais les relations entre les deux pays ont été entamées par des tensions sur fond d'accusations de concurrence déloyale dans le secteur agricole notamment.

Le Premier ministre pro-européen Donald Tusk martèle néanmoins son soutien à l'Ukraine depuis son retour au pouvoir en décembre.

latribune.fr

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