Gibraltar, le Rocher dans la chaussure du Brexit
latribune.fr

gilbratar
DR
latribune.fr

gilbratar
DR
Madrid "n'a pas besoin d'un fouet". Gibraltar, enclave britannique dans le sud de l'Espagne, ne cachait pas jeudi son exaspération d'être devenue en quelques jours la principale menace pesant sur le Brexit.
Alors que le compte à rebours est lancé avant le sommet extraordinaire censé ratifier dimanche l'accord de divorce entre l'Union européenne et le Royaume-Uni, la prospère petite colonie de 30.000 habitants se retrouve brusquement sous les projecteurs. Et ses habitants le reprochent amèrement à Madrid.
Elton Moreno, manager de 44 ans dans une société de jeux en ligne, secteur prépondérant de l'économie de l'enclave, n'est lui "pas surpris que Gibraltar soit utilisé dans ce bras de fer" mais se dit "fatigué de le voir tout le temps dans l'actualité".
Situé à un emplacement stratégique permettant le contrôle du détroit de Gibraltar, le Rocher a été cédé en 1713 par l'Espagne à la Grande-Bretagne dans le traité d'Utrecht. Revendiqué par Madrid, il entretient des relations souvent difficiles avec son grand voisin.
Soucieux d'avoir un droit de regard, Madrid s'était assuré auprès de ses partenaires européens avant le début des négociations sur le Brexit en juin 2017 qu'"aucun accord entre l'UE et le Royaume-Uni ne s'applique au territoire de Gibraltar" sans son feu vert.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Problème, cette précision ne figure pas dans l'accord obtenu la semaine dernière au forceps sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE, ce qui a entraîné la colère du gouvernement espagnol qui menace de tout faire dérailler si cela n'est pas stipulé de nouveau noir sur blanc.
Et il a réaffirmé jeudi soir sur Twitter, à son arrivée pour une visite officielle à La Havane et après avoir parlé à Theresa May: "nos positions restent éloignées. Mon gouvernement défendra toujours les intérêts de l'Espagne. S'il n'y a pas de changement, nous opposerons notre veto au Brexit".
Owen Smith, un autre avocat de 41 ans, serait lui "heureux de voir le Brexit dérailler" alors qu'il a voté comme l'immense majorité des Gibraltariens pour que le Royaume-Uni reste dans le giron européen.
Mais il dit ne pas "voir la dispute actuelle autour de Gibraltar en mesure de faire capoter tout le processus", même si à trois jours du sommet, rien n'est encore réglé.
La Première ministre britannique a estimé jeudi que les négociations sur le Brexit étaient arrivées à un point "crucial", à trois jours d'un sommet qui doit sceller l'accord de retrait et la déclaration politique sur la future relation entre l'UE et le Royaume-Uni.
À lire également
Le sort de l'enclave de Gibraltar et la question des futurs droits de pêche des Européens dans les eaux britanniques font partie des principaux problèmes restant à régler pour conclure ces tractations d'une complexité inédite, à environ quatre mois du départ britannique de l'UE, prévu pour le 29 mars 2019.
(avec agences)
latribune.fr