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ÉconomieUnion européenne

Helmut Schmidt, mort d'un social-démocrate

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 10 novembre 2015 à 15:42 - Mis à jour le 10 novembre 2015 à 16:12

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'ancien chancelier allemand est décédé à 96 ans. Il a été l'incarnation de l'évolution de la social-démocratie allemande et de l'Allemagne dans les années 1970.

C'est une grande figure de l'histoire contemporaine de l'Allemagne fédérale qui vient de s'éteindre. Celui que les Allemands avaient fini par croire immortel, Helmut Schmidt, chancelier fédéral de 1974 à 1982, est mort dans sa ville natale, Hambourg, à l'âge de 96 ans. Plusieurs fois hospitalisé ces dernières semaines, son état de santé s'était rapidement dégradé.

Soldat de la Wehrmacht

Né le 23 décembre 1918, en pleine période révolutionnaire, dans une ville profondément sociale-démocrate, Helmut Schmidt, fils d'enseignant, ne commence cependant sa vie politique qu'après la guerre. Son attitude pendant la période nazie a souvent été critiquée. Membre des Jeunesses hitlériennes, il a ensuite réalisé une brillante carrière militaire sur le front de l'Est, puis à l'ouest. En avril 1945, il est fait prisonnier par les Britanniques et libéré en août. C'est alors qu'il entre à la SPD. Il connaît alors une fulgurante carrière. Dès 1948, il est président de l'association de jeunesse des Sociaux-démocrates et est élu député en 1953. Il le restera jusqu'en 1982, à l'exception de la période 1962-65.

Un cadre de la SPD des années 1960

En 1961, l'économiste diplômé devient ministre de la police de la Ville-Etat de Hambourg et y gagne des galons de gestionnaire, notamment lors des inondations de 1962. En 1967, alors que la SPD est arrivé l'année précédente au pouvoir, pour la première fois depuis 1930,  dans le cadre de la « grande coalition » avec la CDU, Helmut Schmidt dirige le groupe parlementaire. Il se fait remarquer par sa capacité à obtenir l'adhésion des députés sociaux-démocrates dans une coalition toujours délicate à mener. Logiquement, lorsque le leader social-démocrate Willy Brandt parvient à la chancellerie en 1969 dans le cadre d'une alliance entre la SPD et les Libéraux de la FDP, Helmut Schmidt est récompensé par un ministère, celui de la Défense.

Ministre des Finances

En 1972, le ministre de l'Economie et des Finances de la SPD, Karl Schiller, démissionne en refusant la politique budgétaire de Willy Brandt. Le gouvernement de ce dernier a en effet pour ambition, alors, de créer un Etat-providence dans un pays qui, dans les années 1950, n'a pas connu de « moment keynésien » comme la France ou le Royaume-Uni. Willy Brandt nomme donc un fidèle aux Finances, ce sera Helmut Schmidt. La coalition remporte brillamment les élections de 1972 et, pour la première fois depuis la fin de la guerre, la SPD dépasse la CDU et la CSU (45,8 % des voix contre 44,9 %). Mais le 16 mai 1974, Willy Brandt doit démissionner suite à un scandale : un espion de la RDA, Günter Guillaume, a été embauché à la chancellerie.

Chancelier, il lutte contre la crise

La coalition tient cependant bon. SPD et FDP se tournent alors naturellement vers Helmut Schmidt pour assurer la charge de chancelier. Wily Brandt ne lui pardonnera pas de lui avoir succédé. Il faut attendre 1991 pour que les deux hommes se réconcilient publiquement, mais Willy Brandt a toujours depuis considéré Helmut Schmidt comme le représentant d'une autre forme de social-démocratie.

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Le nouveau chancelier arrive dans une période particulièrement difficile pour l'Allemagne de l'ouest. D'abord, il doit faire face à la crise pétrolière et à la stagflation, qui touche l'Allemagne comme le reste de l'Europe et du monde occidental. Helmut Schmidt va faire preuve de pragmatisme en défendant une politique de lutte contre l'inflation et en protégeant les profits des entreprises. C'est l'époque du fameux « théorème » qui est si connu en France : « les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain. » Helmut Schmidt a clairement ouvert la voie à une nouvelle époque de la social-démocratie allemande, celle qui va la transformer d'une force keynésienne en une force sociale-libérale. Sa politique annonce évidemment celle de Gerhard Schröder pour laquelle il avait beaucoup d'admiration. Mais Helmut Schmidt restait un pragmatique. Il détestait les excès, y compris dans la consolidation budgétaire et les coupes sociales. C'est d'ailleurs sur ce sujet que la FDP se séparera de lui.

Europe, terrorisme, guerre froide

En Allemagne, Helmut Schmidt est surtout celui qui a dû faire face à la Fraction Armée Rouge (RAF) et à ses actes terroristes contre lesquels il a montré une grande détermination. Il est aussi l'homme qui a poussé au renforcement de l'arsenal militaire américain sur le sol allemand pour faire face à la menace soviétique. En 1979, il demande de telles installations, ce qui débouchera sur la crise dite des « Euromissiles » entre les deux superpuissances entre 1983 et 1987. Enfin, il est l'homme de l'amitié franco-allemande. Ses relations avec le président Valéry Giscard d'Estaing, arrivé au pouvoir quelques jours avant lui, ont été très cordiales et les deux hommes ont conservé jusqu'à aujourd'hui une forte amitié. Ils sont, tous deux, les fondateurs du Système monétaire européen (SME) qui est l'ancêtre de l'Eurosystème et qui visait à empêcher les dévaluations concurrentielles entre les pays de la CEE. Ce système a cependant échoué durant l'été 1992 sous les coups de boutoirs des spéculateurs contre la livre et la lire.

Son renversement en 1982

En 1982, les relations entre la SPD et les Libéraux se dégradent. Certes, la coalition a remporté les deux élections de 1976 et 1980, mais la SPD est très affaiblie par la politique de Helmut Schmidt. Elle a obtenu 42,6 % des voix en 1976 et 42,9 % des voix en 1980, loin des 44,9 % et 48,6 % de la CDU/CSU. Helmut Schmidt ne tient donc à la chancellerie que par l'appui des Libéraux. Et ces derniers, très divisés, engagent un virage à droite. Helmut Schmidt souhaitait une politique budgétaire et sociale plus active, pas les Libéraux. Ses hésitations face aux premiers soubresauts de la crise des euromissiles renforcent la défiance. Le 17 septembre 1982, fait unique dans l'histoire de la République fédérale à ce jour, CDU, CSU et FDP déposent une « motion de défense constructive » qui propose de remplacer Helmut Schmidt par Helmut Kohl et qui est adoptée par le Bundestag. Renversé, l'ancien chancelier mènera une campagne désastreuse en mars 1983 où la SPD n'obtiendra que 38,2 % des voix. Il restera le leader à renvoyer sous les 40 % le parti. Depuis, la SPD n'a repassé qu'une fois, en 1998, ce niveau. En septembre 1983, il est chassé de la direction du parti et quitte la politique. Le paradoxe a voulu que le père du "recentrage" de la SPD tombe pour avoir voulu défendre l'Etat social devant les Libéraux de la FDP...

Le « vieux sage »

Helmut Schmidt va alors progressivement devenir un « vieux sage » veillant sur l'avenir, donnant des bons et des mauvais points dans ses chroniques hebdomadaires dans Die Zeit,  titrées « Une Cigarette avec Helmut Schmidt », car l'homme, jusqu'à ses derniers jours n'a jamais cessé de fumer, même en public, ses éternelles cigarettes mentholées.

Son franc-parler faisait merveille à la télévision ou dans les interviews, car Helmut Schmidt ne reculait derrière aucun bon mot. Généralement, il a défendu l'évolution social-libérale de la SPD, demandant à Gerhard Schröder d'aller encore plus loin dans la libéralisation du marché du travail. Mais il était aussi d'une grande férocité envers les dirigeants actuels de la social-démocratie, notamment le dernier candidat à la chancellerie de la SPD, Peer Steinbrück. Il s'est néanmoins montré favorable au salaire minimum fédéral et très critique sur la politique européenne d'Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble, notamment sur l'absence de solidarité au sein de l'UE.

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Ces dernières années, Helmut Schmidt était néanmoins plus une icône de l'Allemagne contemporaine qu'un homme politique. Et ceci explique en grande partie l'unanimité de l'hommage qui vient de saluer son décès dans le monde politique outre-Rhin.

Romaric Godin

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