Italie : l'échec de Conte précipite le pays vers de nouvelles élections

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L'Italie va probablement organiser de nouvelles élections législatives pour résoudre la crise qui mine le pays depuis trois mois.
L'Italie va probablement organiser de nouvelles élections législatives pour résoudre la crise qui mine le pays depuis trois mois. (Crédits : Stefano Rellandini)
Comme craint par les observateurs, le président Mattarella a rejeté la proposition de gouvernement de Giuseppe Conte, nommé trois jours avant président du conseil. Celui-ci a alors renoncé à former un gouvernement, ce qui va conduire le pays vers des élections anticipées.

Giuseppe Conte, choisi par le Mouvement 5 Etoiles (M5S, populiste) et la Ligue (extrême-droite) pour occuper la fonction de président du Conseil, a renoncé à former un gouvernement, a annoncé dimanche la présidence italienne après une rencontre entre Conte et le chef de l'Etat Sergio Mattarella.

Cette décision semble rendre inévitable la tenue de nouvelles élections législatives cette année, après que le scrutin du 4 mars n'a permis de dégager aucune majorité au Parlement et plongé l'Italie dans une impasse politique.

Le "problème" Salvona

Sergio Mattarella a de nouveau refusé d'accepter que l'économiste Paolo Savona prenne le portefeuille des Finances, a-t-on appris de sources politiques dimanche, en raison notamment de son hostilité connue et déclarée pour l'euro et pour les institutions européennes.

"C'est un conflit institutionnel sans précédent", a déclaré le chef de file de la Ligue dans une vidéo diffusée en direct sur Facebook.

Avant même la fin de la réunion entre Mattarella et Conte, Matteo Salvini avait annoncé, sans confirmer le veto présidentiel, que la seule solution désormais était la tenue de nouvelles élections législatives, probablement cette année.

"Dans une démocratie, si nous sommes toujours en démocratie, il n'y a qu'une seule chose à faire, laisser les Italiens avoir leur mot à dire", a-t-il dit devant des partisans rassemblés dans le centre de l'Italie.

Salvini et le dirigeant du M5S, Luigi Di Maio, se sont entretenus dimanche de manière informelle avec le président de la République afin de trouver une solution.

"Le problème est Salvona", a déclaré une source au sein de la coalition, précisant que l'économiste n'avait pas suffisamment adouci certaines de ses positions sur l'Europe. Paolo Savona, 81 ans, doute de la pertinence du maintien de l'Italie dans la zone euro.

Selon le ministre de l'Economie sortant, le problème n'est pas Salvona mais le programme économique de la Ligue et du M5S. Ce programme n'est "clairement pas viable", a estimé dimanche Pier Carlo Padoan.

Inquiétudes des marchés

Sergio Mattarella ne s'est pas exprimé publiquement sur Savona, mais ses conseillers ont fait comprendre qu'il ne voulait pas d'un eurosceptique à la tête du ministère de l'Economie et qu'il n'accepterait pas que les partis lui forcent la main.

Giuseppe Conte avait déjà rencontré vendredi le chef de l'Etat et était ressorti de son entretien au Quirinal sans accord sur la formation de son équipe.

Les marchés s'inquiètent de la constitution d'un gouvernement eurosceptique dont la politique menacerait les fragiles finances publiques italiennes.

Moody's Investors Service a annoncé vendredi avoir placé la note à long terme Baa2 de l'Italie sous surveillance avec implication négative. L'agence de notation craint les retombées sur les finances publiques des projets budgétaires de la nouvelle coalition au pouvoir.

(Avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 30/05/2018 à 9:07 :
l'Europe est une prison, dont il est difficile de s'échapper, car les gardiens sont ceux la même, qui sont élus par le peuple, ou plutôt par les médias et les puissants financiers.
Si démocratiquement il n'est pas possible de sortir de l'Europe (ou de ne pas y entrer cf. le referendum français sur la constitution européenne), comment cela va-t-il se faire?
Lorsque les peuples européens seront rincés au point que les distractions télévisuelles n'auront plus d'effet sur eux, cela risque d'être violent. Comment les peuples sur la planète ont-ils vaincu dans le passé le fascisme? Peut être de la même façon qu'ils vaincront le fascisme européen!
a écrit le 29/05/2018 à 9:51 :
Quand on fait preuve d'un mépris total encers la volonté d'un peuple (peut-être erronée, mais c'est son droit), on ne doit pas s'étonner de la tempête populiste qui cela déclenchera
a écrit le 28/05/2018 à 16:15 :
Excellent choix que celui de Carlo Cottarelli, en plus avec des critères de neutralité politique.
a écrit le 28/05/2018 à 15:21 :
La constitution italienne (http://www.quirinale.it/qrnw/costituzione/pdf/costituzione_francese.pdf) stipule que le président représente l'unité nationale. En bafouant le choix de la majorité absolue des électeurs italiens, il va donc à l'encontre de l'esprit de la constitution, qui par ailleurs ne lui donne aucunement la charge de "rassurer les marchés". La constitution italienne donne au président la charge de nommer un gouvernement, qui devra être approuvé par les chambres. Nommer un gouvernement minoritaire contourne clairement cette disposition de la constitution italienne.
Le premier coupable de cette situation est la doctrine de l'Union européenne qui a raboté les pouvoirs des états au profit des financiers. Le marché est un bon serviteur mais un mauvais maître. En supprimant aux états le droit de réglementer les flux financiers et celui d'emprunter à taux nul à la banque centrale, Bruxelles à mis les nations sous l'épée de Damoclès des mouvements irrationnels des marchés financiers.
a écrit le 28/05/2018 à 12:52 :
A défaut de ?
A force de tolérer les nationalistes extrêmes et des populistes de bas niveau, on se retrouve face à leurs vrais objectifs (comme le montre l’ultimatum lancé par Luigi Di Maio «Ou l'on boucle maintenant les négociations, ou tout saute»), qui à défaut de proposer des solutions économiques viables, a semble t’il comme seule obsession de briser ce qui existe.
En dehors de la question de la cohésion de l’Euro, c’est la cohésion même des sociétés européennes qui est remise en question par ces inconscients. L’UE a mis un demi-siècle à se bâtir et comme l’a rappelé le Président Italien Sergio Mattarella, l’Italie est un pays fondateur de la communauté européenne. Ce que s’apprêtent à faire les deux partis majoritaires, sous des prétextes aussi contradictoires qu’empreints de mauvaise foi, c’est de « faire sauter » non seulement l’Union Européenne, mais aussi les équilibres des pays la constituant.

En dehors de la considération économiques que traite habituellement ce site, vu l’incidence du politique sur l’économique, on peut se demander « comment en est on arrivés là ? ».
A cette absurdité de penser que des problèmes économiques allaient être résolus par de l’exacerbation nationaliste, de la xénophobie et de l’opportunisme.
Qui dit nationalisme dit souvent conflits et une opposition à la cohésion sociétale et aux droits universels. On aura beau prétendre représenter le vote populaire, il n’ouvre pas droit à tout et à n’importe quoi et il faut se rappeler les dérives possibles et que le nazisme destructeur fut porté au pouvoir par le suffrage universel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Élections_législatives_allemandes_de_mars_1933)
Surtout après la crise de 1929 (https://www.memorial-caen.fr/le-musee/la-seconde-guerre-mondiale/la-faillite-de-la-paix/la-montee-du-nazisme-en-allemagne).
Il parait intéressant de relire Hannah Arendt « Les Origines du totalitarisme ».
Et vu le climat actuel, « Du mensonge à la Violence » et autres textes qui interrogent sur le recours à la « Notstandsgesetze » et à la raison d’Etat. Ce qui rappelle que pour une question d’équilibre démocratique il est tout aussi important de laisser les « penser avec et contre » s’exprimer et participer aux décisions. Hors extrémistes bien sur.

Peut être que pour donner une alternative à l’expression des désespoirs en Italie faut-il un premier ministre qui garantisse l’équilibre monétaire autant que l’espoir d’une évolution positive de l’UE.
Malgré la pertinence du choix, il faut aussi se méfier "des techniciens", ils s’appuient souvent sur des arguments scientifiques, or les "bons" choix économiques sont loin d’avoir historiquement et mathématiquement fait l'unanimité. Les choix de société sont tout aussi complexes et peut être que s'ils étaient simplistes, ils seraient de simples dictatures.
Tout juste a-t-on la certitude qu’il faut dialoguer et faire des compromis. On trouvera des solutions par des équilibres et non par des défauts.
a écrit le 28/05/2018 à 11:37 :
Incroyable ces postes de président en Italie ou en France ! En France, le Président a tous les pouvoirs, peut déclarer la guerre tout seul, n'a aucun compte à rendre aux représentants de la population française, l'assemblée nationale, ce qui est contre toute idée républicaine.
En Italie, une personne, qui n'a aucune légitimité par rapport à des élus, se permet de bloquer la constitution d'un gouvernement ! Dans les deux cas, c'est une caricature de démocratie !
Ma proposition : la suppression en France et en Italie du poste de président. Il faut un premier ministre, résultat des élections, qui doive rendre des comptes devant l'assemblée nationale qui peut le virer. Il faut en finir avec les despotes, une très mauvaise habitude dans ces deux pays. Mais pour cela il faut de vraies institutions républicaines.
a écrit le 28/05/2018 à 10:11 :
Un de ses candidats pour les postes de ministre est refusé et du coup il refuse d’assurer la gouvernance !

Allons donc ! Comme tous les populistes, ce monsieur se complaît dans l’opposition (c’est plus facile) et prendra la première excuse venue pour ne pas avoir à assumer des responsabilités.
a écrit le 28/05/2018 à 9:08 :
En plein chaos politique, le président italien Sergio Mattarella s'apprête lundi à désigner Carlo Cottarelli, incarnation de l'austérité budgétaire, pour diriger le pays vers de nouvelles élections, après avoir imposé son veto dimanche à un gouvernement populiste clairement eurosceptique .En recevant ses ordres de marche de Bruxelles et Berlin, Mattarella s'est royalement assis sur le vote des Italiens, plongeant la botte dans une crise politique sans précédent. De nouvelles élections devraient maintenant avoir lieu, où l'alliance M5S-Lega devrait selon toute vraisemblance gagner de nouvelles voix devant ce déni de démocratie.
a écrit le 28/05/2018 à 9:03 :
Résumons, Marine le Pen gagne les élections et l'Europe lui impose un cadre du FMI comme premier ministre pour sauver le soldat "Euro". C'est cohérent avec la rectification du référendum français de 2005. Est-ce tellement difficile de mettre les économies au service des peuples européens pour le bonheur de tous. Je pense que Chinois et Russes se roulent par terre.
a écrit le 28/05/2018 à 8:44 :
"Les marchés s'inquiètent de la constitution d'un gouvernement eurosceptique dont la politique menacerait les fragiles finances publiques italiennes.

Moody's Investors Service a annoncé vendredi avoir placé la note à long terme Baa2 de l'Italie sous surveillance avec implication négative."

Implication directe de la finance sur les élections.

Honteux mais tellement banal en UE.

Vite un frexit.
a écrit le 28/05/2018 à 8:00 :
Il y aura destitution de Mattarella
a écrit le 28/05/2018 à 6:45 :
"précipite le pays" drôle de précipitation, les nouvelles élections n'auront probablement pas lieu avant la fin de l'année. Et après les nouvelles élection on recommence da capo.
Cela peut durer longtemps la Commedia dell’arte.
a écrit le 28/05/2018 à 1:27 :
Berlusconi à nouveau éligible peut revenir en force.
a écrit le 27/05/2018 à 23:44 :
Les âneries commencent et ça envoie déjà du lourd!
En avant pour la comedia del arte.
A quand le retour de Berlusconi ?

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