Italie : Cottarelli, ex-FMI, remplace Conte et déclenche la fureur de la Ligue et du M5S

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En l'état actuel des choses, il est très difficile que M. Cottarelli obtienne la confiance du Parlement, où la seule force ayant annoncé son soutien à ce gouvernement est le Parti démocrate (PD, centre gauche). Si je n'obtiens pas la confiance, le gouvernement démissionnera immédiatement et sa mission principale sera de gérer les affaires courantes et d'accompagner le pays vers des élections après le mois d'août (...) ,a-t-il précisé.
En l'état actuel des choses, il est très difficile que M. Cottarelli obtienne la confiance du Parlement, où la seule force ayant annoncé son soutien à ce gouvernement est le Parti démocrate (PD, centre gauche). "Si je n'obtiens pas la confiance, le gouvernement démissionnera immédiatement et sa mission principale sera de gérer les affaires courantes et d'accompagner le pays vers des élections après le mois d'août (...) ",a-t-il précisé. (Crédits : Tony Gentile)
Après avoir refusé dimanche d'accepter un ministre eurosceptique et déclenché le départ du potentiel Premier ministre Giuseppe Conte, le président italien Mattarella a nommé ce lundi 28 mai l'économiste Carlo Cottarelli, un ex-FMI, à la tête d'un gouvernement de transition, chargé d'accompagner la 3e économie de la zone euro vers de nouvelles élections. Cette décision censée rassurer l'Europe a provoqué une grande colère chez les vainqueurs des dernières élections, la Ligue et le M5S.

L'Italie connaît depuis le 27 mai une nouvelle crise politique. Le Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste et anti-système) et la Ligue (extrême-droite) ont abandonné leur projet de former un gouvernement après le refus du président Sergio Mattarella d'avaliser leur choix de l'économiste eurosceptique Paolo Savona, 81 ans, comme ministre de l'Économie (avec pour conséquence, également, le renoncement de Giuseppe Conte, le chef du futur gouvernement qui avait été choisi initialement par le M5S et la Ligue comme).

L'idée que l'Italie ne sera pas dirigée par un gouvernement hostile à l'euro a fait remonter les marchés lundi matin. Mais ils ont ensuite reperdu du terrain, réalisant qu'il ne s'agissait-là que d'une solution à court terme.

Le président italien Sergio Mattarella a nommé lundi l'économiste Carlo Cottarelli, un ancien du Fonds monétaire international (FMI), à la tête d'un gouvernement de transition chargé de préparer le budget 2019 et d'organiser des élections législatives anticipées.

"Je me présenterai au Parlement avec un programme qui, si j'obtiens la confiance, inclura le vote du budget 2019. Ensuite, le Parlement sera dissous, avec des élections début 2019", mais sans la confiance, les élections se dérouleront "après le mois d'août", a-t-il dit à la presse à l'issue de son entretien avec le président Mattarella.

En l'état actuel des choses, il est très difficile que M. Cottarelli obtienne la confiance du Parlement, où la seule force ayant annoncé son soutien à ce gouvernement est le Parti démocrate (PD, centre gauche).

L'Italie vers de nouvelles élections

"Si je n'obtiens pas la confiance, le gouvernement démissionnera immédiatement et sa mission principale sera de gérer les affaires courantes et d'accompagner le pays vers des élections après le mois d'août", vraisemblablement en septembre ou en octobre, a précisé M. Cottarelli.

"Je voudrais souligner que le gouvernement resterait alors neutre (...). Je m'engage à ne pas être candidat aux prochaines élections et je demanderai le même engagement à tous les membres du gouvernement", a-t-il ajouté. Il a assuré qu'il présenterait son équipe gouvernementale "très rapidement".

Les comptes publics actuellement "sous contrôle"

Carlo Cottarelli, ancien responsable du Fonds monétaire international (FMI), a assuré que la situation des comptes publics était actuellement "sous contrôle" et en a promis "une gestion vigoureuse". L'approche de son gouvernement sera résolument européenne, a-t-il également expliqué.

"Un dialogue avec l'Europe pour défendre nos intérêts est essentiel. Nous pouvons faire mieux qu'avant. Mais cela doit être un dialogue constructif dans la pleine reconnaissance que, comme pays fondateur de l'Union européenne, notre rôle dans l'union reste essentiel, de même que la poursuite de notre participation à l'eurozone", a-t-il déclaré.

Pourquoi Mattarella a rejeté la candidature de Savona

Dans une allocution télévisée, Sergio Mattarella a expliqué qu'il avait rejeté la candidature de Paolo Savona parce que celui-ci avait menacé de sortir l'Italie de la zone euro.

"L'incertitude en ce qui concerne notre position a alarmé les investisseurs et les épargnants, tant en Italie qu'à l'étranger", a déclaré le président Mattarella. "L'adhésion à l'euro est un choix fondamental. Si nous voulons en discuter, alors, nous devons le faire de façon sérieuse."

Le M5S et la Ligue crient à la trahison de la Constitution

Sergio Mattarella a été aussitôt accusé par certains dirigeants du M5S et de la Ligue d'avoir trahi la Constitution et de répondre aux ordres des puissances européennes.

Lire aussi : Sergio Mattarella, un homme "droit" élu président de l'Italie

Luigi Di Maio, chef de file du M5S, a même demandé la destitution du président italien, mais Matteo Salvini a rejeté cet appel.

"Nous devons garder la tête froide (...) Certaines choses ne peuvent pas se faire sous le coup de la colère (...) Je ne veux pas parler de destitution", a déclaré Matteo Salvini dans une interview accordée à Radio Capital. Il a toutefois exprimé sa colère.

"S'il n'y a pas le feu vert de Berlin, Paris ou Bruxelles, un gouvernement ne peut pas être formé en Italie. C'est de la folie. Je demande au peuple italien de rester à nos côtés, parce que je veux ramener la démocratie dans ce pays", a déclaré le numéro un de la Ligue.

"Ce n'est pas une démocratie, le vote populaire n'est pas respecté", a-t-il ajouté. "Les prochaines élections seront un plébiscite - la population et la 'vraie vie' contre les vieilles castes politiques et les grands serviteurs du spread", a-t-il dit, faisant allusion au "spread", l'écart de rendement entre les dettes italienne et allemande.

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(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 07/06/2018 à 21:44 :
un ex- du FMI qui connait les ficelles, a un réseau de connaissance et de l’expérience sur le terrain au niveau international
c’est un point positif, à mon avis.
a écrit le 30/05/2018 à 16:26 :
Finalement à quoi servent les élections, si ensuite on ne tient pas compte des résultats. La démocratie est en perte de vitesse et ouvre la porte à tous les coup d'état.
a écrit le 30/05/2018 à 14:17 :
"déclenche la fureur de la Ligue", ? parce-que les autres, les Démocrates que nous sommes, ne sont pas touchés par un diktat Bruxellois imposé à l'Italie en dénie de toute Démocratie. (il y avait quand même eu un vote avec les résultats que l'on sait.) Le monde de la Finance et les médias en général bafouent systématiquement (au nom de la Démocratie...) les principes démocratiques qui les gênent. La Grèce, l'Italie, et le suivant ? En France, je ne pense pas que cela se passerait aussi "tranquillement"...
a écrit le 30/05/2018 à 5:13 :
Un ministre à 81 ans ? En plus, un eurosceptique, mais quel avenir peut il proposer à nous tous ? Qui va reconstruire ce que lui va casser ? ... Mais il faut arrêter de faire rire le monde ... le président a bien raison ...
a écrit le 29/05/2018 à 21:47 :
Journaliste suisse : En Italie, ce n’est pas parce que le gouvernement change que la politique est modifiée. Est-ce possible que, cette fois, il en aille autrement?

- Goldman Sachs : Si un représentant eurosceptique entrait vraiment au gouvernement, il y aurait un risque de baisse de l’euro. Ce n’est pas notre scénario, ni celui que l’on peut déduire des sondages.
https://www.letemps.ch/economie/kamakshya-trivedi-leuro-va-sapprecier
Réponse de le 30/05/2018 à 14:21 :
Goldman…amusant, car une baisse de l'euro ferait du bien à une grand partie des nations européennes sur-estimées économiquement. Sauf, naturellement, l'Allemagne, mais en fait, le passage du Deutschmark à l'euro l'avait bien arrangée en son temps...
a écrit le 29/05/2018 à 21:04 :
L'UE s'impose évidemment dans le choix des ministres en Italie.
Contrairement au discours européiste infantilisant, les gouvernements ne sont pas libres dans les pays de l'eurozone.

Le cas de Paolo Savona, refusé par Bruxelles et donc par le président italien, va prouver qu'à part la crise migratoire, le nouveau gouvernement ne pourra rien mettre en oeuvre de ses promesses électorales.
Réponse de le 30/05/2018 à 11:33 :
L'Italie a des engagements internationaux, c'est tout; De même que la France, et la grandeur de nos démocraties est de les respecter.
C'est du Trump que de dire qu'on peut s'assoir sur ce qui a été écrit, les Italiens peuvent s'assoir dessus, mais leur économie s'effondrera. Tout simplement.
L'UE ne fait que le leur rappeler ; oui, leurs promesses électorales débiles ont des conséquences incompatibles avec l'UE. Alors qu'ils assument et que le pays fasse faillite. Mais si on pose la question en ces termes claires aux italiens, ils diront non.
a écrit le 29/05/2018 à 17:11 :
Apparemment c'est l'anti-démocratisme centriste contre la démocratie des extrêmes, jusqu'où ira le Système pour se protéger, rappelons que la République de Weimar a coulé à pic de cette façon.
Réponse de le 30/05/2018 à 11:30 :
Weimar a coulé car des populistes ont fait miroiter aux allemands des reves de grandeur. Tout était écrit dans Mein Kampf.
Alors, oui, les populistes italiens sont du même accabit, des menteurs fachisants, il faut les combattre et utiliser la seule arme dont dispose les démocrates - la constitution, le respect des traités et des engagements pris.
a écrit le 29/05/2018 à 15:33 :
Contrairement a ce que tout le monde raconte,c'est le président démocratiquement élu qui décide,pas quelques partis populistes dont aucun n'a de réelle majorité.La nomination d'un ex du FMI aux finances me semble très raisonnable
Réponse de le 29/05/2018 à 16:18 :
Il est indéniable que l'Europe est en crise et qu'elle Europe ? Celle de l'Est avec l'Ukraine en cours de vietnamisation, la pauvre Grèce, l'Europe du sud, la France à elle seule est un cas à part ou l'Europe du nord adossée à son puissant euromark. La crise de l'Europe est réelle et ne doit pas être solutionnée comme en 1914 ou en 1940. Question: à qui profite le crime?
a écrit le 29/05/2018 à 11:17 :
Sans tenir compte de la qualité et du ressenti que je peux avoir pour la majorité choisie par le peuple italien , Je suis profondément choqué de voir l'Europe imposer à un peuple une gouvernance qu'il rejette démocratiquement ! C'est effrayant !
Réponse de le 29/05/2018 à 14:12 :
@Juyan: Depuis 2005, l'Europe impose aux français une gouvernance qu'ils ont rejeté démocratiquement. Ce n'est pas nouveau.
Réponse de le 29/05/2018 à 15:07 :
Une élection démocratique, c'est quand les candidats annnoncent clairement ce qu'ils vont faire et les conséquences. Les promesses économiques de ces populistes sont des mensonges car la conséquence d'une telle politique (la sortie de l'Euro), n'est pas expliquée.
Non, la ligue et le M5S ne sont pas des partis démocratiques, car ils mentent éhontément aux Italiens, en leur faisant miroiter des promesses incohérentes avec les engagements pris.
Enfin, c'est le président Italien qui a décidé de ne pas nommer ce guignol ministre des finances, ce n'est pas l'Europe.
Réponse de le 29/05/2018 à 15:09 :
Menteur, vous racontez n'importe quoi.
Les contraintes de l'Euro, c'est le traité de Maastricht, validé en 1992 par référendum.
Le traité de 2005 n'aurait rien changé à la politique économique, cela aurait juste changé les règles de majorité et de réprésentation au parlement européen et à la commision.
Réponse de le 01/06/2018 à 12:28 :
Un pavé de 280 pages pour " juste changé les règles de majorité et de réprésentation au parlement européen et à la commission."
Si je sui un menteur, vous êtes carrément un vendu !
a écrit le 29/05/2018 à 11:17 :
Sans tenir compte de la qualité et du ressenti que je peux avoir pour la majorité choisie par le peuple italien , Je suis profondément choqué de voir l'Europe imposer à un peuple une gouvernance qu'il rejette démocratiquement ! C'est effrayant !
Réponse de le 29/05/2018 à 15:10 :
C'est le président Italien qui a refusé cette équipe de guignol, pas l'Europe.
Réponse de le 29/05/2018 à 20:58 :
@L' Europe n' impose rien En effet l' Europe non mais l' Ue impose et c' est indiscutable.
En recevant ses ordres de marche de Bruxelles et Berlin, Mattarella s'est royalement assis sur le vote des Italiens, plongeant la botte dans une crise politique sans précédent. De nouvelles élections devraient maintenant avoir lieu, où l'alliance M5S-Lega devrait selon toute vraisemblance gagner de nouvelles voix devant ce déni de démocratie.

On savait également que l'Ue, enfant de la construction européenne décidée à Washington au lendemain de la guerre, n'avait aucun goût pour la décision des peuples qu'elle est sensée représenter. Elle vient encore d'en donner la preuve..
a écrit le 29/05/2018 à 10:38 :
C'est un coup d'Etat anti-démocratique. Preuve que les milieux financiers ont pris le pouvoir!
Réponse de le 29/05/2018 à 15:12 :
Le président a pour rôle de sauvegarder les traités internationaux. Nommer un tel guignol aux finances, c'était remettre en cause les engagements Italiens.
Il a fait son job, en respectant la constitution.
Le coup d'Etat, ce sont ces menteurs qui promettent n'importe quoi pour arriver au pouvoir.
a écrit le 29/05/2018 à 0:03 :
Un total deni de démocratie..
Et ils ont bien raison d’être furieux, les renes des pays de l'UE sont désormais aux mains des lobbys et des financiers, et non plus aux mains d'es citoyens qui décident collectivement de la politique à mener.
Réponse de le 29/05/2018 à 15:13 :
Les citoyens Italiens ont une chose qui leur plait, c'est l'Euro.
Le déni de démocratie, c'est de leur faire croire qu'on peut rester dans l'Euro et dans l'Europe en faisant des promesses farfelues.
a écrit le 28/05/2018 à 18:23 :
Et ils vont nous refaire le même passe-passe combien de fois?
La constitution ne prévoit rien à ce sujet?
285000 Italiens ont été obligés de s’exiler en 2017 vers d'autres continents pour échapper au chômage. Si l'on considère que l'Italie a une des natalités les plus basses d'Europe (1,37), on se demande qui va payer les retraites des fonctionnaires! Je ne pense pas que les réfugiés africains soit disposés à le faire.
a écrit le 28/05/2018 à 17:41 :
Mettre un prêtre du néolibéralisme à la tête du pays qui a voté justement contre ce système peut en effet être pris décemment pour de la pure provocation c'est un fait, surtout juste après avoir refusé le gouvernement proposé.


Mais par contre ça colle parfaitement à la logique du consortium financier européen.

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