Italie : cinq chiffres à savoir sur une économie sous tension

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Le tourisme représente une opportunité économique considérable pour l'Italie.
Le tourisme représente une opportunité économique considérable pour l'Italie. (Crédits : Reuters)
Le président italien Sergio Matarella, a chargé lundi 28 mai l'économiste Carlo Cottarelli de former un gouvernement technique jusqu'à la tenue de nouvelles élections. Malgré cette solution provisoire qui a rassuré les marchés, l'économie italienne demeure très fragile.

Les tensions sont palpables en Italie. Giuseppe Conte, proposé par le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue (Extrême droite) pour prendre le poste de président du Conseil, a renoncé. Le président Italien Sergio Mattarella devait rapidement nommer un chef de gouvernement afin d'assurer les affaires courantes. Il a rencontré Carlo Cottarelli, un économiste de 64 ans, ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI) surnommé "M.Ciseaux" pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques en 2013-2014 sous les gouvernements de centre gauche.

Actuel directeur de l'Observatoire des comptes publics, il devrait être chargé de former ce gouvernement technique. En attendant, la troisième économie de la zone euro est sous haute tension. Retour en cinq chiffres sur les faiblesses de l'économie italienne.

■  132% du PIB

C'est le montant de la dette publique en Italie qui correspond au ratio le plus élevé de l'Union européenne, après celui de la Grèce. Si le déficit public a clairement reculé depuis 2014 passant de -3% du PIB à -1,9% en 2017, la situation des finances publiques est loin d'être favorable. À la fin du mois de mars dernier, la dette de l'Italie pesait plus de 2.300 milliards d'euros. Le ratio est passé de 54% du PIB en 1980 à 132% en décembre dernier selon des chiffres de la banque d'Italie rapportés par l'AFP.

S'il est encore difficile de développer des perspectives fiables au regard du contexte actuel, la Commission européenne estime que la dette devrait atteindre 130,7% du PIB en 2018 et 129,7% en 2019 d'après des chiffres publiés au début du mois de mai. En valeur absolue, elle devrait atteindre 2.347 milliards d'euros.

La semaine dernière, le président de la confédération générale de l'industrie italienne a réclamé un plan de réduction de la dette au Mouvement 5 étoiles et à la Ligue. Mais malgré ces inquiétudes, la détention de la dette publique italienne "est devenue très domestique : en 2006, 51% de la dette publique de l'Italie était détenue par les non-résidents, aujourd'hui c'est 34%, et de plus, les individus détiennent une partie importante de la dette" souligne l'économiste de Natixis Patrick Artus.

Selon ce dernier, "pour qu'il y ait une crise de la dette publique en Italie, il faudrait que les Italiens eux-mêmes paniquent et vendent la dette publique italienne qu'ils détiennent, ce qui est très improbable."

■ 1,4%

C'est le taux de croissance du Produit intérieur brut italien prévu pour 2018. Alors que la croissance s'est accélérée en 2017 à 1,5% après 0,9% en 2016, l'activité devrait ralentir au cours des prochains moins. Surtout, le gouvernement sortant prévoyait une croissance de 1,5% pour l'année en cours. Cette révision à la baisse du PIB italien ne devrait pas faciliter la tâche du futur gouvernement pour la mise en application des réformes. La hausse du pétrole et le ralentissement du commerce mondial devraient entraver les performances commerciales extérieures de la péninsule.

Lire aussi : Italie : la croissance révisée à la baisse pour 2018

■ 11%

C'est le taux de chômage de l'Italie, au sens du bureau international du travail. C'est le quatrième taux le plus important du Vieux continent après la Grèce, l'Espagne, et Chypre selon Eurostat. Concernant les perspectives, Istat envisage une amélioration du marché du travail avec une augmentation des créations d'emploi de 0,8% pour 2018. Ce qui permettrait à l'Italie de connaître une évolution favorable du chômage à 10,8% pour 2018 et 10,6% en 2019 selon les dernières projections de la Commission européenne.

Malgré cette légère amélioration, les régions du Sud de l'Italie restent particulièrement frappées par un chômage de masse avec des taux avoisinant les 30%.  Enfin, même si le chômage des jeunes a reculé, il reste à des niveaux considérables (34,9%). La réforme du Job Acts mise en place sous Matteo Renzi n'a pas produit les effets escomptés. Les créations d'emplois promises par une plus grande flexibilité du marché du travail n'ont pas permis de réduire fortement le chômage ni de réduire la précarité toujours bien présente en Italie.

■ 30%

Selon des estimations de l'Istat de décembre dernier, la part de la population exposée à des risques de pauvreté ou d'exclusion sociale s'est élevée à 30% en 2016 contre 28,7% en 2015. C'est un record depuis au moins 2004. La zone géographique la plus touchée est le Mezzogiorno au sud de l'Italie avec de taux parfois supérieurs à 45%. À titre de comparaison, le taux moyen de risque de pauvreté ou d'exclusion sociale dans l'Union européenne s'élève à 23,5%.

■ -0,3%

Le recul de la productivité est préoccupant pour l'économie italienne. Entre 2000 et 2016, la productivité a baissé de 0,3% en rythme annuel dans l'ensemble de l'économie selon des données publiées par l'Insee dans une étude de comparaison internationale. Cette baisse est particulièrement marquée dans les services aux entreprises (-2,4%) et/ou les "autres services aux ménages". Ces diminutions répétées pèsent régulièrement sur l'économie italienne. Selon une note de blog de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiées en novembre dernier, "le cycle de productivité italien demeure très dégradé, malgré la révision à la baisse de la tendance de productivité (-1,0 % pour la période 2015-2019)".

Lire aussi : En Italie, l'économie reste fragile à la veille des élections

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Commentaires
a écrit le 30/05/2018 à 11:31 :
le mirage economique promies par l europe n existe pas les marches reprenent la main de partout en europe , est tous vont subire un regime; la fete est finie, l europe vas explose car le fachisme reprend du poils de la bete, la crisse de 1929 est venue comme cela, souhaitons que le marche soit raisonnable car reprendre aux pauvres le peut qu ils ont pou vivre n est jamais une solution; car LA REALITE EST QUE TOUS EST DE QUOI VIVRE A EGALITE RAISONNABLE AFIN QUE TOUS SOIS PROSPERE. SINON LA REVOLTE VAS SUMERGER TOUS LE MONDE EST DES GUERRES CIVILES ET UNE GUERRE MONDIALE ET POSSIBLE A NOUVEAUX??? NOUS AURONS LE DESTIN QUE NOUS AURONS MERITE /// ALBERT EINSTEIN/ //
a écrit le 29/05/2018 à 18:05 :
Et l'Italie a déjà mis en place une grande flexibilité du travail comme la loi " du travail de Macron" , la réforme Job acts...on voit le résultat....
a écrit le 29/05/2018 à 16:42 :
L' UPR l' écrivait, l' explicitait dans ses dernières analyses, les italiens prenaient le chemin de la "syrisation", voilà encore une fois une anticipation des plus analytiques de F. Asselineau qui prend le chemin de la réalisation, lisez, regardez, auditez, pensez ..printemps/Ue ou gare à vos doigts !
Début à 25.33...
https://www.youtube.com/watch?v=QWXPWfSxw3k
Certes la Constitution italienne dit que le Président nomme les ministres "sur proposition du premier ministre", mais il est toujours possible pour le Président de refuser de nommer un premier ministre.
La conclusion est la bonne : « Le « coup d’Etat » de Mattarella devrait ouvrir les yeux à tous ceux qui, en Italie et en France, mais aussi en Espagne et au Portugal, nourrissent encore quelques illusions quant aux institutions de l’Union européenne»

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-coup-detat-du-president-mattarella-par-jacques-sapir/
a écrit le 29/05/2018 à 11:36 :
Les chiffres les plus éloquent sur la situation italienne que ne cite pas l'article, c'est la démographie italienne catastrophique.
Les naissances sont au plus bas. Une large partie de la jeunesse italienne n'accède pas à un premier emploi tellement que la situation économique est bloqué. Conséquence, bon nombre de jeunes vivent encore chez leurs parents, même à 30 ans. Difficile dans ces conditions de faire et d'élever des enfants. Une grande partie de la jeunesse italienne vote avec ses pieds en allant chercher un avenir ailleurs à l'étranger.
Réponse de le 29/05/2018 à 15:13 :
"chercher un avenir ailleurs à l'étranger" les mieux qualifiés bien souvent hors Europe, dans des économies rivales, telle les USA, le Canada, l'Australie.
Uniquement les moins qualifiés choisissent l'Allemagne, où par définition un Italien ne peut être que cuisinier, serveur ou tire-au-flanc. Elle est belle l'Europe de Merkozy !
a écrit le 29/05/2018 à 11:34 :
Quand on parle de l'Italie - qui sait pourquoi - on ne cite que les "mauvaises" choses. On ne parle pas de la balance commerciale excédentaire depuis des lustres, du boom du tourisme depuis 2015, ... Peut-être parce que c'est toujours "tellement mieux" ailleurs. Comment pourrions-nous, nous autres italiens, en douter ?
a écrit le 29/05/2018 à 10:07 :
Le chiffre le plus important a été omis, il s'agit des 185.000 Italiens qui, pour échapper au chômage, ont quitté le vieux continent pour aller renforcer les économies du nouveau continent et d'Australie. D'autant plus tragique vu que la natalité est négative en Italie (1,35) une des plus basses d'Europe.
a écrit le 29/05/2018 à 10:06 :
En tout cas la bourse tombe ce matin en Europe grâce à la Crise politique en Italie, où la nomination d'un apparatchik du FMI contre l'avis de la majorité des électeurs italiens va conduire à de nouvelles élections où les 2 parti anti UE/Euro vont encore fortement progresser et certainement dépasser les 70% ce qui va conduire la sortie de l'Italie de l'UE/EURO et donc à l'effondrement du château de carte européen.

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