L'Europe de l'Est piégée dans un modèle à bas coûts salariaux

Un étude économique dénonce la modération salariale qui sévit en Europe centrale depuis la crise. Les salaires y sont repassés sous les 30% du salaire moyen allemand pendant que la productivité ne cessait d'augmenter.
Florence Autret

3 mn

Convergence des salaires entre la Hongrie, la République tchèque, la Pologne et l'Allemagne entre 1993 et 2015 (salaire annuel nominal moyen en euros et en pourcentage du salaire allemand). Source : Confédération Européenne des Syndicats
Convergence des salaires entre la Hongrie, la République tchèque, la Pologne et l'Allemagne entre 1993 et 2015 (salaire annuel nominal moyen en euros et en pourcentage du salaire allemand). Source : Confédération Européenne des Syndicats (Crédits : DR)

Le constat est sans appel : la crise a mis un terme à deux décennies de rattrapage salarial en Europe centrale et orientale. Les piètres performances des salariés hongrois, polonais ou tchèques n'y seraient pour rien. Selon les chiffres établis par l'économiste Bela Galgoczi, la productivité du travail aurait continué à y augmenter, au point de raviver la concurrence sociale avec l'Ouest et d'enfermer le centre de l'Europe, malgré lui, dans un modèle à bas coût.

Son étude intitulée "Pourquoi l'Europe centrale et orientale a besoin d'une augmentation de salaire" publiée par la Confédération européenne des syndicats pointe du doigt les erreurs de politique économique commises après la crise qui ont abouti à relancer une concurrence sociale qui était pourtant en train de se réduire progressivement.

Salaire moyen dans les PECO en comparaison du salaire moyen allemand

Salarie moyen dans les PECO, en comparaison des salaires en Allemagne

"Entre le milieu des années 1990 et 2008, la convergence des salaires a été spectaculaire mais à partir de la crise, la convergence soit s'est arrêtée soit à substantiellement ralenti", explique l'économiste hongrois.

Des recommandations politiques erronées

Jusqu'à 2008, le rattrapage salarial a été soutenu par l'intensité des investissements directs dans ces pays et par l'émigration, deux facteurs qui ont contribué à raréfier la main-d'oeuvre et à faire monter les salaires. Cette dynamique aurait pris fin avec la crise. Mais elle aurait été aggravée, selon l'économiste, par l'intervention européenne.

"Les politiques de gestion de la crise européenne ont directement interféré dans les mécanismes de fixation des salaires dans un certain nombre de pays (Lettonie, Hongrie et Roumanie, placés sous assistance financière, ndlr) mais les effets de la modération salariale se sont étendus à toute la région", écrit-il.

La Commission européenne aurait identifié à tort les fortes augmentations des salaires des années pré-crise comme des problèmes centraux et plaidé - quand ce n'est pas imposé - une modération salariale sans établir de lien valable avec les facteurs de compétitivité de ces pays.

"La plupart des pays d'Europe centrale et orientale n'ont pas de problème fondamental de compétitivité prix", écrit l'auteur, rappelant que la part des salaires dans le PIB est de 7% inférieure dans les pays d'Europe centrale et orientale que ce qu'elle est à l'Ouest.

Une importante "réserve de productivité" qui ne profite pas aux salaires

En Pologne et en République tchèque, qui n'ont pas pas connu de problème particulier de déficit ou d'endettement public, la "réserve de productivité", autrement dit l'écart salarial qui pourrait être comblé sans nuire à la compétitivité, varie entre 20 et 40%. La productivité y est en effet très supérieure, dans l'industrie manufacturière, à ce qu'elle est en Allemagne. Or, en Pologne, seule la moitié des gains de productivité ont été réinvestis dans les salaires entre 2008 et 2015.

"Les salaires ne sont pas seulement plus bas qu'en Europe de l'Ouest mais... tendent aussi à être plus bas que le potentiel économique de ces pays permettrait", estime l'économiste.

L'Europe centrale et orientale n'avait pourtant pas vocation à suivre une stratégie de dumping social qui "maintient la région dans un rôle de subordination et de dépendance dans la division internationale du travail", écrit Bela Galgoczi. Elle devrait au contraire se remettre sur une trajectoire de rattrapage salarial avec l'Ouest, un horizon vers lequel avançaient les décideurs politiques en Hongrie, en République tchèque ou en Pologne jusqu'au milieu des années 2000.

Florence Autret

3 mn

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Commentaires 28
à écrit le 10/05/2017 à 19:31
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Ils n'ont pas un "Mélenchon" ou encore un "Besancenot" à l'Est ? On pourrait peut-être leur prêter les deux pour une dizaine d'années !

à écrit le 10/05/2017 à 12:29
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la moderation salariale est le mot d ordre des banquiers qui dirigent l europe ? seulement c est ce qui detruit les emplois dans les pays avec des salaires correct le conbat des hommes politique en europe pour ne pas se CONCURENCE est l EGALIT DES S...

à écrit le 10/05/2017 à 12:17
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Mais oui! Comment voulez vous mettre "au pas" les peuples occidentaux appartenant a cette zone administrative qu'est l'UE de Bruxelles, si ceux de l'Est voit leur niveau de vie augmenter??

à écrit le 10/05/2017 à 11:22
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Et ils viennent d'où les salaires? A mon avis faudrait comparer avec le Japon ou la Corée les évolutions sur le long terme. Avant de monter en gamme et de devenir des économies à très hautes valeurs ajoutés, il a fallu un long processus, qui passa ...

le 10/05/2017 à 12:23
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Je souscrit totalement.

à écrit le 10/05/2017 à 11:01
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Ce n'est pas nouveau. Après le chute du mur, l'UE n'a pas voulu voir une Europe centrale émerger d'un point de vue économique. Les pays devaient devenir la succursale des multinationales de l'Ouest. Certains pays ne convergent même plus. La Hongrie e...

à écrit le 10/05/2017 à 10:16
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cf. article Bloomberg du 21 avril disant que le modèle low cost d'Europe centrale/orientale est menacé par des salaires grimpant plus vite que la productivité.

à écrit le 10/05/2017 à 8:59
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Grace à ces pays l'industrie allemende a ses soustraitants à pas cher à sa porte et s'ils sont trop exigeant pas de pb il y a l'Ukraine pour les calmer!

à écrit le 10/05/2017 à 7:54
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pour avoir travaillé qq jours en roumanie chez un équipementier auto,je confirme. c est à un point que les plus de 50 ans regrettent le système communiste. les jeunes fuient le pays et les autres sont mis en concurrence avec le Maroc . ils sont le no...

à écrit le 09/05/2017 à 22:42
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Il faudrait commencer par les travailleurs détachés : les assujétirent au salaire minimum et conditions de travail et charges sociales sur la base des règles du pays du lieu de travail... simplement, les charges sociales seraient reversées intégralem...

à écrit le 09/05/2017 à 21:08
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Malheureusement, c'est Le Pen dans 5 ans...

à écrit le 09/05/2017 à 21:04
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« Bien sûr qu’on peut tout à fait réussir à l’export avec des salaires élevés et une devise forte » Étienne Vauchez, entrepreneur, son entreprise réalise 80 % de son activité à l’export. Il est le fondateur du principal think-tank sur ce sujet (la F...

le 09/05/2017 à 21:38
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Tout dépend de ce que vous vendez. Evidemment dans le secteur de Mr Vauchez le coût du travail et la valeur de la monnaie on un impact beaucoup moindre que dans l'industrie par exemple. Quels son les biens sur lequel la suisse s'est spécialisée et c...

le 09/05/2017 à 23:57
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Poursuivez votre arnaque marco1 dites nous ce que fait exactement monsieur Vauchez ?!

le 10/05/2017 à 11:07
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Il faut etre clair. On arrivera plus jamais a faire des T shirt en france ou d autres activites qui necessitent beaucoup de bras et peu de reflection. Ca va meme pas les pays de l est mais au bangladesh ou les salaires sont de d un centaine d euros ....

à écrit le 09/05/2017 à 20:34
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Dans un pays de l'est où j'allais souvent pour mon travail, je me suis laissée dire que les entreprises étrangères qui s'y étaient installées s'étaient entendues entre elles pour modérer les salaires et ainsi limiter le turn over. Je me demande si c'...

le 09/05/2017 à 21:57
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Pas besoin de conflit d'intérêt. La plupart des administrations (Et l'Europe et nos gouvernements en sont une) fonctionnent avec des idéologie. Si vous ne rentrez pas dans le moule vous serez exclus des postes décisionnaires. Au niveau économique...

à écrit le 09/05/2017 à 20:11
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Conclusion ...pour sauver la France et faire une compétition équitable ...il faudrait baisser nos salaires de 35 % ...pour enfin être des acteurs généreux du commerce équitable...!

le 10/05/2017 à 11:26
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On a baissé nos salaires de 35% quand sont rentrés l'Espagne, le Portugal ou la Grèce?

à écrit le 09/05/2017 à 20:09
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23 Chauffeurs Belges licenciés pour les remplacer par des travailleurs roumains, quasi en condition d'esclavage. Moins de 500 Euros par mois. Payés au noir pour partie Les GOPE Belges sont les mêmes que chez vous en France. Elles portent juste un au...

le 09/05/2017 à 21:06
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Houla !! mais vous êtes xénophobe !!! et vous suggèrez le repli sur soi...c'est mal....

à écrit le 09/05/2017 à 19:57
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Si les salaires en Pologne montent trop, les usines ne vont-elles pas déménager dans un autre pays plus "rentable" ?

à écrit le 09/05/2017 à 19:42
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Merci, on voit que vous aimez vraiment l'europe car vous lui mettez ce qui ne va pas du tout, qui a des effets désastreux sur l'ensemble des salaires européens et donc du pouvoir d'achat, sous le nez. Et quand on entend tout ces dirigeants europé...

le 09/05/2017 à 21:47
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Les socialistes ont aussi tué un manifestant pacifiste, à Sivens, et blessé grièvement des opposants à la loi travail! Macron s’apprête à violenter les habitats de Nd des Landes et des environs qui ont voté à plus de 70% contre un aéroport inutile...

le 10/05/2017 à 8:45
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"chez vos amis chavistes" 4 mots me suffisent pour ne pas lire le reste et signaler votre commentaire comme trollage évident. Les obsessions c'est pas bon pour la réflexion, sortez prendre l'air de temps en temps et épargnez nous vos commenta...

le 10/05/2017 à 8:46
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par ailleurs votre commentaire est totalement hors sujet je vais donc le signaler pour cela aussi.

à écrit le 09/05/2017 à 19:23
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Après le chômage qui se maintient en France malgré 44 mds € de cice encore une preuve ques les employeurs n'ont aucun sens citoyen ni civique. Relance par la consommation et non par l'offre merci l'Europe

le 10/05/2017 à 11:45
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Base de la théorie économique, politique de demande effet court terme, politique de l'offre effet long terme. L' année dernière 180 000 emplois marchands créés, marge des entreprises repassées au dessus de 30%, utilisation à plus de 80% de nos capa...

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